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Je ne sais pourquoi, mais l'une des expressions employées par Proust dans la Recherche, et que je préfère, c'est "de pair à compagnon", car elle me fait rire. J'y pense de temps en temps, probablement à cause de mes "Dînez avec Proust", pour lesquels je me suis acharnée sur les dialogues du "Dîner à La Raspelière".
Depuis, j'ai abandonné nos rendez-vous place Saint-Sulpice, et comme j'aime les beaux quartiers de Paris, j'ai préféré établir mes pénates par coeuriennes au Palais-Royal, un endroit dont la beauté est tout simplement.... royale!
Depuis, malgré l'emploi de la fameuse méthode de mémorisation G. Daouk, je sue sang et eau sur les textes que j'aimerais déclamer. Et parmi eux, je peux le dire, meilleur parmi les meilleurs, l'incipit de Jacques le Fataliste, de Diderot, en hommage au lieu qui nous accueille tous les 2èmes mardi et vendredi du mois.
Une fois le texte bien enraciné dans ma caboche, je me suis dit: "Continuons la lecture", et c'est ainsi que je trouve à l'auberge du Grand-Cerf, ce dialogue entre Jacques et son maître:
Le maître : Jacques, vous vous oubliez. Reprenez l’histoire de vos amours, et souvenez-vous que vous n’êtes et que vous ne serez jamais qu’un Jacques.
Jacques : Si, dans la chaumière où nous trouvâmes les coquins, Jacques n’avait pas valu un peu mieux que son maître...
Le maître : Jacques, vous êtes un insolent : vous abusez de ma bonté. Si j’ai fait la sottise de vous tirer de votre place, je saurai bien vous y remettre. Jacques, prenez votre bouteille et votre coquemar, et descendez là-bas.
Jacques : Cela vous plaît à dire, monsieur ; je me trouve bien ici, et je ne descendrai pas là-bas.
Le maître : Je te dis que tu descendras.
Jacques : Je suis sûr que vous ne dites pas vrai. Comment, monsieur, après m’avoir accoutumé pendant dix ans à vivre de pair à compagnon...
Le maître : Il me plaît que cela cesse.
Jacques : Après avoir souffert toutes mes impertinences...
Le maître : Je n’en veux plus souffrir.
Jacques : Après m’avoir fait asseoir à table à côté de vous, m’avoir appelé votre ami...
Le maître : Vous ne savez pas ce que c’est que le nom d’ami donné par un supérieur à son subalterne.
Jacques : Quand on sait que tous vos ordres ne sont que des clous à soufflet, s’ils n’ont été ratifiés par Jacques ; après avoir si bien accolé votre nom au mien, que l’un ne va jamais sans l’autre, et que tout le monde dit Jacques et son maître ; tout à coup il vous plaira de les séparer ! Non, monsieur, cela ne sera pas. Il est écrit là-haut que tant que Jacques vivra, que tant que son maître vivra, et même après qu’ils seront morts tous deux, on dira Jacques et son maître.
L'expression chez Proust:
Si un client de Cottard lui demandait : « Rencontrez-vous quelquefois les Guermantes ? » c'est de la meilleure foi du monde que le professeur répondait : « Peut-être pas justement les Guermantes, je ne sais pas. Mais je vois tout ce monde-là chez des amis à moi. Vous avez certainement entendu parler des Verdurin. Ils connaissent tout le monde. Et puis eux du moins ce ne sont pas des gens chic décatis. Il y a du répondant. On évalue généralement que Mme Verdurin est riche à trente-cinq millions. Dame, trente-cinq millions, c'est un chiffre. Aussi elle n'y va pas avec le dos de la cuiller. Vous me parliez des élégances aristocratiques, et qui n'étaient même pas ce qu'étaient Mme de la duchesse de Guermantes. Je vais vous dire la différence : Mme Verdurin c'est une grande dame, la duchesse de Guermantes est probablement une purée. Vous saisissez bien la nuance, n'est-ce pas ? En tous cas, que les Guermantes aillent ou non chez Mme Verdurin, elle reçoit, ce qui vaut mieux, les d'Sherbatoff, les d'Forcheville, et tutti quanti, des gens de la plus haute volée, toute la noblesse de France et de Navarre à qui vous me verriez parler de pair à compagnon. D'ailleurs ce genre d'individus recherche volontiers les princes de la science » Sodome et Gomorrhe
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