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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

un langage aristocratique ou paysan? an aristocrat who speaks like a red neck

Publié le 1 Juin 2013 par proust pour tous

Sous mon arbre au Parc de Sceaux 1/ il ne pleuvait pas 2/ Isabelle m'a fait une remarque que je reprends au bond: retrouver l'extrait dans lequel on parle du langage campagnard de la duchesse de Guermantes.

 

 

Je mentirais en disant que, ce côté terrien et quasi paysan qui restait en elle, la duchesse n'en avait pas conscience et ne mettait pas une certaine affectation à le montrer. Mais, de sa part, c'était moins fausse simplicité de grande dame qui joue la campagnarde et orgueil de duchesse qui fait la nique aux dames riches méprisantes des paysans, qu'elles ne connaissent pas, que le goût quasi artistique d'une femme qui sait le charme de ce qu'elle possède et ne va pas le gâter d'un badigeon moderne. C'est de la même façon que tout le monde a connu à Dives un restaurateur normand, propriétaire de « Guillaume le Conquérant », qui s'était bien gardé – chose très rare – de donner à son hôtellerie le luxe moderne d'un hôtel et qui, lui-même millionnaire, gardait le parler, la blouse d'un paysan normand et vous laissait venir le voir faire lui-même, dans la cuisine, comme à la campagne, un dîner qui n'en était pas moins infiniment meilleur et encore plus cher que dans les plus grands palaces.

Toute la sève locale qu'il y a dans les vieilles familles aristocratiques ne suffit pas, il faut qu'il y naisse un être assez intelligent pour ne pas la dédaigner, pour ne pas l'effacer sous le vernis mondain. Mme de Guermantes, malheureusement spirituelle et Parisienne et qui, quand je la connus, ne gardait plus de son terroir que l'accent, avait, du moins, quand elle voulait peindre sa vie de jeune fille, trouvé, pour son langage (entre ce qui eût semblé trop involontairement provincial, ou au contraire artificiellement lettré), un de ces compromis qui font l'agrément de la Petite Fadette de George Sand ou de certaines légendes rapportées par Chateaubriand dans les Mémoires d'outre-tombe. Mon plaisir était surtout de lui entendre conter quelque histoire qui mettait en scène des paysans avec elle. Les noms anciens, les vieilles coutumes, donnaient à ces rapprochements entre le château et le village quelque chose d'assez savoureux. Demeurée en contact avec les terres où elle était souveraine, une certaine aristocratie reste régionale, de sorte que le propos le plus simple fait se dérouler devant nos yeux toute une carte historique et géographique de l'histoire de France.

S'il n'y avait aucune affectation, aucune volonté de fabriquer un langage à soi, alors cette façon de prononcer était un vrai musée d'histoire de France par la conversation. « Mon grand-oncle Fitt-jam » n'avait rien qui étonnât, car on sait que les Fitz-James proclament volontiers qu'ils sont de grands seigneurs français, et ne veulent pas qu'on prononce leur nom à l'anglaise. Il faut, du reste, admirer la touchante docilité des gens qui avaient cru jusque-là devoir s'appliquer à prononcer grammaticalement certains noms et qui, brusquement, après avoir entendu la duchesse de Guermantes les dire autrement, s'appliquaient à la prononciation qu'ils n'avaient pu supposer. Ainsi, la duchesse ayant eu un arrière-grand-père auprès du comte de Chambord, pour taquiner son mari d'être devenu Orléaniste, aimait à proclamer : « Nous les vieux de Frochedorf ». Le visiteur qui avait cru bien faire en disant jusque-là « Frohsdorf » tournait casaque au plus court et disait sans cesse « Frochedorf ».

Une fois que je demandais à Mme de Guermantes qui était un jeune homme exquis qu'elle m'avait présenté comme son neveu et dont j'avais mal entendu le nom, ce nom, je ne le distinguai pas davantage quand, du fond de sa gorge, la duchesse émit très fort, mais sans articuler : « C'est l'... i Eon l... b... frère à Robert. Il prétend qu'il a la forme du crâne des anciens Gallois. » Alors je compris qu'elle avait dit : C'est le petit Léon, le prince de Léon, beau-frère, en effet, de Robert de Saint-Loup. « En tous cas, je ne sais pas s'il en a le crâne, ajouta-t-elle, mais sa façon de s'habiller, qui a du reste beaucoup de chic, n'est guère de là-bas. Un jour que, de Josselin où j'étais chez les Rohan, nous étions allés à un pèlerinage, il était venu des paysans d'un peu toutes les parties de la Bretagne. Un grand diable de villageois du Léon regardait avec ébahissement les culottes beiges du beau-frère de Robert. « Qu'est-ce que tu as à me regarder, je parie que tu ne sais pas qui je suis », lui dit Léon. Et comme le paysan lui disait que non. « Eh bien, je suis ton prince. – Ah ! répondit le paysan en se découvrant et en s'excusant, je vous avais pris pour un englische. » La prisonnière

 

 

 

 

Under my tree, in the Parc de Sceaux last Sunday, it is worth mentioning that 1/ it was not raining and 2/ Isabelle was looking for an excerpt concerning the Duchesse de Guermantes' peasant langage.

 

It would be untrue to pretend that of this territorial and semi-peasant quality which survived in her the Duchess was not fully conscious, indeed she displayed a certain affectation in emphasising it. But, on her part, this was not so much the false simplicity of a great lady aping the countrywoman or the pride of a Duchess bent upon snubbing the rich ladies who express contempt for the peasants whom they do not know as the almost artistic preference of a woman who knows the charm of what belongs to her, and is not going to spoil it with a coat of modern varnish. In the same way, everybody will remember at Dives a Norman innkeeper, landlord of the Guillaume le Conquérant, who carefully refrained — which is very rare — from giving his hostelry the modern comforts of an hotel, and, albeit a millionaire, retained the speech, the blouse of a Norman peasant and allowed you to enter his kitchen and watch him prepare with his own hands, as in a farmhouse, a dinner which was nevertheless infinitely better and even more expensive than are the dinners in the most luxurious hotels.

All the local sap that survives in the old noble families is not enough, there must also be born of them a person of sufficient intelligence not to despise it, not to conceal it beneath the varnish of society. Mme. de Guermantes, unfortunately clever and Parisian, who, when I first knew her, retained nothing of her native soil but its accent, had at least, when she wished to describe her life as a girl, found for her speech one of those compromises (between what would have seemed too spontaneously provincial on the one hand or artificially literary on the other), one of those compromises which form the attraction of George Sand’s La Petite Fadette or of certain legends preserved by Chateaubriand in his Mémoires d’Outre-Tombe. My chief pleasure was in hearing her tell some anecdote which brought peasants into the picture with herself. The historic names, the old customs gave to these blendings of the castle with the village a distinctly attractive savour. Having remained in contact with the lands over which it once ruled, a certain class of the nobility has remained regional, with the result that the simplest remark unrolls before our eyes a political and physical map of the whole history of France.

If there was no affectation, no desire to fabricate a special language, then this manner of pronouncing words was a regular museum of French history displayed in conversation. ‘My great-uncle Fitt-jam’ was not at all surprising, for we know that the Fitz-James family are proud to boast that they are French nobles, and do not like to hear their name pronounced in the English fashion. One must, incidentally, admire the touching docility of the people who had previously supposed themselves obliged to pronounce certain names phonetically, and who, all of a sudden, after hearing the Duchesse de Guermantes pronounce them otherwise, adopted the pronunciation which they could never have guessed. Thus the Duchess, who had had a great-grandfather in the suite of the Comte de Chambord, liked to tease her husband for having turned Orleanist by proclaiming: “We old Frochedorf people. . . . ” The visitor, who had always imagined that he was correct in saying ‘Frohsdorf,’ at once turned his coat, and ever afterwards might be heard saying ‘Frochedorf.’

On one occasion when I asked Mme. de Guermantes who a young blood was whom she had introduced to me as her nephew but whose name I had failed to catch, I was none the wiser when from the back of her throat the Duchess uttered in a very loud but quite inarticulate voice: “C’est l’ . . . i Eon . . . l . . . b . . . frère à Robert. He makes out that he has the same shape of skull as the ancient Gauls.” Then I realised that she had said: “C’est le petit Léon,” and that this was the Prince de Léon, who was indeed Robert de Saint-Loup’s brother-in-law. “I know nothing about his skull,” she went on, “but the way he dresses, and I must say he does dress quite well, is not at all in the style of those parts. Once when I was staying at Josselin, with the Rohans, we all went over to one of the pilgrimages, where there were peasants from every part of Brittany. A great hulking fellow from one of the Léon villages stood gaping open-mouthed at Robert’s brother-in-law in his beige breeches! ‘What are you staring at me like that for?’ said Léon. ‘I bet you don’t know who I am?’ The peasant admitted that he did not. ‘Very well,’ said Léon, ‘I’m your Prince.’ ‘Oh!’ said the peasant, taking off his cap and apologising. ‘I thought you were an Englische.’” The Captive

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