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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Etre ignoré; Being ignored

Publié le 1 Octobre 2013 par proust pour tous

Etre ignoré; Being ignored

Il y a quelques années, lors d'un congrès où Jules faisait une conférence, et où moi-même j'étais venue rejoindre une amie, je me retrouvai au vestiaire où Jules attendait qu'on lui apportât ses affaires. Il ne me regarda pas, prit sa pelure (comme aurait dit le duc de Guermantes) et partit à grands pas. Ce fut comme un coup dans l'estomac. Le soir-même Il eut droit à une scène épique (qualifiée de jérémiades) dont on parle encore (surtout moi).

Le lendemain matin, je me mis en retard, je ne trouvai pas Saint–Loup déjà parti pour déjeuner dans ce château voisin. Vers une heure et demie, je me préparais à aller à tout hasard au quartier pour y être dès son arrivée, quand, en traversant une des avenues qui y conduisait, je vis, dans la direction même où j’allais, un tilbury qui, en passant près de moi, m’obligea à me garer; un sous-officier le conduisait le monocle à l’oeil, c’était Saint–Loup. A côté de lui était l’ami chez qui il avait déjeuné et que j’avais déjà rencontré une fois à l’hôtel où Robert dînait. Je n’osais pas appeler Robert comme il n’était pas seul, mais voulant qu’il s’arrêtât pour me prendre avec lui, j’attirai son attention par un grand salut qui était censé motivé par la présence d’un inconnu. Je savais Robert myope, j’aurais pourtant cru que, si seulement il me voyait, il ne manquerait pas de me reconnaître; or, il vit bien le salut et le rendit, mais sans s’arrêter; et, s’éloignant à toute vitesse, sans un sourire, sans qu’un muscle de sa physionomie bougeât, il se contenta de tenir pendant deux minutes sa main levée au bord de son képi, comme il eût répondu à un soldat qu’il n’eût pas connu. Le côté de Guermantes, I

Several years ago, at a medical convention where Jules was giving a lecture, and where I was to meet a friend (while Jules didn't know I was coming), I saw Jules checking his coat. He saw me but did not acknowledged it and left quickly. The blow was hard in my stomach and that night at home, I made a grand scene (called by him "jeremiad" or biblic moaning).

The following morning I rose late, and failed to catch Saint-Loup, who had already started for the country house where he was invited to luncheon. About half past one, I had decided to go in any case to the barracks, so as to be there before he arrived, when, as I was crossing one of the avenues on the way there, I noticed, coming behind me in the same direction as myself, a tilbury which, as it overtook me, obliged me to jump out of its way; an N.C.O. was driving it, wearing an eyeglass; it was Saint-Loup. By his side was the friend whose guest he had been at luncheon, and whom I had met once before at the hotel where we dined. I did not dare shout to Robert since he was not alone, but, in the hope that he would stop and pick me up, I attracted his attention by a sweeping wave of my hat, which might be regarded as due to the presence of a stranger. I knew that Robert was short-sighted; still, I should have supposed that, provided he saw me at all, he could not fail to recognise me; he did indeed see my salute, and returned it, but without stopping; driving on at full speed, without a smile, without moving a muscle of his face, he confined himself to keeping his hand raised for a minute to the peak of his cap, as though he were acknowledging the salute of a trooper whom he did not know personally. The Guermantes Way, I
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