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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

des roses et de la musique; roses and music

Publié le 16 Novembre 2012 par laurence grenier

Chez Roujoublan à Sceaux, hier soir soirée jazz et Beaujolais très réussie. Malgré la musique, et la belle voix de la chanteurse Alice, j'ai essayé d'embobiner un ami de Fabrice et Jahida, et le convaincre de commencer Du côté de chez Swann. Il faut dire que sa première expérience de Proust, malheureuse, c'était La prisonnière, alors qu'il venait seulement d'apprendre le Français (il est croate)!  Il connaissait cependant bien la vertu des madeleines, et s'en disait grand producteur, ce qui l'avait amené à chercher certaines variétés de roses dont le parfum, les soirs d'été, lui rappelait immanquablement son enfance:

 

Or quand le pianiste eut joué, Swann fut plus aimable encore avec lui qu’avec les autres personnes qui se trouvaient là. Voici pourquoi:

 

L’année précédente, dans une soirée, il avait entendu une œuvre musicale exécutée au piano et au violon. D’abord, il n’avait goûté que la qualité matérielle des sons sécrétés par les instruments. Et ç’avait déjà été un grand plaisir quand au-dessous de la petite ligne du violon mince, résistante, dense et directrice, il avait vu tout d’un coup chercher à s’élever en un clapotement liquide, la masse de la partie de piano, multiforme, indivise, plane et entrechoquée comme la mauve agitation des flots que charme et bémolise le clair de lune. Mais à un moment donné, sans pouvoir nettement distinguer un contour, donner un nom à ce qui lui plaisait, charmé tout d’un coup, il avait cherché à recueillir la phrase ou l’harmonie—il ne savait lui-même—qui passait et qui lui avait ouvert plus largement l’âme, comme certaines odeurs de roses circulant dans l’air humide du soir ont la propriété de dilater nos narines.

Du côté de chez Swann, II

 

 

AtRoujoublan in Sceaux, last night, a great jazz  and Beaujolais party. In spite of the music and Alice's beautiful voice, I tried to convince a guest, friend of Fabrice and Jahida, to read Swann's Way. He had made an attempt to read Proust starting with The Captive: what a mistake, especially when he had just learned French (he is from Croatia). However he told me that he was a big madeleines producer, and in quest for his childhood memories, had tried many species of roses which perfumes were very powerful on his mind.

 

 

After the pianist had played, Swann felt and shewed more interest in him than in any of the other guests, for the following reason:

The year before, at an evening party, he had heard a piece of music played on the piano and violin. At first he had appreciated only the material quality of the sounds which those instruments secreted. And it had been a source of keen pleasure when, below the narrow ribbon of the violin-part, delicate, unyielding, substantial and governing the whole, he had suddenly perceived, where it was trying to surge upwards in a flowing tide of sound, the mass of the piano-part, multiform, coherent, level, and breaking everywhere in melody like the deep blue tumult of the sea, silvered and charmed into a minor key by the moonlight. But at a given moment, without being able to distinguish any clear outline, or to give a name to what was pleasing him, suddenly enraptured, he had tried to collect, to treasure in his memory the phrase or harmony—he knew not which—that had just been played, and had opened and expanded his soul, just as the fragrance of certain roses, wafted upon the moist air of evening, has the power of dilating our nostrils.

Swann's Way, II, translated by C. K. Scott Moncrieff

 

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