Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

je parlais, ils baillaient; I was speaking while they were yawning

Publié le 20 Août 2012 par laurence grenier

Hier, 3ème dimanche d'août, je parlais sous mon arbre au parc de Sceaux, devant une dizaine de promeneurs. Certains avaient l'air d'apprécier, mais était-ce la chaleur très forte? le pique-nique dans l'herbe? les voisins de pelouse que je ne voulais pas gêner, ce qui me faisait baisser le ton? toujours est-il que quelques membres de ce groupe semblaient regretter d'être dans l'herbe plutôt qu'au café des Félibres devant une bonne bière... ils étaient déçus.

 

Mais cette connaissance immédiate de la foule étant mêlée à cent autres toutes erronées, les applaudissements tombaient le plus souvent à faux, sans compter qu’ils étaient mécaniquement soulevés par la force des applaudissements antérieurs comme dans une tempête une fois que la mer a été suffisamment remuée elle continue à grossir, même si le vent ne s’accroît plus. N’importe, au fur et à mesure que j’applaudissais, il me semblait que la Berma avait mieux joué. «Au moins, disait à côté de moi une femme assez commune, elle se dépense celle-là, elle se frappe à se faire mal, elle court, parlez-moi de ça, c’est jouer.» Et heureux de trouver ces raisons de la supériorité de la Berma, tout en me doutant qu’elles ne l’expliquaient pas plus que celle de la Joconde, ou du Persée de Benvenuto l’exclamation d’un paysan: «C’est bien fait tout de même! c’est tout en or, et du beau! quel travail!», je partageai avec ivresse le vin grossier de cet enthousiasme populaire. Je n’en sentis pas moins, le rideau tombé, un désappointement que ce plaisir que j’avais tant désiré n’eût pas été plus grand, mais en même temps le besoin de le prolonger, de ne pas quitter pour jamais, en sortant de la salle, cette vie du théâtre qui pendant quelques heures avait été la mienne, et dont je me serais arraché comme en un départ pour l’exil

A l'ombre des jeunes filles en fleurs I

 

Yesterday,as I was speaking in front of a group of walkers, under my tree, while the heat was scorching, some of the spectators were disappointed, and it seems that they were bored and regretted to listen to Proust instead of savoring a good beer in a nearby cafe.

But this immediate recognition by the crowd was mingled with a hundred others, all quite erroneous; the applause came, most often, at wrong moments, apart from the fact that it was mechanically produced by the effect of the applause that had gone before, just as in a storm, once the sea is sufficiently disturbed, it will continue to swell, even after the wind has begun to subside. No matter; the more I applauded, the better, it seemed to me, did Berma act. “I say,” came from a woman sitting near me, of no great social pretensions, “she fairly gives it you, she does; you’d think she’d do herself an injury, the way she runs about. I call that acting, don’t you?” And happy to find these reasons for Berma’s superiority, though not without a suspicion that they no more accounted for it than would for that of the Gioconda or of Benvenuto’s Perseus a peasant’s gaping “That’s a good bit of work. It’s all gold, look! Fine, ain’t it?”, I greedily imbibed the strong wine of this popular enthusiasm. I felt, all the same, when the curtain had fallen fer the last time, disappointed that the pleasure for which I had so longed had been no greater, but at the same time I felt the need to prolong it, not to depart for ever, when I left the theatre, from this strange life of the stage which had, for a few hours, been my own, from which I should be tearing myself away, as though I were going into exile,

Within a Budding Grove I

Commenter cet article
J
<br /> Bonjour,<br /> <br /> <br /> Bravo pour votre blog.<br /> <br /> <br /> Je viens de terminer ma lecture de A la recherche du temps perdu.<br /> <br /> <br /> Belle aventure, voyage au long cours...<br /> <br /> <br /> Lorsque je lis un livre qui me plaît, j'ai pris l'habitude de souligner<br /> <br /> <br /> les passages qui m'intéressent, je l'ai fait aussi pour Proust.<br /> <br /> <br /> J'ai ensuite dressé un "Florilège proustien", que je vous invite à venir<br /> <br /> <br /> voir à l'adresse suivante :<br /> <br /> <br />  http://joelbecam.blog.lemonde.fr/marcel-proust-a-la-recherche-du-temps-perdu-quarto-gallimard/<br /> <br /> <br />  Bien cordialement,<br /> <br /> <br /> Joël Bécam.<br /> <br /> <br /> Ps : j'ai aussi l'intention d'écrire un article, mais ce n'est pas pour tout de suite.<br />
Répondre
I
<br /> J'adore ce passage Laurence !<br /> <br /> <br /> Qui n'a jamais vécu ça ?<br /> <br /> <br /> On pourrait en parler des heures, se raconter ces anecdotes de spectacles où :<br /> <br /> <br /> 1. On pense être entourés de fous qui applaudissent à tout rompre ce que l'on trouve nul.<br /> <br /> <br /> 2. Pris de doute, on pense être idiot car on n'apprécie pas ce que les autres semblent adorer.<br /> <br /> <br /> Merci Marcel Proust, merci Laurence.<br />
Répondre