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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Transparence et secrets; transparency and secrets

Publié le 20 Juin 2013 par proust pour tous

Comment changer la mentalité française, frein à une réussite du pays sur le plan mondial: méfiance, cynisme, envie... toutes ces belles qualités sont le corollaire des secrets que l'on connait ou que l'on suppose. D'où la mode de la transparence, terme technocratique, qui rassure moins que la mise à nu des secrets.

 

À l'air mélancolique qu'avait pris, en parlant de la princesse de Cadignan, M. de Charlus, j'avais bien senti que cette nouvelle ne le faisait pas penser qu'au petit jardin d'une cousine assez indifférente. Il tomba dans une songerie profonde, et comme se parlant à soi-même : « Les Secrets de la princesse de Cadignan ! s'écria-t-il, quel chef-d'oeuvre ! comme c'est profond, comme c'est douloureux, cette mauvaise réputation de Diane qui craint tant que l'homme qu'elle aime ne l'apprenne ! Quelle vérité éternelle, et plus générale que cela n'en a l'air ! comme cela va loin ! » M. de Charlus prononça ces mots avec une tristesse qu'on sentait pourtant qu'il ne trouvait pas sans charme. Certes M. de Charlus, ne sachant pas au juste dans quelle mesure ses moeurs étaient ou non connues, tremblait, depuis quelque temps, qu'une fois qu'il serait revenu à Paris et qu'on le verrait avec Morel, la famille de celui-ci n'intervînt et qu'ainsi son bonheur fût compromis. Cette éventualité ne lui était probablement apparue jusqu'ici que comme quelque chose de profondément désagréable et pénible. Mais le baron était fort artiste. Et maintenant que depuis un instant il confondait sa situation avec celle décrite par Balzac, il se réfugiait en quelque sorte dans la nouvelle, et à l'infortune qui le menaçait peut-être, et ne laissait pas en tout cas de l'effrayer, il avait cette consolation de trouver, dans sa propre anxiété, ce que Swann et aussi Saint-Loup eussent appelé quelque chose de « très balzacien ». Cette identification à la princesse de Cadignan avait été rendue facile pour M. de Charlus grâce à la transposition mentale qui lui devenait habituelle et dont il avait déjà donné divers exemples. Elle suffisait, d'ailleurs, pour que le seul remplacement de la femme, comme objet aimé, par un jeune homme, déclanchât aussitôt autour de celui-ci tout le processus de complications sociales qui se développent autour d'une liaison ordinaire. (S&G)

 

 

What a challenge to change the French mentality, that prevents the country to be more successful in a global economy: distrust, cynism, envy... all these qualities are the consequences of secrets that one knows or that one guesses.

 

The melancholy air which M. de Charlus had assumed in speaking of the Princesse de Cadignan left me in no doubt that the tale in question had not reminded him only of the little garden of a cousin-to whom he was not particularly attached. He became lost in meditation, and, as though he were talking to himself: “The secrets of the Princesse de Cadignan!” he exclaimed, “What a masterpiece! How profound, how heartrending the evil reputation of Diane, who is afraid that the man she loves may hear of it. What an eternal truth, and more universal than might appear, how far it extends!” He uttered these words with a sadness in which nevertheless one felt that he found a certain charm. Certainly M. de Charlus, unaware to what extent precisely his habits were or were not known, had been trembling for some time past at the thought that when he returned to Paris and was seen there in Morel’s company, the latter’s family might intervene and so his future happiness be jeopardised. This eventuality had probably not appeared to him hitherto save as something profoundly disagreeable and painful. But the Baron was an artist to his finger tips. And now that he had begun to identify his own position with that described by Balzac, he took refuge, in a sense, in the tale, and for the calamity which was perhaps in store for him and did not in any case cease to alarm him, he had the consolation of finding in his own anxiety what Swann and also Saint-Loup would have called something ‘quite Balzacian.’ This identification of himself with the Princesse de Cadignan had been made easy for M. de Charlus by virtue of the mental transposition which was becoming habitual with him and of which he had already furnished several examples. It was enough in itself, moreover, to make the mere conversion of a woman, as the beloved object, into a young man immediately set in motion about him the whole sequence of social complications which develop round a normal love affair. (C P)

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