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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Rions avec Proust: Méfions-nous des mites; Beware of moths

Publié le 7 Septembre 2013 par proust pour tous

Proust est connu pour sa phrase longue, mais il devrait l'être aussi pour sa phrase drôle. De plus la mention du mot 'mite' sonne dans ma mémoire comme une madeleine qui lui aurait été greffée: ma mère à chaque trou découvert sur un pull ne sentant pas la naphtaline, chantait la chanson de la marchande des rues de sa jeunesse: "N'oubliez pas les mites, Mesdames, elles vous oublieront pas!"

À force de coller les uns aux autres ces papiers, que Françoise appelait mes paperoles, ils se déchiraient çà et là. Au besoin Françoise pourrait m’aider à les consolider, de la même
façon qu’elle mettait des pièces aux parties usées de ses robes ou qu’à la fenêtre de la cuisine, en attendant le vitrier comme moi l’imprimeur, elle collait un morceau de journal à la place d’un carreau cassé.
Elle me disait, en me montrant mes cahiers rongés comme le bois où l’insecte s’est mis :
« C’est tout mité, regardez, c’est malheureux, voilà un bout de page qui n’est plus qu’une
dentelle, et – l’examinant comme un tailleur – je ne crois pas que je pourrai la refaire, c’est perdu. C’est dommage, c’est peut-être vos plus belles idées. Comme on dit à Combray, il n’y a pas de fourreurs qui s’y connaissent aussi bien comme les mites. Elles se mettent toujours dans les meilleures étoffes. »

Le Temps retrouvé

In consequence of sticking one sheet on another, what Françoise called my paperoles got torn here and there. In case of need she would be able to help me mend them in the same way as she patched worn parts of her dresses, or awaiting the glazier as I did the printer, when she stuck a bit of newspaper in a window instead of the glass pane. Holding up my copy-books devoured like worm-eaten wood, she would say: “It’s all moth-eaten, look, what a pity, here’s the bottom of a page which is nothing but a bit of lace,” and, examining it like a tailor: “I don’t think I can mend it, it’s done for, what a shame; perhaps those were your most beautiful ideas. As they said at Combray, there are no furriers who know their job as well as moths, they always go for the best materials.”

Time Regained

un festin de mite

un festin de mite

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Z
Très troublant ce passage, j'ai cru que c'était Céleste qui parlait...
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