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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu", en Français et en Anglais

les Français et les pépettes; the French and the crumbs

Publié le 13 Avril 2013 par proust pour tous


Image illustrative de l'article Le Prêteur et sa femme

Quentin Metsys

Les Français ont un rapport étrange avec l'argent: ils aimeraient savoir mais ils ne veulent pas demander directement. Heureusement avec les derniers développements politiques, tout va s'éclaircir, on sera fier de tout déballer. Plus besoin de deviner.

 

Et quand elle vit que, malgré ses conseils, ma tante n’en faisait qu’à sa tête et jetait l’argent — Françoise le croyait du moins — pour des créatures indignes, elle commença à trouver bien petits les dons que ma tante lui faisait en comparaison des sommes imaginaires prodiguées à Eulalie. Il n’y avait pas dans les environs de Combray de ferme si conséquente que Françoise ne supposât qu’Eulalie eût pu facilement l’acheter, avec tout ce que lui rapporteraient ses visites. Il est vrai qu’Eulalie faisait la même estimation des richesses immenses et cachées de Françoise. Habituellement, quand Eulalie était partie, Françoise prophétisait sans bienveillance sur son compte. Elle la haïssait, mais elle la craignait et se croyait tenue, quand elle était là, à lui faire «bon visage». Elle se rattrapait après son départ, sans la nommer jamais à vrai dire, mais en proférant des oracles sibyllins, des sentences d’un caractère général telles que celles de l’Ecclésiaste, mais dont l’application ne pouvait échapper à ma tante. Après avoir regardé par le coin du rideau si Eulalie avait refermé la porte: «Les personnes flatteuses savent se faire bien venir et ramasser les pépettes; mais patience, le bon Dieu les punit toutes par un beau jour», disait-elle, avec le regard latéral et l’insinuation de Joas pensant exclusivement à Athalie quand il dit:  "Le bonheur des méchants comme un torrent s’écoule."                                                            Du côté de chez Swann,  Combray

 

And when she saw that, despite all her warnings, my aunt continued to do exactly as she pleased, and to fling money away with both hands (or so, at least, Françoise believed) on undeserving objects, she began to find that the presents she herself received from my aunt were very tiny compared to the imaginary riches squandered upon Eulalie, There was not, in the neighbourhood of Combray, a farm of such prosperity and importance that Françoise doubted Eulalie’s ability to buy it, without thinking twice, out of the capital which her visits to my aunt had ‘brought in.’ It must be added that Eulalie had formed an exactly similar estimate of the vast and secret hoards of Françoise. So, every Sunday, after Eulalie had gone, Françoise would mercilessly prophesy her coming downfall. She hated Eulalie, but was at the same time afraid of her, and so felt bound, when Eulalie was there, to ‘look pleasant.’ But she would make up for that after the other’s departure; never, it is true, alluding to her by name, bul hinting at her in Sibylline oracles, or in utterances of a comprehensive character, like those of Ecclesiastes, the Preacher, but so worded that their special application could not escape my aunt. After peering out at the side of the curtain to see whether Eulalie had shut the front-door behind her; “Flatterers know how to make themselves welcome, and to gather up the crumbs; but have patience, have patience; our God is a jealous God, and one fine day He will be avenged upon them!” she would declaim, with the sidelong, insinuating glance of Joash, thinking of Athaliah alone when he says that the prosperity

Of wicked men runs like a torrent past,
And soon is spent.

Swann's Way, Combray

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