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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

un mariage; a wedding

Publié le 16 Septembre 2013 par proust pour tous

Samedi pour célébrer le mariage d'Etienne, fils de Laurent, qui avait eu lieu en Corée, grand repas au restaurant Marou, à L'Hay-les-Roses. le buffet coréen délicieux, les convives enchantés, la fête réussie, et une tradition sympathique: au lieu du compliment souvent trop long que la famille doit faire aux jeunes mariés, chacun, parents et mariés, chanta une petite chanson de son choix. Tonnerre d'applaudissements, quelle ambiance!

Un jour ma mère me dit: «Puisque tu parles toujours de Mme de Guermantes, comme le docteur Percepied l’a très bien soignée il y a quatre ans, elle doit venir à Combray pour assister au mariage de sa fille. Tu pourras l’apercevoir à la cérémonie.» C’était du reste par le docteur Percepied que j’avais le plus entendu parler de Mme de Guermantes, et il nous avait même montré le numéro d’une revue illustrée où elle était représentée dans le costume qu’elle portait à un bal travesti chez la princesse de Léon.

Tout d’un coup pendant la messe de mariage, un mouvement que fit le suisse en se déplaçant me permit de voir assise dans une chapelle une dame blonde avec un grand nez, des yeux bleus et perçants, une cravate bouffante en soie mauve, lisse, neuve et brillante, et un petit bouton au coin du nez. Et parce que dans la surface de son visage rouge, comme si elle eût eu très chaud, je distinguais, diluées et à peine perceptibles, des parcelles d’analogie avec le portrait qu’on m’avait montré, parce que surtout les traits particuliers que je relevais en elle, si j’essayais de les énoncer, se formulaient précisément dans les mêmes termes: un grand nez, des yeux bleus, dont s’était servi le docteur Percepied quand il avait décrit devant moi la duchesse de Guermantes, je me dis: cette dame ressemble à Mme de Guermantes; or la chapelle où elle suivait la messe était celle de Gilbert le Mauvais, sous les plates tombes de laquelle, dorées et distendues comme des alvéoles de miel, reposaient les anciens comtes de Brabant, et que je me rappelais être à ce qu’on m’avait dit réservée à la famille de Guermantes quand quelqu’un de ses membres venait pour une cérémonie à Combray; il ne pouvait vraisemblablement y avoir qu’une seule femme ressemblant au portrait de Mme de Guermantes, qui fût ce jour-là, jour où elle devait justement venir, dans cette chapelle: c’était elle! Ma déception était grande. Elle provenait de ce que je n’avais jamais pris garde quand je pensais à Mme de Guermantes, que je me la représentais avec les couleurs d’une tapisserie ou d’un vitrail, dans un autre siècle, d’une autre matière que le reste des personnes vivantes. Jamais je ne m’étais avisé qu’elle pouvait avoir une figure rouge, une cravate mauve comme Mme Sazerat, et l’ovale de ses joues me fit tellement souvenir de personnes que j’avais vues à la maison que le soupçon m’effleura, pour se dissiper d’ailleurs aussitôt après, que cette dame en son principe générateur, en toutes ses molécules, n’était peut-être pas substantiellement la duchesse de Guermantes, mais que son corps, ignorant du nom qu’on lui appliquait, appartenait à un certain type féminin, qui comprenait aussi des femmes de médecins et de commerçants.

Du côté de chez Swann

Et Mireille Naturel, qui donnera sa conférence sur Proust a Antony, le 3 octobre, 20h30 salle Francois Molé, place du Marché, habite, à Illiers-Combray, la maison du Dr Percepied....

One day my mother said: “You are always talking about Mme. de Guermantes. Well, Dr. Percepied did a great deal for her when she was ill, four years ago, and so she is coming to Combray for his daughter’s wedding. You will be able to see her in church.” It was from Dr. Percepied, as it happened, that I had heard most about Mme. de Guermantes, and he had even shewn us the number of an illustrated paper in which she was depicted in the costume which she had worn at a fancy dress ball given by the Princesse de Léon.

Suddenly, during the nuptial mass, the beadle, by moving to one side, enabled me to see, sitting in a chapel, a lady with fair hair and a large nose, piercing blue eyes, a billowy scarf of mauve silk, glossy and new and brilliant, and a little spot at the corner of her nose. And because on the surface of her face, which was red, as though she had been very warm, I could make out, diluted and barely perceptible, details which resembled the portrait that had been shewn to me; because, more especially, the particular features which I remarked in this lady, if I attempted to catalogue them, formulated themselves in precisely the same terms:— a large nose, blue eyes, as Dr. Percepied had used when describing in my presence the Duchesse de Guermantes, I said to myself: “This lady is like the Duchesse de Guermantes.” Now the chapel from which she was following the service was that of Gilbert the Bad; beneath its flat tombstones, yellowed and bulging like cells of honey in a comb, rested the bones of the old Counts of Brabant; and I remembered having heard it said that this chapel was reserved for the Guermantes family, whenever any of its members came to attend a ceremony at Combray; there was, indeed, but one woman resembling the portrait of Mme. de Guermantes who on that day, the very day on which she was expected to come there, could be sitting in that chapel: it was she! Swann's Way

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