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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Proust ,pour tous: douleurs d'amour; love sufferings

Publié le 22 Octobre 2010 par laurence grenier

Mademoiselle Albertine est partie ! Comme la souffrance va plus loin en psychologie que la psychologie ! Il y a un instant, en train de m’analyser, j’avais cru que cette séparation sans s’être revus était justement ce que je désirais, et comparant la médiocrité des plaisirs que me donnait Albertine à la richesse des désirs qu’elle me privait de réaliser, je m’étais trouvé subtil, j’avais conclu que je ne voulais plus la voir, que je ne l’aimais plus. Mais ces mots : « Mademoiselle Albertine est partie » venaient de produire dans mon cœur une souffrance telle que je ne pourrais pas y résister plus longtemps. Ainsi ce que j’avais cru n’être rien pour moi, c’était tout simplement toute ma vie. Comme on s’ignore ! Il fallait faire cesser immédiatement ma souffrance. Tendre pour moi-même comme ma mère pour ma grand’mère mourante, je me disais, avec cette même bonne volonté qu’on a de ne pas laisser souffrir ce qu’on aime :    « Aie une seconde de patience, on va te trouver un remède, sois tranquille, on ne va pas te laisser souffrir comme cela. »

 

Marcel Proust Albertine disparue, chapitre premier, Le chagrin et l'oubli

 

“Mademoiselle Albertine has gone!” How much farther does anguish penetrate in psychology than psychology itself! A moment ago, as I lay analysing my feelings, I had supposed that this separation without a final meeting was precisely what I wished, and, as I compared the mediocrity of the pleasures that Albertine afforded me with the richness of the desires which she prevented me from realising, had felt that I was being subtle, had concluded that I did not wish to see her again, that I no longer loved her. But now these words: “Mademoiselle Albertine has gone!” had expressed themselves in my heart in the form of an anguish so keen that I would not be able to endure it for any length of time. And so what I had supposed to mean nothing to me was the only thing in my whole life. How ignorant we are of ourselves. The first thing to be done was to make my anguish cease at once. Tender towards myself as my mother had been towards my dying grandmother, I said to myself with that anxiety which we feel to prevent a person whom we love from suffering: “Be patient for just a moment, we shall find something to take the pain away, don’t fret, we are not going to allow you to suffer like this.”

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