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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Etes-vous jaloux? Are you jealous?

Publié le 5 Décembre 2015 par proust pour tous

octopus
octopus

Au début d'une semaine qui sera consacrée à la jalousie dans la littérature, Philippe Chardin, Professeur de littérature comparée à l'université de Tours, sera invité par Adèle Van Reeth à parler de la jalousie dans l’œuvre de Proust aux "Nouveaux chemins de la connaissance" de France Culture le lundi 7 décembre à 10 heures (émissions longtemps podcastables).

Swann restait là, désolé, confus et pourtant heureux, devant cette enveloppe qu'Odette lui avait remise sans crainte, tant était absolue la confiance qu'elle avait en sa délicatesse, mais à travers le vitrage transparent de laquelle se dévoilait à lui, avec le secret d'un incident qu'il n'aurait jamais cru possible de connaître, un peu de la vie d'Odette, comme dans une étroite section lumineuse pratiquée à même l'inconnu. Puis sa jalousie s'en réjouissait, comme si cette jalousie eût eu une vitalité indépendante, égoïste, vorace de tout ce qui la nourrirait, fût-ce aux dépens de lui-même. Maintenant elle avait un aliment et Swann allait pouvoir commencer à s'inquiéter chaque jour des visites qu'Odette avait reçues vers cinq heures, à chercher à apprendre où se trouvait Forcheville à cette heure-là. Car la tendresse de Swann continuait à garder le même caractère que lui avait imprimé dès le début à la fois l'ignorance où il était de l'emploi des journées d'Odette et la paresse cérébrale qui l'empêchait de suppléer à l'ignorance par l'imagination. Il ne fut pas jaloux d'abord de toute la vie d'Odette, mais des seuls moments où une circonstance, peut-être mal interprétée, l'avait amené à supposer qu'Odette avait pu le tromper. Sa jalousie, comme une pieuvre qui jette une première, puis une seconde, puis une troisième amarre, s'attacha solidement à ce moment de cinq heures du soir, puis à un autre, puis à un autre encore. Du côté de chez Swann
For a time Swann stood still there, heartbroken, bewildered, and yet happy; gazing at this envelope which Odette had handed to him without a scruple, so absolute was her trust in his honour; through its transparent window there had been disclosed to him, with the secret history of an incident which he had despaired of ever being able to learn, a fragment of the life of Odette, seen as through a narrow, luminous incision, cut into its surface without her knowledge. Then his jealousy rejoiced at the discovery, as though that jealousy had had an independent existence, fiercely egotistical, gluttonous of every thing that would feed its vitality, even at the expense of Swann himself. Now it had food in store, and Swann could begin to grow uneasy afresh every evening, over the visits that Odette had received about five o’clock, and could seek to discover where Forcheville had been at that hour. For Swann’s affection for Odette still preserved the form which had been imposed on it, from the beginning, by his ignorance of the occupations in which she passed her days, as well as by the mental lethargy which prevented him from supplementing that ignorance by imagination. He was not jealous, at first, of the whole of Odette’s life, but of those moments only in which an incident, which he had perhaps misinterpreted, had led him to suppose that Odette might have played him false. His jealousy, like an octopus which throws out a first, then a second, and finally a third tentacle, fastened itself irremovably first to that moment, five o’clock in the afternoon, then to another, then to another again. Swann's Way
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