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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Proust pour tous: des animaux; some animals

Publié le 21 Mars 2011 par laurence grenier

Pas d'animal de compagnie dans la Recherche, le narrateur est asthmatique...mais des animaux dans les grandes métaphores:

 

No pet in Remembrance of things past, the narrator has asthma... but some animals in metaphors:

 

Cependant la princesse de Luxembourg nous avait tendu la main et, de temps en temps, tout en causant avec la marquise, elle se détournait pour poser de doux regards, sur ma grand’mère et sur moi, avec cet embryon de baiser qu’on ajoute au sourire quand celui-ci s’adresse à un bébé avec sa nounou. Même dans son désir de ne pas avoir l’air de siéger dans une sphère supérieure à la nôtre, elle avait sans doute mal calculé la distance, car, par une erreur de réglage, ses regards s’imprégnèrent d’une telle bonté que je vis approcher le moment où elle nous flatterait de la main comme deux bêtes sympathiques qui eussent passé la tête vers elle, à travers un grillage, au Jardin d’Acclimatation. Aussitôt du reste cette idée d’animaux et de Bois-de-Boulogne prit plus de consistance pour moi. C’était l’heure où la digue est parcourue par des marchands ambulants et criards qui vendent des gâteaux, des bonbons, des petits pains. Ne sachant que faire pour nous témoigner sa bienveillance, la princesse arrêta le premier qui passa; il n’avait plus qu’un pain de seigle, du genre de ceux qu’on jette aux canards. La princesse le prit et me dit: «C’est pour votre grand’mère.» Pourtant, ce fut à moi qu’elle le tendit, en me disant avec un fin sourire: «Vous le lui donnerez vous-même», pensant qu’ainsi mon plaisir serait plus complet s’il n’y avait pas d’intermédiaires entre moi et les animaux.


A l'ombre des jeunes filles en fleurs II

 

Meanwhile the Princesse de Luxembourg had given us her hand and, now and again, while she conversed with the Marquise, turned to bestow a kindly glance on my grandmother and myself, with that embryonic kiss which we put into our smiles when they are addressed to a baby out with its ‘Nana.’ Indeed, in her anxiety not to appear to be a denizen of a higher sphere than ours, she had probably miscalculated the distance there was indeed between us, for by an error in adjustment she made her eyes beam with such benevolence that I could see the moment approaching when she would put out her hand and stroke us, as if we were two nice beasts and had poked our heads out at her through the bars of our cage in the Gardens. And, immediately, as it happened, this idea of caged animals and the Bois de Boulogne received striking confirmation. It was the time of day at which the beach is crowded by itinerant and clamorous vendors, hawking cakes and sweets and biscuits. Not knowing quite what to do to shew her affection for us, the Princess hailed the next that came by; he had nothing left but one rye-cake, of the kind one throws to the ducks. The Princess took it and said to me: “For your grandmother.” And yet it was to me that she held it out, saying with a friendly smile, “You shall give it to her yourself!” thinking that my pleasure would thus be more complete if there were no intermediary between myself and the animals.

Within a Budding Grove

 

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