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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Proust pour tous: aimer une femme aimer la mer; loving a woman loving the sea

Publié le 25 Décembre 2011 par laurence grenier

Je viens de discuter avec un amateur de Proust qui m'a cité le fait que le narrateur, dans l'amour d'une femme, aimait aussi un paysage.

 

J'écoutais cette murmurante émanation mystérieuse, douce comme un zéphir marin, féerique comme ce clair de lune, qu'était son sommeil. Tant qu'il persistait, je pouvais rêver à elle, et pourtant la regarder, et quand ce sommeil devenait plus profond, la toucher, l'embrasser. Ce que j'éprouvais alors, c'était un amour devant quelque chose d'aussi pur, d'aussi immatériel dans sa sensibilité, d'aussi mystérieux que si j'avais été devant les créatures inanimées que sont les beautés de la nature. Et, en effet, dès qu'elle dormait un peu profondément, elle cessait seulement d'être la plante qu'elle avait été ; son sommeil, au bord duquel je rêvais, avec une fraîche volupté dont je ne me fusse jamais lassé et que j'eusse pu goûter indéfiniment, c'était pour moi tout un paysage. Son sommeil mettait à mes côtés quelque chose d'aussi calme, d'aussi sensuellement délicieux que ces nuits de pleine lune dans la baie de Balbec devenue douce comme un lac, où les branches bougent à peine, où, étendu sur le sable, l'on écouterait sans fin se briser le reflux.

La prisonnière

 

 

I just had a discussion with a Proust lover who quoted the narrator who equated loving a woman with loving a certain lanscape.

 

I  listened to this murmuring, mysterious emanation, soft as a breeze from the sea, fairylike as that moonlight which was her sleep. So long as it lasted, I was free to think about her and at the same time to look at her, and, when her sleep grew deeper, to touch, to kiss her. What I felt then was love in the presence of something as pure, as immaterial in its feelings, as mysterious, as if I had been in the presence of those inanimate creatures which are the beauties of nature. And indeed, as soon as her sleep became at all heavy, she ceased to be merely the plant that she had been; her sleep, on the margin of which I remained musing, with a fresh delight of which I never tired, but could have gone on enjoying indefinitely, was to me an undiscovered country. Her sleep brought within my reach something as calm, as sensually delicious as those nights of full moon on the bay of Balbec, turned quiet as a lake over which the branches barely stir, where stretched out upon the sand one could listen for hours on end to the waves breaking and receding.

The Captive

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