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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Une madeleine toute personnelle, un pied de cochon; A very personal madeleine pig's feet

Publié le 18 Août 2017 par proust pour tous

 

Notre maison, "bouchon" lyonnais

Je plains sincèrement ceux qui par idéologie religieuse, nutritionnelle, esthétique, ou gustative, ne mangent pas de cochon, un animal qui a fourni son lot de protéines, gras, peau, poils, cordes de raquette etc à l'humanité reconnaissante "dans le cochon tout est bon". Mais pour moi, en plus de toutes ces qualités inoubliables, j'ai pu ajouter à la liste des bienfaits fournis par cette modeste bête, une madeleine ! J'ai dégusté cette madeleine à Lyon, où Jules avait réservé une table pour deux (lui et moi), dans un "bouchon" extrêmement sympathique, sous la forme d'un pied de cochon grillé et servi avec du beurre fondu tiède qui m'a dispensée de demander de la moutarde, tout en me rappelant que ce simple beurre fondu accompagne en Amérique les homards encore chauds, à peine sortis de leur grande marmite. Et voici où le goût de madeleine se niche: un autre pied de cochon, préparé à la façon du fromage de tête (quelle expression!) dégusté à Genève il y a 35 ans dans un restaurant adoré "Au pied de cochon". J'y étais avec Alan, qui allait devenir mon ex-mari. Madeleine, quand tu nous tiens ! L'amour change de tête, la madeleine aussi, seul le pied de cochon, grillé, pané, ou en gélatine, reste. 

Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir. Du côté de chez Swann

 

I sincerely pity those who don't eat pork, for religious, nutritional, esthetic, gustatory ideology? Pigs are animals that have provided to grateful humankind, proteins, fat, hair, skin, rackets' strings. But for me, added to all these unforgettable qualities, I have put on the list of the benefits offered by this modest animal a madeleine! I have tasted this special madeleine in  Lyons, where Jules had booked a table for two (he and I) in a very warm "bouchon" (traditional Lyons restaurant)  under the disguise of a grilled pig's foot, served not with mustard but with melted butter, like the butter served in America with lobster just out of the pot. And here is where the taste of a madeleine is found; another pig's foot, prepared as a kind of headcheese, tasted with delight in Geneva, thirty five years ago, in a beloved restaurant "Au pied de cochon". I was there with Alan, who would later become my ex-husband. Madeleine, when you take hold of us ! Love changes its face, the madeleine too, only pig's feet keep the same.

 

But when from a long-distant past nothing subsists, after the people are dead, after the things are broken and scattered, still, alone, more fragile, but with more vitality, more unsubstantial, more persistent, more faithful, the smell and taste of things remain poised a long time, like souls, ready to remind us, waiting and hoping for their moment, amid the ruins of all the rest; and bear unfaltering, in the tiny and almost impalpable drop of their essence, the vast structure of recollection. Swann's Way

 

 

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