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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

le Grillon du foyer a encore frappé! The Cricket on the hearth strikes again!

Publié le 21 Mars 2016 par proust pour tous

liseuse de Corot, illustration du blog "Du côté de chez Grillon du foyer"
liseuse de Corot, illustration du blog "Du côté de chez Grillon du foyer"

Encore une délicieuse association peinture-poésie-Proust, ça donne envie non plus d'écrire son blog, mais simplement de lire celui-ci: La poésie est une alliance de la parole et du silence

Pour que l'être impossible que j'essaie d'être réunisse tous les contraires qui peuvent m'être le plus favorables, si je lis en auteur je me juge en lecteur, sans aucune des exigences que peut avoir pour un écrit celui qui y confronte l'idéal qu'il a voulu y exprimer. Ces phrases de mon article, lorsque je les écrivis, étaient si pâles auprès de ma pensée, si compliquées et opaques auprès de ma vision harmonieuse et transparente, si pleines de lacunes que je n'étais pas arrivé à remplir, que leur lecture était pour moi une souffrance, elles n'avaient fait qu'accentuer en moi le sentiment de mon impuissance et de mon manque incurable de talent. Mais maintenant, en m'efforçant d'être lecteur, si je me déchargeais sur les autres du devoir douloureux de me juger, je réussissais du moins à faire table rase de ce que j'avais voulu faire en lisant ce que j'avais fait. Je lisais l'article en m'efforçant de me persuader qu'il était d'un autre. Alors toutes mes images, toutes mes réflexions, toutes mes épithètes prises en elles-mêmes et sans le souvenir de l'échec qu'elles représentaient pour mes visées, me charmaient par leur éclat, leur ampleur, leur profondeur. Et quand je sentais une défaillance trop grande, me réfugiant dans l'âme du lecteur quelconque émerveillé, je me disais : « Bah ! comment un lecteur peut-il s'apercevoir de cela ? Il manque quelque chose là, c'est possible. Mais, sapristi, s'ils ne sont pas contents ! Il y a assez de jolies choses comme cela, plus qu'ils n'en ont d'habitude. » Et m'appuyant sur ces dix mille approbations qui me soutenaient, je puisais autant de sentiment de ma force et d'espoir de talent dans la lecture que je faisais à ce moment que j'y avais puisé de défiance quand ce que j'avais écrit ne s'adressait qu'à moi. Albertine disparue

A new delicious entry in a very intelligent litterary blog, an association of painting-poetry and Proust : it makes me want just to read it instead of writing mine La poésie est une alliance de la parole et du silence

In order that the impossible creature that I am endeavouring to be may combine all the contrary elements which may be most favourable to me, if I read as an author, I judge myself as a reader, without any of the scruples that may be felt about a written text by him who confronts in it the ideal which he has sought to express in it. Those phrases in my article, when I wrote them, were so colourless in comparison with my thought, so complicated and opaque in comparison with my harmonious and transparent vision, so full of gaps which I had not managed to fill, that the reading of them was a torture to me, they had only accentuated in me the sense of my own impotence and of my incurable want of talent. But now, in forcing myself to be a reader, if I transferred to others the painful duty of criticising me, I succeeded at least in making a clean sweep of what I had attempted to do in first reading what I had written. I read the article forcing myself to imagine that it was written by some one else. Then all my images, all my reflexions, all my epithets taken by themselves and without the memory of the check which they had given to my intentions, charmed me by their brilliance, their amplitude, their depth. And when I felt a weakness that was too marked taking refuge in the spirit of the ordinary and astonished reader, I said to myself: “Bah! How can a reader notice that, there is something missing there, it is quite possible. But, be damned to them, if they are not satisfied! There are plenty of pretty passages, more than they are accustomed to find.” And resting upon this ten-thousandfold approval which supported me, I derived as much sense of my own strength and hope in my own talent from the article which I was reading at that moment as I had derived distrust when what I had written addressed itself only to myself. The Fugitive
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