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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Proust pour tous: Ce qu'aimer veut dire; what loving means

Publié le 5 Novembre 2011 par laurence grenier

Hier le prix Médicis a été décerné à Mathieu Lindon pour son récit "Ce qu'aimer veut dire". Yesterday Mathieu Lindon got a litterary award for "What loving means".

 

A Mme de Villeparisis qui le priait de décrire pour ma grand-mère un château où avait séjourné Mme de Sévigné, ajoutant qu'elle voyait un peu de littérature dans ce désespoir d'être séparée de cette ennuyeuse Mme de Grignan:

"Rien au contraire, répondit-il [Charlus], ne me semble plus vrai. C'était du reste une époque où ces sentiments-là étaient bien compris. L'habitant du Monomotapa de La Fontaine courant chez son ami qui lui est apparu un peu triste pendant son sommeil, le pigeon trouvant que le plus grand des maux est l'absence de l'autre pigeon, vous semblent peut-être, ma tante, aussi exagérés que Mme de Sévigné ne pouvant pas attendre le moment où elle sera seule avec sa fille. C'est si beau ce qu'elle dit quand elle la quitte: "Cette séparation me fait une douleur à l'âme, que je sens comme un mal  du corps. Dans l'absence on est libéral des heures. On avance dans un temps auquel on aspire".

[...] - Tu oublies que ce n'était pas de l'amour, c'était de sa fille qu'il s'agissait.

- Mais l'important dans la vie n'est pas ce qu'on aime" reprit-il d'un ton compétent, péremptoire, et presque tranchant, c'est d'aimer.

A l'ombre des jeunes filles en fleurs, II

 

 

When Mme. de Villeparisis asked him [Charlus] to describe to my grandmother some country house in which Mme. de Sévigné had stayed, adding that she could not help feeling that there was something rather ‘literary’ about that lady’s distress at being parted from “that tiresome Mme. de Grignan”:

“On the contrary,” he retorted, “I can think of nothing more true. Besides, it was a time in which feelings of that sort were thoroughly understood. The inhabitant of Lafontaine’s Monomotapa, running to see his friend who had appeared to him in a dream, and had looked sad, the pigeon finding that the greatest of evils is the absence of the other pigeon, seem to you perhaps, my dear aunt, as exaggerated as Mme. de Sévigné‘s impatience for the moment when she will be alone with her daughter. It is so fine what she says when she leaves her: ‘This parting gives a pain to my soul which I feel like an ache in my body. In absence one is liberal with the hours. One anticipates a time for which one is longing.’” [....]

“You forget that it was not ‘love’ in her case; the person was her daughter.”

“But what matters in life is not whom or what one loves,” he went on,

 Within a budding grove II

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