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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

un roman à la gloire de Proust: Proust pour tous!

Publié le 13 Novembre 2012 par laurence grenier

Depuis plusieurs années j'avais l'intention de lire un roman de Roland Cailleux  écrit entre 1942 et 1947: Une lecture (Collection Motifs, 2007), qui relate la découverte, par un verrier de la rue de Paradis, de A la recherche du temps perdu. J'en suis à peu près à la moitié, et alors que je me demande sérieusement comment un chef-d'oeuvre tel que la Recherche (appelé par le héros le Temps perdu, l'abréviation devenue courante n'ayant sans doute pas pris racine à l'époque), je tombe enfin sur un passage qui m'impressionne (après un récit banal): la description de ce qu'a pu être pour beaucoup la "révélation proustienne", un syndrome de Stendhal caractérisé:

 Soudain, comme il arrivait au moment où Marcel, de retour à Balbec, ressentait pour la première fois depuis la mort de sa grand-mère toute l'horreur de cette disparition, Bruno qui n'avait encore rien trouvé de véritablement génial en ce livre, parce qu'il s'était toujours senti porté par sa lecture et croyait, pour s'être le plus souvent reconnu dans les sentiments et les réflexions des héros, qu'après tout l'allégresse qu'il éprouvait à lire prouvait que l'auteur n'avait réussi là rien que de relativement facile, se surprit à fermer les yeux, quelque chose en lui venant de se déchirer brusquement. A la façon dont il se mit à relire tout haut, pour lui-même, certaines phrases, qui avaient sans doute dû déclencher en lui cette secousse inattendue, tout à coup illuminé par la certitude de se trouver en présence d'une beauté incomparable et au-delà de toute discussion, celle qui l'avait saisi en face de très exceptionnels poèmes, il ressentit, sans en reconnaître immédiatement l'origine, le premier ébranlement de l'admiration. Mais cette impression était encore trop neuve, trop fugitive, pour qu'il l'acceuillît comme elle l'eût mérité. Il se contenta de tressaillir devant la haute lame qui l'avait, quelques secondes, haussé, transporté, puis abandonné, et ne s'inquiéta pas de la possibilité de semblables retours, comme tant de gens qui se contentent de s'écrier banalement: "Comme c'est beau!" en face d'un spectacle qu'ils disent inoubliable, et qu'ils oublieront justement pour avoir montré tant de négligence envers lui.

 

ça me fait penser à Brichot:

La vulgarité de l'homme apparaissait à tout instant sous le pédantisme du lettré. Et, à côté d'images qui ne voulaient rien dire du tout ("les Allemands ne pourront plus regarder en face la statue de Beethoven"; "Schiller a dû frémir dans son tombeau."; "l'encre qui a paraphé la neutralité de la Belgique était à peine séchée"; "Lénine parle, mais autant en emporte le vent de la steppe"), c'étaient des trivialités telles que: "Vingt mille prisonniers, c'est un chiffre; notre commandement saura ouvrir l'oeil et le bon; nous voulons vaincre, un point c'est tout." Mais, mêlé à tout cela, tant de savoir, tant d'intelligence, de si justes raisonnements!                                                      Le Temps retrouvé


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