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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Proust pour tous: photographie; photography

Publié le 3 Novembre 2011 par laurence grenier

Laurent va bientôt inaugurerr son exposition de photos de Sceaux, en noir et blanc: je tombe sur une description des négatifs dans Le roi des Aulnes, de Michel Tournier (Gallimard, 1970), que j'ai pris à la bibliothèque de la ville.

 

7 mai 1939: Le développement des films et la découverte des images négatives comportent une tentation et un regret. Car ces négatifs examinés par transparence sont d'un charme incomparable, et il est trop évident que le tirage qui restituera l'image positive a le sens d'une dégradation. La richesse des nuances et des détails, la profondeur des tons, la luminosité nocturne qui éclaire l'image négative, tout cela ne serait rien encore sans l'étrangeté qui naît de l'inversion des valeurs. Le visage aux cheveux blancs et aux dents noires, au front noir et aux sourcils blancs, l'oeil dont le blanc est noir, et la pupille un petit trou clair, le paysage dont les arbres se détachent comme des plumets de cygne sur un ciel d'encre, le corps nu dont les régions les plus tendres, les plus laiteuses en réalité sont ici les plus ombrées, les plus plombées, ce perpétuel démenti à nos habitudes visuelles semblent introduire dans un monde inversé, mais un monde d'images et donc sans vraie malignité, toujours redressable à volonté, c'est-à-dire exactement réversible.

 

Il en est des plaisirs comme des photographies. Ce qu'on prend en présence de l'être aimé, n'est qu'un cliché négatif, on le développe plus tard, une fois chez soi, quand on a retrouvé à sa disposition cette chambre noire intérieure dont l'entrée est condamnée tant qu'on voit du monde.

A l'ombre des jeunes filles en fleurs, deuxième partie

 

 

Pleasure in this respect is like photography. What we take, in the presence of the beloved object, is merely a negative, which we develop later, when we are back at home, and have once again found at our disposal that inner darkroom the entrance to which is barred to us so long as we are with other people.

Within a budding grove

 

 

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