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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Helmut Schmidt est mort, la veille du 11 novembre; Death of Helmut Schmidt, a day before Armistice

Publié le 11 Novembre 2015 par proust pour tous

Giscard-Schmidt, l'amitié franco-allemande
Giscard-Schmidt, l'amitié franco-allemande

Dans le magasin de mes grand-parents, "Au Petit bénéfice", à Antony, des soldats de la Wehrmacht, stationnée tout près, se pressent pour acheter le nécessaire, parfois le superflu. L'un d'eux dit à Lucie, ma grand-mère, qu'il avait perdu son père et deux frères pendant la guerre précédente, celle de 14. Lucie: "Vous devez détester les Français!": "Mme Jacquet, ce n'est pas les Français qui les ont tués, c'est la guerre."

Mon départ de Paris se trouva retardé par une nouvelle qui, par le chagrin qu'elle me causa, me rendit pour quelque temps incapable de me mettre en route. J'appris, en effet, la mort de Robert de Saint-Loup, tué le surlendemain de son retour au front, en protégeant la retraite de ses hommes. Jamais homme n'avait eu moins que lui la haine d'un peuple (et quant à l'empereur, pour des raisons particulières, et peut-être fausses, il pensait que Guillaume II avait plutôt cherché à empêcher la guerre qu'à la déchaîner). Pas de haine du Germanisme non plus ; les derniers mots que j'avais entendus sortir de sa bouche, il y avait six jours, c'étaient ceux qui commencent un lied de Schumann et que sur mon escalier il me fredonnait, en allemand, si bien qu'à cause des voisins je l'avais fait taire. Habitué par une bonne éducation suprême à émonder sa conduite de toute apologie, de toute invective, de toute phrase, il avait évité devant l'ennemi, comme au moment de la mobilisation, ce qui aurait pu assurer sa vie, par cet effacement de soi devant les actes que symbolisaient toutes ses manières, jusqu'à sa manière de fermer la portière de mon fiacre quand il me reconduisait, tête nue, chaque fois que je sortais de chez lui. Le Temps retrouvé

In my grand-parents' store, "Au petit bénéfice", in Antony, near Paris, Wehrmacht' soldiers, stationed nearby, are many to buy basic products as well as small luxuries. On of them tells my grand-mother, Lucie, that he had lost his father and two brothers during the previous war, the 14-18 war. Lucie: "You must hate the French!" "Mrs Jacquet, it is not the French who killed them, it is the war!"

My departure from Paris was retarded by news which, owing to the pain it caused me, rendered me incapable of moving for some time. I had learnt, in fact, of the death of Robert Saint-Loup, killed, protecting the retreat of his men, on the day following his return to the front. No man less than he, felt hatred towards a people (and as to the Emperor, for special reasons which may have been mistaken, he believed that William II had rather sought to prevent war than to unleash it). Nor did he hate Germanism; the last words I heard him utter six days before, were those at the beginning of a Schumann song which he hummed to me in German on my staircase; indeed on account of neighbours I had to ask him to keep quiet. Accustomed by supreme good breeding to refrain from apologies, invective and phrase, in the face of the enemy he had avoided, as he did at the moment of mobilisation, whatever might have preserved his life by a self-effacement in action which his manners symbolised, even to his way of closing my cab-door when he saw me out, standing bare-headed every time I left his house. Time Regained
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