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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

ProusTpourTous: cerisiers en fleurs au parc de Sceaux: cherrytrees are in bloom in the parc-de-sceaux

Publié le 14 Avril 2012 par laurence grenier

Un commentaire dans le Monde

 

 

 

 sur les cerisiers en fleurs dans le parc, m'a donné l'idée du thème de demain (dimanche 15 à 17 h sous mon arbre derrière le petit château, entrée du parc rue du Dr Berger): nous lirons aussi en choeur "le temps des cerises" de J.B Clément, sans aucune conotation politique malgré les élections toutes proches (http://www.editionsdelaspirale.com/product/Culture-et-Jardins):

 

Cette année-là, quand, un peu plus tôt que d’habitude, mes parents eurent fixé le jour de rentrer à Paris, le matin du départ, comme on m’avait fait friser pour être photographié, coiffer avec précaution un chapeau que je n’avais encore jamais mis et revêtir une douillette de velours, après m’avoir cherché partout, ma mère me trouva en larmes dans le petit raidillon, contigu à Tansonville, en train de dire adieu aux aubépines, entourant de mes bras les branches piquantes, et, comme une princesse de tragédie à qui pèseraient ces vains ornements, ingrat envers l’importune main qui en formant tous ces nœuds avait pris soin sur mon front d’assembler mes cheveux, foulant aux pieds mes papillotes arrachées et mon chapeau neuf. Ma mère ne fut pas touchée par mes larmes, mais elle ne put retenir un cri à la vue de la coiffe défoncée et de la douillette perdue. Je ne l’entendis pas: «O mes pauvres petites aubépines, disais-je en pleurant, ce n’est pas vous qui voudriez me faire du chagrin, me forcer à partir. Vous, vous ne m’avez jamais fait de peine! Aussi je vous aimerai toujours.» Et, essuyant mes larmes, je leur promettais, quand je serais grand, de ne pas imiter la vie insensée des autres hommes et, même à Paris, les jours de printemps, au lieu d’aller faire des visites et écouter des niaiseries, de partir dans la campagne voir les premières aubépines.

 

 Du côté de chez Swann, I,II

 

 

That year my family fixed the day of their return to Paris rather earlier than usual. On the morning of our departure I had had my hair curled, to be ready to face the photographer, had had a new hat carefully set upon my head, and had been buttoned into a velvet jacket; a little later my mother, after searching everywhere for me, found me standing in tears on that steep little hillside close to Tansonville, bidding a long farewell to my hawthorns, clasping their sharp branches to my bosom, and (like a princess in a tragedy, oppressed by the weight of all her senseless jewellery) with no gratitude towards the officious hand which had, in curling those ringlets, been at pains to collect all my hair upon my forehead; trampling underfoot the curl-papers which I had torn from my head, and my new hat with them. My mother was not at all moved by my tears, but she could not suppress a cry at the sight of my battered headgear and my ruined jacket. I did not, however, hear her. “Oh, my poor little hawthorns,” I was assuring them through my sobs, “it is not you that want to make me unhappy, to force me to leave you. You, you have never done me any harm. So I shall always love you.” And, drying my eyes, I promised them that, when I grew up, I would never copy the foolish example of other men, but that even in Paris, on fine spring days, instead of paying calls and listening to silly talk, I would make excursions into the country to see the first hawthorn-trees in bloom.

 

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