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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Soulages, la vision; Soulages, the vision

Publié le 21 Août 2014 par proust pour tous

Soulages, la vision; Soulages, the vision

Musée Soulages à Rodez

Nos pérégrinations en France, ces derniers jours, ont conduit Jules et moi à Rodez, pour surtout y visiter le nouveau musée Soulages, peintre que Jules aime énormément. Moi pas. C'est là que le bât a blessé, car j'ai donné mon sentiment tandis que Jules était tout ému par cette accumulation d'oeuvres dont la seule chose que je puisse dire était: c'est beau, très très décoratif, le site est admirablement conçu, mais je trouve que cette obsession du noir est plutôt le travail d'un artisan (donc que d'autres pourraient imiter) que d'un vrai artiste (qui lui a une vision unique).

Ressaisir notre vie ; et aussi la vie des autres ; car le style, pour l'écrivain aussi bien que pour le peintre, est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients, de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par l'art seulement, nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini, et qui bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont ils émanaient, qu'il s'appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient leur rayon spécial. Le Temps retrouvé

Our trip in France, these last days, have lead Jules and I to Rodez, to visit the new museum entirely dedicated to Soulages, a painter greatly loved by Jules. Not by me. It is there that the incident occured when I interrupted the ravishment state in which was Jules, when I said: it is beautiful, very very decorative, but this obsession with black seems to me the work of a talented craftsman (that could be done by others), not of a true artist (whose vision is unique).

To lay hold of our life; and also the life of others; for a writer’s style and also a painter’s are matters not of technique but of vision. It is the revelation, impossible by direct and conscious means, of the qualitative difference there is in the way in which we look at the world, a difference which, without art, would remain for ever each man’s personal secret. By art alone we are able to get outside ourselves, to know what another sees of this universe which for him is not ours, the landscapes of which would remain as unknown to us as those of the moon. Thanks to art, instead of seeing one world, our own, we see it multiplied and as many original artists as there are, so many worlds are at our disposal, differing more widely from each other than those which roll round the infinite and which, whether their name be Rembrandt or Ver Meer, send us their unique rays many centuries after the hearth from which they emanate is extinguished. Time Regained
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