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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Proust pour tous: vaincre la mort; a Celtic legend for St Patrick's day

Publié le 17 Mars 2012 par laurence grenier

un désir d'éternité. Mon ami Gilles, philosophe, m'a envoyé sa réflexion sur les moyens d'atteindre à l'éternité; du Temps pur que seule la "madeleine" peut vous apporter:

Que le temps tout d’abord n’existe que parce que l’on en fait un objet de réflexion ? Qu’est-ce donc que l’on atteint du temps par cette voie ?
L’expérience est délicate : est-ce sur le temps que nous méditons, ou sur les changements qui interviennent dans notre environnement, dans notre vie ? Pour Augustin (les Confessions), nous ne percevons le temps qu’à travers le prisme de notre subjectivité, de ces facultés en l’occurrence que sont la mémoire, la perception et l’attente (l’anticipation) : le temps donc, s’il existe, n’aurait pas de réalité objective.
Bergson en rajoute : le temps objectif, séparé des choses telles qu’elles se produisent, le temps tel que la science classique le construit, n’est jamais qu’un cadre (le temps absolu de Newton) : ce temps spatialisé n’est pas le temps véritable ; entre le temps homogène de la science et la durée, il y a toute la différence entre les os et la chair ; d’un côté le temps abstrait de la science, de l’autre le temps concret de la vie intérieure : non pas un cadre donc, mais un temps qualitatif, inséparable de son propre vécu. Impossible donc d’objectiver cette réalité : le temps véritable, c’est celui de notre partition, le temps de la maturation, (mon présent s’enrichit de mon passé), ce qui rend possible le changement, les actes issus du tout de notre être, des actes libres Essai sur les données immédiates de la conscience.
  
Le temps n’est plus ici compris comme le signe de la dégradation, comme ce qui nous acheminerait irréductiblement vers notre propre fin.
La jeunesse du cœur peut compenser l’usure des corps, et la perspective de l’anéantissement être battue en brèche : n’avons-nous pas, dans cette vie, à devenir proprement soi-même, à dépasser tout ce qui, en soi comme autour de soi, pactise avec la mort ? C’est pourquoi sans doute, nous cherchons non pas à consommer mais à construire, à donner un sens à son existence, à humaniser ce qui relève de nos tendances naturelles : quelle autre voie que celle de l’amour ?
Peut-on ne pas aimer ? On peut faire le fanfaron, il ne semble pas que nous puissions, sauf à renoncer à vivre, renoncer à cette passion de l’amour. Marque de notre dépendance peut-être, condition de toute croissance, mais aussi : chemin douloureux vers l’éternité, quand le cri surgit de ses entrailles, au sein même de la tempête qui nous assaille, que l’amour que l’on porte à l’autre jamais ne mourra.
Celui qui a traversé les enfers, et qui s’est relevé d’entre les morts (Orphée revisité) sait que l’éternité se vit dès ici-bas : elle n’est l’objet d’une croyance que parce qu’elle relève d’abord d’une expérience vécue. Eternité n’est pas immortalité, bien sûr.
Que reste-t-il alors à comprendre ?  Cette expérience, à mon sens, fait le lit du christianisme : il faut relire ces textes, non pas à partir de la doctrine que l’on y trouve, selon laquelle Jésus est Sauveur et Seigneur, mais à partir de ce que l’on comprend soi-même de sa propre vie, de ce que l’on vit et comprend.
            Ces quelques mots sont sans doute un peu (trop) rapides. L’homme est un pont entre le temps et l’éternité ; qu’il n’ait pas vécu sa propre mort, qu’il n’ait pas connu que tout ne périt pas le pousse irrémédiablement vers la mort. Je crois que les anciens Perses s’imaginaient ainsi les conditions du jugement dernier : une projection, en vérité, de notre destinée ici-bas.
Que le temps tout d’abord n’existe que parce que l’on en fait un objet de réflexion ? Qu’est-ce donc que l’on atteint du temps par cette voie ?
L’expérience est délicate : est-ce sur le temps que nous méditons, ou sur les changements qui interviennent dans notre environnement, dans notre vie ? Pour Augustin (les Confessions), nous ne percevons le temps qu’à travers le prisme de notre subjectivité, de ces facultés en l’occurrence que sont la mémoire, la perception et l’attente (l’anticipation) : le temps donc, s’il existe, n’aurait pas de réalité objective.
Bergson en rajoute : le temps objectif, séparé des choses telles qu’elles se produisent, le temps tel que la science classique le construit, n’est jamais qu’un cadre (le temps absolu de Newton) : ce temps spatialisé n’est pas le temps véritable ; entre le temps homogène de la science et la durée, il y a toute la différence entre les os et la chair ; d’un côté le temps abstrait de la science, de l’autre le temps concret de la vie intérieure : non pas un cadre donc, mais un temps qualitatif, inséparable de son propre vécu. Impossible donc d’objectiver cette réalité : le temps véritable, c’est celui de notre partition, le temps de la maturation, (mon présent s’enrichit de mon passé), ce qui rend possible le changement, les actes issus du tout de notre être, des actes libres Essai sur les données immédiates de la conscience.
  
Le temps n’est plus ici compris comme le signe de la dégradation, comme ce qui nous acheminerait irréductiblement vers notre propre fin.
La jeunesse du cœur peut compenser l’usure des corps, et la perspective de l’anéantissement être battue en brèche : n’avons-nous pas, dans cette vie, à devenir proprement soi-même, à dépasser tout ce qui, en soi comme autour de soi, pactise avec la mort ? C’est pourquoi sans doute, nous cherchons non pas à consommer mais à construire, à donner un sens à son existence, à humaniser ce qui relève de nos tendances naturelles : quelle autre voie que celle de l’amour ?
Peut-on ne pas aimer ? On peut faire le fanfaron, il ne semble pas que nous puissions, sauf à renoncer à vivre, renoncer à cette passion de l’amour. Marque de notre dépendance peut-être, condition de toute croissance, mais aussi : chemin douloureux vers l’éternité, quand le cri surgit de ses entrailles, au sein même de la tempête qui nous assaille, que l’amour que l’on porte à l’autre jamais ne mourra.
Celui qui a traversé les enfers, et qui s’est relevé d’entre les morts (Orphée revisité) sait que l’éternité se vit dès ici-bas : elle n’est l’objet d’une croyance que parce qu’elle relève d’abord d’une expérience vécue. Eternité n’est pas immortalité, bien sûr.
Que reste-t-il alors à comprendre ?  Cette expérience, à mon sens, fait le lit du christianisme : il faut relire ces textes, non pas à partir de la doctrine que l’on y trouve, selon laquelle Jésus est Sauveur et Seigneur, mais à partir de ce que l’on comprend soi-même de sa propre vie, de ce que l’on vit et comprend.
            Ces quelques mots sont sans doute un peu (trop) rapides. L’homme est un pont entre le temps et l’éternité ; qu’il n’ait pas vécu sa propre mort, qu’il n’ait pas connu que tout ne périt pas le pousse irrémédiablement vers la mort. Je crois que les anciens Perses s’imaginaient ainsi les conditions du jugement dernier : une projection, en vérité, de notre destinée ici-bas.
Que le temps tout d’abord n’existe que parce que l’on en fait un objet de réflexion ? Qu’est-ce donc que l’on atteint du temps par cette voie ?
L’expérience est délicate : est-ce sur le temps que nous méditons, ou sur les changements qui interviennent dans notre environnement, dans notre vie ? Pour Augustin (les Confessions), nous ne percevons le temps qu’à travers le prisme de notre subjectivité, de ces facultés en l’occurrence que sont la mémoire, la perception et l’attente (l’anticipation) : le temps donc, s’il existe, n’aurait pas de réalité objective.
Bergson en rajoute : le temps objectif, séparé des choses telles qu’elles se produisent, le temps tel que la science classique le construit, n’est jamais qu’un cadre (le temps absolu de Newton) : ce temps spatialisé n’est pas le temps véritable ; entre le temps homogène de la science et la durée, il y a toute la différence entre les os et la chair ; d’un côté le temps abstrait de la science, de l’autre le temps concret de la vie intérieure : non pas un cadre donc, mais un temps qualitatif, inséparable de son propre vécu. Impossible donc d’objectiver cette réalité : le temps véritable, c’est celui de notre partition, le temps de la maturation, (mon présent s’enrichit de mon passé), ce qui rend possible le changement, les actes issus du tout de notre être, des actes libres Essai sur les données immédiates de la conscience.
 
Le temps n’est plus ici compris comme le signe de la dégradation, comme ce qui nous acheminerait irréductiblement vers notre propre fin.
La jeunesse du cœur peut compenser l’usure des corps, et la perspective de l’anéantissement être battue en brèche : n’avons-nous pas, dans cette vie, à devenir proprement soi-même, à dépasser tout ce qui, en soi comme autour de soi, pactise avec la mort ? C’est pourquoi sans doute, nous cherchons non pas à consommer mais à construire, à donner un sens à son existence, à humaniser ce qui relève de nos tendances naturelles : quelle autre voie que celle de l’amour ?
Peut-on ne pas aimer ? On peut faire le fanfaron, il ne semble pas que nous puissions, sauf à renoncer à vivre, renoncer à cette passion de l’amour. Marque de notre dépendance peut-être, condition de toute croissance, mais aussi : chemin douloureux vers l’éternité, quand le cri surgit de ses entrailles, au sein même de la tempête qui nous assaille, que l’amour que l’on porte à l’autre jamais ne mourra.
Celui qui a traversé les enfers, et qui s’est relevé d’entre les morts (Orphée revisité) sait que l’éternité se vit dès ici-bas : elle n’est l’objet d’une croyance que parce qu’elle relève d’abord d’une expérience vécue. Eternité n’est pas immortalité, bien sûr.
Que reste-t-il alors à comprendre ?  Cette expérience, à mon sens, fait le lit du christianisme : il faut relire ces textes, non pas à partir de la doctrine que l’on y trouve, selon laquelle Jésus est Sauveur et Seigneur, mais à partir de ce que l’on comprend soi-même de sa propre vie, de ce que l’on vit et comprend.
            Ces quelques mots sont sans doute un peu (trop) rapides. L’homme est un pont entre le temps et l’éternité ; qu’il n’ait pas vécu sa propre mort, qu’il n’ait pas connu que tout ne périt pas le pousse irrémédiablement vers la mort. Je crois que les anciens Perses s’imaginaient ainsi les conditions du jugement dernier : une projection, en vérité, de notre destinée ici-bas.

Je trouve très raisonnable la croyance celtique que les âmes de ceux que nous avons perdus sont captives dans quelque être inférieur, dans une bête, un végétal, une chose inanimée, perdues en effet pour nous jusqu’au jour, qui pour beaucoup ne vient jamais, où nous nous trouvons passer près de l’arbre, entrer en possession de l’objet qui est leur prison. Alors elles tressaillent, nous appellent, et sitôt que nous les avons reconnues, l’enchantement est brisé. Délivrées par nous, elles ont vaincu la mort et reviennent vivre avec nous.

Du côté de chez Swann

 

I feel that there is much to be said for the Celtic belief that the souls of those whom we have lost are held captive in some inferior being, in an animal, in a plant, in some inanimate object, and so effectively lost to us until the day (which to many never comes) when we happen to pass by the tree or to obtain possession of the object which forms their prison. Then they start and tremble, they call us by our name, and as soon as we have recognised their voice the spell is broken. We have delivered them: they have overcome death and return to share our life.

Swann's way

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C
<br /> Voir Blog(fermaton.over-blog.com)No.16 - THÉORÈME FISHER. - L'Image du temps.<br />
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