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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Proust pour tous: une faute de grammaire; grammatical mistake

Publié le 14 Février 2012 par laurence grenier

La pauvre Françoise, bonne du narrateur, faisait tout un tas de fautes. Je les avais notées pour étayer un chapître de mon essai "Merci, MARCEL Proust, où comment apprendre le bon Français en lisant A la recherche du temps perdu". J'avais ignoré celle-ci:

 

En ce moment, tenant au-dessus d’Albertine et de moi la lampe allumée qui ne laissait dans l’ombre aucune des dépressions encore visibles que le corps de la jeune fille avait creusées dans le couvre-pieds, Françoise avait l’air de la «Justice éclairant le Crime». La figure d’Albertine ne perdait pas à cet éclairage. Il découvrait sur les joues le même vernis ensoleillé qui m’avait charmé à Balbec. Ce visage d’Albertine, dont l’ensemble avait quelquefois, dehors, une espèce de pâleur blême, montrait, au contraire, au fur et à mesure que la lampe les éclairait, des surfaces si brillamment, si uniformément colorées, si résistantes et si lisses, qu’on aurait pu les comparer aux carnations soutenues de certaines fleurs. Surpris pourtant par l’entrée inattendue de Françoise, je m’écriai:

—Comment, déjà la lampe? Mon Dieu que cette lumière est vive!

Mon but était sans doute par la seconde de ces phrases de dissimuler mon trouble, par la première d’excuser mon retard. Françoise répondit avec une ambiguïté cruelle:

—Faut-il que j’éteinde?

—Teigne? glissa à mon oreille Albertine, me laissant charmé par la vivacité familière avec laquelle, me prenant à la fois pour maître et pour complice, elle insinua cette affirmation psychologique dans le ton interrogatif d’une question grammaticale.

Le côté de Guermantes, chapître II

 

On this occasion, holding over Albertine and myself the lighted lamp whose searching beams missed none of the still visible depressions which the girl’s body had hollowed in the counterpane, Françoise made one think of a picture of ‘Justice throwing light upon Crime.’ Albertine’s face did not suffer by this illumination. It revealed on her cheeks the same sunny burnish that had charmed me at Balbec. This face of Albertine, the general effect of Which sometimes was, out of doors, a sort of milky pallor, now shewed, according as the lamp shone on them, surfaces so dazzlingly, so uniformly coloured, so firm, so glowing that one might have compared them to the sustained flesh tints of certain flowers. Taken aback meanwhile by the unexpected entry of Françoise, I exclaimed:

“What? The lamp already? I say, the light is strong!”

My object, as may be imagined, was by the second of these ejaculations to account for my confusion, by the first to excuse my lateness in rising. Françoise replied with a cruel ambiguity:

“Do you want me to extinglish it?”

“— guish!” Albertine slipped into my ear, leaving me charmed by the familiar vivacity with which, taking me at once for teacher and for accomplice, she insinuated this psychological affirmation as though asking a grammatical question.

The Guermantes way, II

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