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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

proustpourtous: une pièce à dîner; a play for dinner

Publié le 16 Juin 2012 par laurence grenier

Le 30 juin (et/ou 1er juillet) nous allons tourner un petit film chez Florence, à déjeuner sur sa belle terrasse, et chaque convive aura son texte à dire, le tout constituant une petite pièce que j'ai extraite de Sodome et Gomorrhe, et que j'ai appelée "Dîner à La Raspelière",dont un extrait suit

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[on vient d'apprendre que le pianiste Dechambre, grand ami des Verdurin et membre fidèle du petit noyau, est mort. Les invités arrivent à La Raspelière, propriété normande des Verdurin]

 

Brichot, en pénétrant dans le vestibule, serre la main de M. Verdurin avec émotion, en guise de condoléances pour la mort du pianiste. Le Patron ne fait aucun commentaire.

BRICHOT (craignant que sa poignée de main n'a pas été comprise):

Hé bien! ce pauvre Dechambre! (à mi-voix de crainte que Mme Verdurin ne fût pas loin)

 

M. VERDURIN (allègrement):

C'est affreux.

 

BRICHOT:

Si jeune.

 

M.VERDURIN (agacé):

Hé bien oui, mais qu'est-ce que vous voulez, nous n'y pouvons rien, ce ne sont pas nos paroles qui le ressusciteront, n'est-ce pas?  (doux et jovial): Allons, mon brave Brichot, posez vite vos affaires. Nous avons une bouillabaisse qui  n'attend pas. Surtout, au nom du ciel, n'allez pas parler de Dechambre à Mme Verdurin! Vous savez qu'elle cache beaucoup ce qu'elle ressent, mais elle a une véritable maladie de la sensibilité. Non, mais je vous jure, quand elle a appris que Dechambre était mort, elle a presque pleuré (d'un ton ironique). Si vous lui en parlez elle va encore se rendre malade. C'est déplorable, trois semaines après sa bronchite. Dans ces cas-là c'est moi qui suis le garde-malade. Affligez-vous sur le sort de Dechambre dans votre coeur tant que vous voudrez. Pensez-y mais n'en parlez pas. Tenez, voilà Cottard, vous allez pouvoir lui demander.

 

COTTARD (qui n'a pas entendu M. Verdurin) (à Brichot): 

Surtout, motus devant Mme Verdurin.

 

BRICHOT (au Dr Cottard):

Soyez sans crainte, ô Cottard, vous avez affaire à un sage, comme dit Théocrite. D'ailleurs, M. Verdurin a raison, à quoi servent nos plaintes? N'importe, c'est un grand talent qui disparait.

 

M.VERDURIN:

Comment, vous parlez encore de Dechambre? Ecoutez (à Brichot), il ne faut d'exagération en rien. Ce n'est pas une raison parce qu'il est mort d'en faire un génie qu'il n'était pas. Il jouait bien, c'est entendu, il était surtout bien encadré ici; transplanté, il n'existait plus. Ma femme s'en était engouée et avait fait sa réputation. Vous savez comme elle est. Je dirai plus, dans l'intérêt de sa réputation il est mort au bon moment, cessez vos jérémiades dans cette casbah ouverte à tous vents. Vous ne voulez tout de même pas nous faire crever tous parce que Dechambre est mort et quand depuis un an il était obligé de faire des gammes avant de donner un concert, pour retrouver momentanément, bien momentanément, sa souplesse. Du reste vous allez entendre ce soir, ou du moins rencontrer, car ce mâtin-là délaisse trop souvent après dîner l'art pour les cartes, quelqu'un qui est un autre artiste que Dechambre, un petit que ma femme a découvert (comme elle avait découvert Dechambre): Morel.

 

 

June 30th, or July 1st, we'll play around a dinner table, a scene, exerpt from Cities of the Plain, that I call "Dinner at La Raspeliere":

 

 

  

 

 

Why yes, of course, but what's to be done about it, it's no use crying over spilt milk, talking about him won't bring him back to life, will it ? (jovial): Come along, my good Brichot, get your things off quickly. We have a  bouillabaisse which mustn't be kept waiting. But, in heaven's name, don't start talking about Dechambre to Madame Verdurin. You know that she always hides her feelings, but she is quite morbidly sensitive. I give you my word, when she heard that Dechambre was dead, she almost cried (in a tone of profound irony). If you mention it to her she will go and make herself ill again. It is deplorable, three weeks after her bronchitis. When that happens, it is I who have to be sick-nurse. Grieve for Dechambre's fate in your heart as much as you like. Think of him, but do not speak about him. Here's Cottard, now, you can ask him.

 

BRICHOT (to Dr Cottard):

Whatever you do, have no fear, O Cottard, you are dealing with a sage, as  Theocritus says. Besides, M. Verdurin is right, what is the use of lamentations? All the same, it is a great talent that has gone from the world.

 

M.VERDURIN:

What, are you still talking about Dechambre? Listen (to Brichot), nothing is gained by exaggeration. The fact of his being dead is no excuse for making him out a genius, which he was not. He played well, I admit, and what is more, he was in his proper element here. My wife was infatuated with him and made his reputation. You know what she is. I will go farther, in his the interest of his own reputation he has died at the right moment, when for the last year he was obliged to practise scales before giving a concert; to recover for the moment, and the moment only, the suppleness of hes wrists. Besides, you are going to hear this evening, or at any rate to meet, for the rascal is too fond of deserting his art, after dinner, for the card-table, somebody who is a far greater artist than Dechambre, a youngster whom my wife has discovered (as she had discoverd Dechambre): Morel.

[we just learned that  Dechambre, a pianist, old friend of the Verdurins and their group of friends, is dead. The guests are arriving at La Raspelière,Verdurins' estate, in Normandy]

 

Entering the hall, Brichot shakes hand with M. Verdurin. A handclasp full of emotion (for the pianist's death). No reaction from the host.

BRICHOT (thinking his handclasp had not been understood):

Ah! Poor Dechambre! ( in an undertone, in case Mme Verdurin was within earshot)

 

M. VERDURIN (lightly):

It is terrible.

 

BRICHOT:

So young.

 

M.VERDURIN (annoyed at being detained over these futilities):

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