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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

des invités bien choisis; guests to be judiciously selected

Publié le 11 Octobre 2012 par laurence grenier

Je pense aux prochains dîners que je devrais organiser, et où un équilibre délicat doit se faire au-delà du facile "qui se ressemble s'assemble".

 

Au reste, Swann ne se contentait pas de chercher dans la société telle qu’elle existe et en s’attachant aux noms que le passé y a inscrits et qu’on peut encore y lire, un simple plaisir de lettré et d’artiste, il goûtait un divertissement assez vulgaire à faire comme des bouquets sociaux en groupant des éléments hétérogènes, en réunissant des personnes prises ici et là. Ces expériences de sociologie amusante (ou que Swann trouvait telle) n’avaient pas sur toutes les amies de sa femme — du moins d’une façon constante — une répercussion identique. «J’ai l’intention d’inviter ensemble les Cottard et la duchesse de Vendôme», disait-il en riant à Mme Bontemps, de l’air friand d’un gourmet qui a l’intention et veut faire l’essai de remplacer dans une sauce, les clous de girofle par du poivre de Cayenne. Or ce projet qui allait paraître en effet plaisant, dans le sens ancien du mot, aux Cottard, avait le don d’exaspérer Mme Bontemps. Elle avait été récemment présentée par les Swann à la duchesse de Vendôme et avait trouvé cela aussi agréable que naturel. En tirer gloire auprès des Cottard, en le leur racontant, n’avait pas été la partie la moins savoureuse de son plaisir. Mais comme les nouveaux décorés qui, dès qu’ils le sont, voudraient voir se fermer aussitôt le robinet des croix, Mme Bontemps eût souhaité qu’après elle, personne de son monde à elle ne fût présenté à la princesse. Elle maudissait intérieurement le goût dépravé de Swann qui lui faisait, pour réaliser une misérable bizarrerie esthétique, dissiper d’un seul coup toute la poudre qu’elle avait jetée aux yeux des Cottard en leur parlant de la duchesse de Vendôme.

A l'ombre des jeunes filles en fleurs, Autour de Mme Swann

 

 

I am perplex about the composition of my next dinner guestlist.

 

But Swann went farther than this; not content with seeking in society, such as it was, when he fastened upon the names which, inscribed upon its roll by the past, were still to be read there, a simple artistic and literary pleasure, he indulged in the slightly vulgar diversion of arranging as it were social nosegays by grouping heterogeneous elements, bringing together people taken at hazard, here, there and everywhere. These experiments in the lighter side (or what was to Swann the lighter side) of sociology did not stimulate an identical reaction, with any regularity, that is to say, in each of his wife’s friends. “I’m thinking of asking the Cottards to meet the Duchesse de Vendôme,” he would laughingly say to Mme. Bontemps, in the appetised tone of an epicure who has thought of, and intends to try the substitution, in a sauce, of cayenne pepper for cloves. But this plan, which was, in fact, to appear quite humorous, in an archaic sense of the word, to the Cottards, had also the power of infuriating Mme. Bontemps. She herself had recently been presented by the Swanns to the Duchesse de Vendôme, and had found this as agreeable as it seemed to her natural. The thought of winning renown from it at the Cottards’, when she related to them what had happened, had been by no means the least savoury ingredient of her pleasure. But like those persons recently decorated who, their investiture once accomplished, would like to see the fountain of honour turned off at the main, Mme. Bontemps would have preferred that, after herself, no one else in her own circle of friends should be made known to the Princess. She denounced (to herself, of course) the licentious taste of Swann who, in order to gratify a wretched aesthetic whim, was obliging her to scatter to the winds, at one swoop, all the dust that she would have thrown in the eyes of the Cottards when she told them about the Duchesse de Vendôme.  

Within a Budding Grove

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