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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

Proust pour tous: la règle des 3 adjectifs; rule of the 3 adjectives

Publié le 3 Mars 2012 par laurence grenier

Hier, une amie lettrée m'a fait remarquer que Victor Hugo, qu'elle aime beaucoup, rend, dans son style, un rythme particulier créé par l'emploi fréquent de 3 adjectifs successifs, ce qui donne plus de force à sa prose.

 

C’était l’époque où les gens bien élevés observaient la règle d’être aimables et celle dite des trois adjectifs. Mme de Cambremer les combinait toutes les deux. Un adjectif louangeux ne lui suffisait pas, elle le faisait suivre (après un petit tiret) d’un second, puis (après un deuxième tiret) d’un troisième. Mais ce qui lui était particulier, c’est que, contrairement au but social et littéraire qu’elle se proposait, la succession des trois épithètes revêtait, dans les billets de Mme de Cambremer, l’aspect non d’une progression, mais d’un diminuendo . Mme de Cambremer me dit, dans cette première lettre, qu’elle avait vu Saint–Loup et avait encore plus apprécié que jamais ses qualités «uniques — rares — réelles», et qu’il devait revenir avec un de ses amis (précisément celui qui aimait la belle-fille), et que, si je voulais venir, avec ou sans eux, dîner à Féterne, elle en serait «ravie — heureuse — contente». Peut-être était-ce parce que le désir d’amabilité n’était pas égalé chez elle par la fertilité de l’imagination et la richesse du vocabulaire que cette dame tenait à pousser trois exclamations, n’avait la force de donner dans la deuxième et la troisième qu’un écho affaibli de la première. Qu’il y eût eu seulement un quatrième adjectif, et de l’amabilité initiale il ne serait rien resté.

Sodome et Gomorrhe, II,II

 

 

A friend mentioned to me that Victor Hugo, whom she greatly admires, creates, in his prose, a certain rythm and strength by the use of three consecutive adjectives.

 

It was the time when well-bred people observed the rule of affability and what was called the rule of the three adjectives. Mme. de Cambremer combined the two rules in one. A laudatory adjective was not enough for her, she followed it (after a little stroke of the pen) with a second, then (after another stroke), with a third. But, what was peculiar to herself was that, in defiance of the literary and social object at which she aimed, the sequence of the three epithets assumed in Mme. de Cambremer’s notes the aspect not of a progression but of a diminuendo. Mme. de Cambremer told me in this first letter that she had seen Saint-Loup and had appreciated more than ever his ‘unique — rare — real’ qualities, that he was coming to them again with one of his friends (the one who was in love with her daughter-in-law), and that if I cared to come, with or without them, to dine at Féterne she would be ‘delighted — happy — pleased.’ Perhaps it was because her desire to be friendly outran the fertility of her imagination and the riches of her vocabulary that the lady, while determined to utter three exclamations, was incapable of making the second and third anything more than feeble echoes of the first. Add but a fourth adjective, and, of her initial friendliness, there would be nothing left.

Cities of the plain, II,II

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