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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Se faire comprendre avec délicatesse; to be understood

Publié le 24 Septembre 2012 par laurence grenier

Nicole, une amie très chère de ma jeunesse, vient d'être très malade. Hospitalisée, elle refusait que quiconque lui rende visite. Maintenant elle est rentrée chez elle et j'aimerais beaucoup lui rendre visite. Je lui ai envoyé un mail en essayant de lui dire combien je l'aimais, mais sans tomber dans la mièvrerie (en Amérique on dit "I love you" pour un oui pour un non, et j'avais eu du mal à empêcher mes enfants de me le dire:"en Français on ne dit cela que pour des raisons de séduction, et en général quand on y croit pas").  Je n'ai pu que pondre "je fais plus que t'apprécier" et me demande si elle a compris.

A peine mon grand-père eut-il posé à Swann une question relative à cet orateur qu’une des sœurs de ma grand’mère aux oreilles de qui cette question résonna comme un silence profond mais intempestif et qu’il était poli de rompre, interpella l’autre: «Imagine-toi, Céline, que j’ai fait la connaissance d’une jeune institutrice suédoise qui m’a donné sur les coopératives dans les pays scandinaves des détails tout ce qu’il y a de plus intéressants. Il faudra qu’elle vienne dîner ici un soir.» «Je crois bien! répondit sa sœur Flora, mais je n’ai pas perdu mon temps non plus. J’ai rencontré chez M. Vinteuil un vieux savant qui connaît beaucoup Maubant, et à qui Maubant a expliqué dans le plus grand détail comment il s’y prend pour composer un rôle. C’est tout ce qu’il y a de plus intéressant. C’est un voisin de M. Vinteuil, je n’en savais rien; et il est très aimable.» «Il n’y a pas que M. Vinteuil qui ait des voisins aimables», s’écria ma tante Céline d’une voix que la timidité rendait forte et la préméditation, factice, tout en jetant sur Swann ce qu’elle appelait un regard significatif. En même temps ma tante Flora qui avait compris que cette phrase était le remerciement de Céline pour le vin d’Asti, regardait également Swann avec un air mêlé de congratulation et d’ironie, soit simplement pour souligner le trait d’esprit da sa sœur, soit qu’elle enviât Swann de l’avoir inspiré, soit qu’elle ne pût s’empêcher de se moquer de lui parce qu’elle le croyait sur la sellette.            Du côté de chez Swann, Combray

 

My childhood friend Nicole has been very sick. While in hospital, she refused any visit and now that she is home i would love to visit her. To convince her, I sent her an e mail trying to convey how much I love her, but without being corny (in the US you say I love you for anything at anytime, and there I had a hard time convincing my children not to tell me "je t'aime", an expression reserved in my French opinion, to seducers or lovers without sincerity). To go back to Nicole, I found only "I do more than appreciate you". I wonder if she understood...

Hardly had my grandfather begun to question Swann about that orator when one of my grandmother’s sisters, in whose ears the question echoed like a solemn but untimely silence which her natural politeness bade her interrupt, addressed the other with:

“Just fancy, Flora, I met a young Swedish governess to-day who told me some most interesting things about the co-operative movement in Scandinavia. We really must have her to dine here one evening.”

“To be sure!” said her sister Flora, “but I haven’t wasted my time either. I met such a clever old gentleman at M. Vinteuil’s who knows Maubant quite well, and Maubant has told him every little thing about how he gets up his parts. It is the most interesting thing I ever heard. He is a neighbour of M. Vinteuil’s, and I never knew; and he is so nice besides.”

“M. Vinteuil is not the only one who has nice neighbours,” cried my aunt Céline in a voice which seemed loud because she was so timid, and seemed forced because she had been planning the little speech for so long; darting, as she spoke, what she called a ‘significant glance’ at Swann. And my aunt Flora, who realised that this veiled utterance was Céline’s way of thanking Swann intelligibly for the Asti, looked at him with a blend of congratulation and irony, either just, because she wished to underline her sister’s little epigram, or because she envied Swann his having inspired it, or merely because she imagined that he was embarrassed, and could not help having a little fun at his expense.                                                                                      Swann's Way, Overture

 


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B
<br /> "(...) car celles-ci par horreur de la vulgarité poussaient si loin l'art de dissimuler sous des périphrases ingénieuses une allusion personnelle, qu'elle passait souvent inaperçu de celui même à<br /> qui elle s'adressait." ( un peu plus haut pour mieux vous comprendre.<br /> <br /> <br /> Bonheur de vous voir un dimacnhe sous votre arbre.<br /> <br /> <br /> A++<br /> <br /> <br />  <br />
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