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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Proust pour tous: encore La Fontaine; La Fontaine again

Publié le 11 Juin 2011 par laurence grenier

J'écris un petit livre à spirales qui regroupe quelques fables de La Fontaine.

I am writing a booklet filled with La fontaine's fables.

 

  "C'était bien beau", dit-il à Rachel, et ayant dit ces simples mots, son désir étant satisfait, il repartit et fit tant de bruit pour regagner sa place que Rachel dut attendre plus de cinq minutes avant de réciter la seconde poésie. Quand elle eut fini celle-ci, les Deux Pigeons, Mme de Morieuval s'approcha de Mme de Saint-Loup qu'elle savait fort lettrée sans se rappeler assez qu'elle avait l'esprit subtil et sarcastique de son père, et lui demanda: "C'est bien la fable de La Fontaine, n'est-ce pas?" croyant bien l'avoir reconnue mais n'étant pas absolument certaine, car elle connaissait fort mal les fables de La Fontaine et de plus croyait que c'était des choses d'enfants qu'on ne récitait pas dans le monde. Pour avoir un tel succès l'artiste avait sans doute pastiché des fables de La Fontaine pensait la bonne dame. Or, Gilberte, jusque-là impassible, l'enfonça sans le vouloir dans cette idée, car n'aimant pas Rachel et voulant dire qu'il ne restait rien des fables avec une diction pareille, elle le dit de cette nuance trop subtile qui était celle de son père et qui laissait les personnes naïves dans le doute sur ce qu'il voulait dire. Généralement plus moderne, quoique fille de Swann, - comme un canard couvé par une poule - elle était assez lakiste et se contentait de dire: "Je trouve d'un touchant, c'est d'une sensibilité charmante." Mais à Mme de Morieuval, Gilberte répondit sous cette forme fantaisiste de Swann à laquelle se trompaient les gens qui prennent tout au pied de la lettre: "Un quart est de l'invention de l'interprète, un quart de la folie, un quart n'a aucun sens, le reste est de La Fontaine", ce qui permit à Mme de Morieuval de soutenir que ce qu'on venait d'entendre n'était pas les Deux Pigeonsde La Fontaine mais un arrangement où tout au plus un quart était de La Fontaine, ce qui n'étonna personne vu l'extraordinaire ignorance de ce public.

Le Temps retrouvé

 

“It was beautiful,” he said to her and, having thus relieved himself, he turned his back on her and made such a noise in resuming his seat that Rachel had to wait several minutes before she could begin her second poem. It was the Deux pigeons and when it was over, Mme de Monrieuval went up to Mme de Saint-Loup who, she knew, was well-read but did not remember that she had her father’s subtle and sarcastic wit, and asked her: “It’s one of La Fontaine’s fables, isn’t it?” thinking so but not being sure, for she only knew the fables slightly and believed they were children’s tales unsuitable for recitation in society. Doubtless the good woman supposed that, to have such a success, the artist must have parodied them. Gilberte, till then impassive, confirmed the notion, for as she disliked Rachel and wanted to convey that with such a diction nothing of the fables remained, her answer was given with that tinge of malice which left simple people uncertain what Swann really meant. Though she was Swann’s daughter, she was more modern than he — like a duck hatched by a chicken — and being as a rule rather lakist, would have contented herself with saying: “I thought it most moving, a charming sensibility”, but Gilberte answered Mme de Monrieuval in Swann’s fanciful fashion which people often made the mistake of taking literally: “A quarter is the interpreter’s invention, a quarter crazy, a quarter meaningless, the rest La Fontaine,” which enabled Mme de Monrieuval to assert that what people had been listening to was not the Deux pigeons of La Fontaine, but a composition of which at the most a quarter was La Fontaine, at which nobody was surprised owing to their extraordinary ignorance.

Time Regained

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