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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Proust pour tous: mère ou soeur? mother or sister?

Publié le 10 Février 2012 par laurence grenier

Me trouvant dans la voiture de Florence, je remarquai dans le rétroviseur une Renault conduite par une femme portant chapeau (il fait très froid en ce moment) et je me suis dit que c'était assez moche, que ça me rappelait ma mère qui, malgré d'immenses qualités, portait souvent des toques, bonnets, bérets et autres horreurs. En fait, la conductrice derrière moi, c'était ma soeur!

 

Non seulement ma mère ne pouvait se séparer du sac de ma grand’mère, devenu plus précieux que s’il eût été de saphirs et de diamants, de son manchon, de tous ces vêtements qui accentuaient encore la ressemblance d’aspect entre elles deux, mais même des volumes de Mme de Sévigné que ma grand’mère avait toujours avec elle, exemplaires que ma mère n’eût pas changés contre le manuscrit même des lettres. Elle plaisantait autrefois ma grand’mère qui ne lui écrivait jamais une fois sans citer une phrase de Mme de Sévigné ou de Mme de Beausergent. Dans chacune des trois lettres que je reçus de maman avant son arrivée à Balbec, elle me cita Mme de Sévigné comme si ces trois lettres eussent été non pas adressées par elle à moi, mais par ma grand’mère adressées à elle.

Sodome et Gomorrhe, II, chapitre

 

 

 

As I was driving Florence's car, I noticed in the rearview mirror a driving woman wearing a hat (it is very cold). I thought of my mother who used to wear, in spite of huge qualities, all sorts of hats, berets, bonnets... and then I realised that the woman driving was my sister!

 

Not only could not my mother bear to be parted from my grandmother’s bag, become more precious than if it had been studded with sapphires and diamonds, from her muff, from all those garments which served to enhance their personal resemblance, but even from the volumes of Mme. de Sévigné which my grandmother took with her everywhere, copies which my mother would not have exchanged for the original manuscript of the letters. She had often teased my grandmother who could never write to her without quoting some phrase of Mme. de Sévigné or Mme. de Beausergent. In each of the three letters that I received from Mamma before her arrival at Balbec, she quoted Mme. de Sévigné to me, as though those three letters had been written not by her to me but by my grandmother and to her.

Cities of the plain, II, I trad. K.C. Scott Moncrieff

 

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