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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Proust pour tous: Saint-Loup

Publié le 18 Novembre 2011 par laurence grenier

Je viens de faire une conférence dans un hôtel parisien pour La Critique Parisienne, et lors d'une évocation que j'ai faite de divers personnages de la Recherche, la présidente du groupe, Alice,  m'a fait remarquer qu'elle aimait beaucoup certaine description de Saint-Loup.

 

Il ressemblait de plus en plus à sa mère, la manière de sveltesse hautaine qu'il avait héritée d'elle et qu'elle avait parfaite, chez lui, grâce à l'éducation la plus accomplie, elle s'exagérait, se figeait; la pénétration du regard propre aux Guermantes lui donnait l'air d'inspecter tous les lieux au milieu desquels il passait, mais d'une façon quasi inconsciente, par une sorte d'habitude et de particularité animale. Même immobile, la couleur qui était la sienne plus que de tous les Guermantes, d'être seulement l'ensoleillement d'une journée d'or devenu solide, lui donnait comme un plumage si étrange, faisait de lui une espèce si rare, si  précieuse qu'on aurait voulu le posséder pour une collection ornithologique; mais quand de plus, cette lumière changée en oiseau se mettait en mouvement, en action, quand par exemple je voyais Robert de Saint-Loup entrer dans une soirée où j'étais, il avait des redressements de tête si soyeusement et fièrement huppée sous l'aigrette d'or de ses cheveux un peu déplumés, des mouvements de cou tellement plus souples, plus fiers et plus coquets que n'en ont les humains, que devant la curiosité et l'admiration moitié mondaine, moitié zoologique qu'il vous inspirait, on se demandait si c'était dans le faubourg Saint-Germain qu'on se trouvait ou au Jardin des Plantes et si on regardait un grand seigneur traverser un salon ou se promener dans sa cage un oiseau.

Le Temps retrouvé

 

 

During a lecture I just gave in a Paris hotel, I was told, as I was illustrating my text by some dialogues between a variety of characters in the novel, that I should include Saint-Loup.

 

He resembled his mother more and more, but the proud and well-bred manner he inherited from her and which she possessed to perfection, had become, owing to his highly accomplished education, exaggerated and stilted; the penetrating look common to the Guermantes, gave him, from a peculiar animal-like habit, a half-unconscious air of inspecting every place he passed through. Even when motionless, that colouring which was his even more than it was the other Guermantes’, a colouring which seemed to have a whole golden day’s sunshine in it, gave him so strange a plumage, made of him so rare a creature, so unique, that one wanted to own him for an ornithological collection; but when, besides, this bird of golden sunlight put itself in motion, when, for instance, I saw Robert de Saint-Loup at a party, he had a way of throwing back his head so joyously and so proudly, under the golden plumage of his slightly ruffled hair, the movement of his neck was so much more supple, proud and charming than that of other men, that, between the curiosity and the half-social, half-zoological admiration he inspired, one asked oneself whether one had found him in the faubourg Saint-Germain or in the Jardin des Plantes and whether one was looking at a grand seigneur crossing a drawing-room or a marvellous bird walking about in its cage.

Time Regained (Trad Stephen Hudson)

 

 

 

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