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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Proust pour tous: de l'art

Publié le 3 Avril 2011 par laurence grenier

André Malraux, dans Les Voix du silence (Oeuvres complètes, éditions de la Pléiade, p. 702):

Quand vient l'ombre que la mort pousse devant elle comme pour leur fermer les yeux, les peintres découvrent que s'ils connaissent le vieillesse, leur peinture ne la connait pas. Ils avaient inventé leur langue, puis appris à la parler: c'est le moment où ils semblent pouvoir tout transcrire. Il advient qu'il ne leur suffise plus, et qu'ils veuillent alors approfondir leur plénitude pour l'affronter à la force de la mort comme ils l'affrontèrent à la faiblesse de la vie. La voix de l'infini devient pressante quand elle prend le timbre funèbre, et peu de génies se sont éteints, comme celui de Renoir, dans une exaltation souriante où les formes familières du monde devenaient ses formes délivrées, pendant que le vieillard à demi paralysé, du bout de son petit  bâton, achevait de faire sculpter la Danse.

 

Et, repensant à cette joie extra-temporelle causée, soit par le bruit de la cuiller, soit par le goût de la madeleine, je me disais: "Etait-ce cela, ce bonheur proposé par la petite phrase de la sonate à Swann qui s'était trompé en l'assimilant au plaisir de l'amour et n'avait pas su le trouver dans la création artistique; ce bonheur qui m'avait fait pressentir comme plus supra-terrestre encore que n'avait fait la petite phrase de la sonate, l'appel rouge et mystérieux de ce septuor que Swann n'avait pu connaître, étant mort comme tant d'autres avant que la vérité faite pour eux eût été révélée? D'ailleurs, elle n'eût pu lui servir, car cette phrase pouvait bien symboliser un appel, mais non créer des forces et faire de Swann l'écrivain qu'il n'était pas." 

Le Temps retrouvé

 

And thinking again of the extra-temporal joy which I had been made to feel by the sound of the spoon or the taste of the madeleine, I said to myself: "Was this perhaps that happiness which the little phrase of the sonata promised to Swann and which he, because he was unable to find it in artistic creation, mistakenly assimilated to the pleasures of love, was this the happiness of which long ago I was given a presentiment - as something more supraterrestrial even than the mood evoked by the little phrase of the sonata - by the call, the mysterious, rubescent call of that septet which Swann was never privileged to hear, having died like so many others before the truth that was made for him had been revealed? A truth that in any case he could not have used, for though the phrase perhaps symbilised a call, it was incapable of creating new powers and making Swann the writer that he was not."

Time Regained (trad. Andreas Mayor)

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