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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Dimanche sous mon arbre au jardin du Luxembourg; Sunday under my tree in the Luxembourg gardens

Publié le 5 Juillet 2013 par proust pour tous

Entrée est http://paris1900.lartnouveau.com/paris06/rues/av_observatoire/actuel/1jard_lux1.jpg

 

Dimanche 7 juille, à 17h, je serai au niveau du jardin de l'Observatoire, juste si vous vous retournez.

ça me changera des allées du Parc de Sceaux, plus "campagne". Vais-je voir des élégantes parisiennes?

 

Quelle horreur! me disais-je: peut-on trouver ces automobiles élégantes comme étaient les anciens attelages? je suis sans doute déjà trop vieux — mais je ne suis pas fait pour un monde où les femmes s’entravent dans des robes qui ne sont pas même en étoffe. A quoi bon venir sous ces arbres, si rien n’est plus de ce qui s’assemblait sous ces délicats feuillages rougissants, si la vulgarité et la folie ont remplacé ce qu’ils encadraient d’exquis. Quelle horreur! Ma consolation c’est de penser aux femmes que j’ai connues, aujourd’hui qu’il n’y a plus d’élégance. Mais comment des gens qui contemplent ces horribles créatures sous leurs chapeaux couverts d’une volière ou d’un potager, pourraient-ils même sentir ce qu’il y avait de charmant à voir Mme Swann coiffée d’une simple capote mauve ou d’un petit chapeau que dépassait une seule fleur d’iris toute droite. Aurais-je même pu leur faire comprendre l’émotion que j’éprouvais par les matins d’hiver à rencontrer Mme Swann à pied, en paletot de loutre, coiffée d’un simple béret que dépassaient deux couteaux de plumes de perdrix, mais autour de laquelle la tiédeur factice de son appartement était évoquée, rien que par le bouquet de violettes qui s’écrasait à son corsage et dont le fleurissement vivant et bleu en face du ciel gris, de l’air glacé, des arbres aux branches nues, avait le même charme de ne prendre la saison et le temps que comme un cadre, et de vivre dans une atmosphère humaine, dans l’atmosphère de cette femme, qu’avaient dans les vases et les jardinières de son salon, près du feu allumé, devant le canapé de soie, les fleurs qui regardaient par la fenêtre close la neige tomber?                                                                                                                Du côté de chez Swann, Autour de Mme Swann

 

 

 

I'll be under a tree at this level, in the jardin de l'Observatoire, just behind you.

It will be a change from my more countryside Parc de Sceaux. Will we meet some Parisian elegants?

 

“Oh, horrible!” I exclaimed to myself: “Does anyone really imagine that these motor-cars are as smart as the old carriage-and-pair? I dare say. I am too old now — but I was not intended for a world in which women shackle themselves in garments that are not even made of cloth. To what purpose shall I walk among these trees if there is nothing left now of the assembly that used to meet beneath the delicate tracery of reddening leaves, if vulgarity and fatuity have supplanted the exquisite thing that once their branches framed? Oh, horrible! My consolation is to think of the women whom I have known, in the past, now that there is no standard left of elegance. But how can the people who watch these dreadful creatures hobble by, beneath hats on which have been heaped the spoils of aviary or garden-bed, — how can they imagine the charm that there was in the sight of Mme. Swann, crowned with a close-fitting lilac bonnet, or with a tiny hat from which rose stiffly above her head a single iris?” Could I ever have made them understand the emotion that I used to feel on winter mornings, when I met Mme. Swann on foot, in an otter-skin coat, with a woollen cap from which stuck out two blade-like partridge-feathers, but enveloped also in the deliberate, artificial warmth of her own house, which was suggested by nothing more than the bunch of violets crushed into her bosom, whose flowering, vivid and blue against the grey sky, the freezing air, the naked boughs, had the same charming effect of using the season and the weather merely as a setting, and of living actually in a human atmosphere, in the atmosphere of this woman, as had in the vases and beaupots of her drawing-room, beside the blazing fire, in front of the silk-covered sofa, the flowers that looked out through closed windows at the falling snow?

Swann's Way

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