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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

proust pour tous un avion; an airplane

Publié le 22 Mars 2012 par laurence grenier

Ce matin sur la toile,  j'ai vu une photo d'un avion interplanétaire, et cette photo illustrait le développement de ce type de tourisme. ça m'a rappelé l'émotion du narrateur qui  voit un aéroplane pour la première fois.

 

Tout à coup mon cheval se cabra; il avait entendu un bruit singulier, j’eus peine à le maîtriser et à ne pas être jeté à terre, puis je levai vers le point d’où semblait venir ce bruit mes yeux pleins de larmes, et je vis à une cinquantaine de mètres au-dessus de moi, dans le soleil, entre deux grandes ailes d’acier étincelant qui l’emportaient, un être dont la figure peu distincte me parut ressembler à celle d’un homme. Je fus aussi ému que pouvait l’être un Grec qui voyait pour la première fois un demi-Dieu. Je pleurais aussi, car j’étais prêt à pleurer, du moment que j’avais reconnu que le bruit venait d’au-dessus de ma tête — les aéroplanes étaient encore rares à cette époque —à la pensée que ce que j’allais voir pour la première fois c’était un aéroplane. Alors, comme quand on sent venir dans un journal une parole émouvante, je n’attendais que d’avoir aperçu l’avion pour fondre en larmes. Cependant l’aviateur sembla hésiter sur sa voie; je sentais ouvertes devant lui — devant moi, si l’habitude ne m’avait pas fait prisonnier — toutes les routes de l’espace, de la vie; il poussa plus loin, plana quelques instants au-dessus de la mer, puis prenant brusquement son parti, semblant céder à quelque attraction inverse de celle de la pesanteur, comme retournant dans sa patrie, d’un léger mouvement de ses ailes d’or il piqua droit vers le ciel.

Sodome et Gomorrhe, II, III

 

 This morning I saw on the web a photograph of spaceship that illustrated the development of interplanet ary tourism. It reminded me of the narrator as he heard the noise of an airplane.

 

Suddenly, my horse gave a start; he had heard a strange sound; it was all I could do to hold him and remain in the saddle, then I raised in the direction from which the sound seemed to come my eyes filled with tears and saw, not two hundred feet above my head, against the sun, between two great wings of flashing metal which were carrying him on, a creature whose barely visible face appeared to me to resemble that of a man. I was as deeply moved as a Greek upon seeing for the first time a demigod. I cried also, for I was ready to cry the moment I realised that the sound came from above my head — aeroplanes were still rare in those days — at the thought that what I was going to see for the first time was an aeroplane. Then, just as when in a newspaper one feels that one is coming to a moving passage, the mere sight of the machine was enough to make me burst into tears. Meanwhile the airman seemed to be uncertain of his course; I felt that there lay open before him — before me, had not habit made me a prisoner — all the routes in space, in life itself; he flew on, let himself glide for a few moments, over the sea, then quickly making up his mind, seeming to yield to some attraction the reverse of gravity, as though returning to his native element, with a slight movement of his golden wings, rose sheer into the sky.

Cities on the plain II, III

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