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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Tout changer; Change

Publié le 4 Décembre 2015 par proust pour tous

Madame Verdurin prend des nouvelles du front en 1916
Madame Verdurin prend des nouvelles du front en 1916

Encore une fête de famille ennuyeuse, et bientôt Noël... Encore une coterie montée contre une autre au bureau... Encore des ragots dans les rues de Sceaux... Encore de vieux amis qui ne m'intéressent plus du tout (et vice-versa). Et toujours le même Jules!

On peut remarquer, d'ailleurs, qu'au fur et à mesure qu'augmenta le nombre des gens brillants qui firent des avances à Mme Verdurin, le nombre de ceux qu'elle appelait les « ennuyeux » diminua. Par une sorte de transformation magique, tout ennuyeux qui était venu lui faire une visite et avait sollicité une invitation devenait subitement quelqu'un d'agréable, d'intelligent. Bref, au bout d'un an le nombre des ennuyeux était réduit dans une proportion tellement forte, que la « peur et l'impossibilité de s'ennuyer », qui avait tenu une si grande place dans la conversation et joué un si grand rôle dans la vie de Mme Verdurin, avait presque entièrement disparu. On eût dit que sur le tard cette impossibilité de s'ennuyer (qu'autrefois, d'ailleurs, elle assurait ne pas avoir éprouvée dans sa prime jeunesse) la faisait moins souffrir, comme certaines migraines, certains asthmes nerveux qui perdent de leur force quand on vieillit. Et l'effroi de s'ennuyer eût sans doute entièrement abandonné Mme Verdurin, faute d'ennuyeux, si elle n'avait, dans une faible mesure, remplacé ceux qui ne l'étaient plus par d'autres recrutés parmi les anciens fidèles. Du reste, pour en finir avec les duchesses qui fréquentaient maintenant chez Mme Verdurin, elles venaient y chercher, sans qu'elles s'en doutassent, exactement la même chose que les dreyfusards autrefois, c'est-à-dire un plaisir mondain composé de telle manière que sa dégustation assouvît les curiosités politiques et rassasiât le besoin de commenter entre soi les incidents lus dans les journaux. Mme Verdurin disait : « Vous viendrez à 5 heures parler de la guerre », comme autrefois « parler de l'affaire », et dans l'intervalle : « Vous viendrez entendre Morel ». Le Temps retrouvé

Another boring family gathering, and soon Christmas... Another coterie fighting colleagues at the office.... Another series of gossips in the streets of Sceaux... Another friend for whom I have lost interest (and vice-versa).... And always the same Jules !

One may further observe that the number of people Mme Verdurin named “bores” diminished in direct ratio with the social importance of those who made advances to her. By a sort of magical transformation, every bore who came to pay her a visit and solicited an invitation, suddenly became agreeable and intelligent. In brief, at the end of a year the number of “bores” was reduced to such proportions that “the dread and unendurableness of being bored” which occurred so often in Mme Verdurin’s conversation and had played such an important part in her life, almost entirely disappeared. Of late, one would have said that this unendurableness of boredom (which she had formerly assured me she never felt in her first youth) caused her less pain, like headaches and nervous asthmas, which lose their strength as one grows older; and the fear of being bored would doubtless have entirely abandoned Mme Verdurin owing to lack of bores, if she had not in some measure replaced them by other recruits amongst the old “faithfuls”. Finally, to have done with the duchesses who now frequented Mme Verdurin, they came there, though they were unaware of it, in search of exactly the same thing as during the Dreyfus period, a fashionable amusement so constituted that its enjoyment satisfied political curiosity and the need of commenting privately upon the incidents read in the newspapers. Mme Verdurin would say, “Come in at five o’clock to talk about the war,” as she would have formerly said “to talk about l’affaire and in the interval you shall hear Morel.” Time Regained
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Bérengère 04/12/2015 16:13

Votre amusant billet me fait penser aux "Fâcheux" de Molière :
"Sous quel astre, bon Dieu, faut-il que je sois né,
Pour être de fâcheux toujours assassiné !
Il semble que partout le sort me les adresse,
Et j’en vois, chaque jour, quelque nouvelle espèce."
Bonne soirée. Bérengère

proust pour tous 04/12/2015 18:20

Merci de cette réplique si pleine d'esprit, du genre qu'on adore....
et à bientôt?