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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Petit intermède entre 2 madeleines: au sujet de l'amour et la jalousie

Publié le 3 Février 2013 par laurence grenier

En recherchant la 9ème madeleine, associée au septuor de Vinteuil et dont je n'ai pas tout cité, un passage absolument époustouflant de finesse et vérité (rien que pour cela je me demande comment on peut ne pas être "proustien"). Et j'écris ça en écoutant Ombra mai fu d'Haendel, par Kathleen Ferrier! JULES où es-tu?

 

 

Et je cessai de suivre la musique pour me redemander si Albertine avait vu ou non Mlle Vinteuil ces jours-ci, comme on interroge de nouveau une souffrance interne que la distraction vous a fait un moment oublier. Car c'est en moi que se passaient les actions possibles d'Albertine. De tous les êtres que nous connaissons, nous possédons un double, mais habituellement situé à l'horizon de notre imagination, de notre mémoire ; il nous reste relativement extérieur, et ce qu'il a fait ou pu faire ne comporte pas plus, pour nous, d'élément douloureux qu'un objet placé à quelque distance et qui ne nous procure que les sensations indolores de la vue. Ce qui affecte ces êtres-là, nous le percevons d'une façon contemplative, nous pouvons le déplorer en termes appropriés qui donnent aux autres l'idée de notre bon coeur, nous ne le ressentons pas ; mais depuis ma blessure de Balbec, c'était dans mon coeur, à une grande profondeur, difficile à extraire, qu'était le double d'Albertine. Ce que je voyais d'elle me lésait comme un malade dont les sens seraient si fâcheusement transposés que la vue d'une couleur serait intérieurement éprouvée par lui comme une incision en pleine chair.

La Prisonnière

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