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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

autour d'une nouvelle de Tolstoï; around a Tolstoï short story

Publié le 6 Janvier 2013 par laurence grenier

Mon fils Alex, passionné de littérature russe, m'ayant recommandé de lire la célèbre nouvelle de Tolstoï, Maître et serviteur, j'en discute avec Jules qui se rappelle très nettement l'avoir lue dans sa jeunesse, et se souvient avec clarté de l'histoire de ce maître qui se perd avec son serviteur dans une tempête de neige qu'ils ont bravé pour ne pas perdre une affaire à conclure. Il se souvient que sur le point de mourir de froid, le maître, réalisant que son serviteur était jeune et pourrait jouir d'une vie à venir alors que lui n'en avait plus pour longtemps, est pris d'un sentiment très humain et ne voit plus auprès de lui un être qui ne compte pas mais un frère d'infortune auquel il donne son manteau, qui le sauvera au prix de sa propre vie..

Au dîner Jules et Alex débattent sur la hauteur des sentiments qui animent le maître, mon fils arguant que des sentiments égoïstes n'avaient pas totalement disparu chez le maître, tandis que Jules insiste sur le revirement total d'humanité du maître.

Je lis la nouvelle: les sentiments exprimés y sont ambigus, ouvrant diverses interprétations (comme les grands auteurs savent si bien le faire). Mais l'histoire recréée par Jules a subi de nombreux changements.... Sa mémoire ne lui a pas été totalement fidèle, elle s'est fait créatrice d'une autre histoire....

 

 

Il en est ainsi de notre passé. C'est peine perdue que nous chechions à l'évoquer, tous les efforts de notre intelligence sont  inutiles. Il est caché hors de son domaine et de sa portée, en quelque objet matériel (en la sensation que nous donnerait cet objet matériel), que nous ne soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions pas.

Du côté de chez Swann I,I


 

My son Alex, a fan of Russian literature, recommended me to read a famous Tolstoy' short story Master and Man. While Jules clearly remembered to have read it in his youth, and had kept a vivid memory of it, a discussion with Alex disclosed a starkly different interpretation by the 2 readers. After verification, Jules had all it wrong; his usually outstanding memory had failed him and had created a different story.

 

And so it is with our own past. It is labour in vain to attempt to recapture it: all the efforts of our intellect must prove futile. The past is hidden somewhere outside the realm, beyond the reach of intellect, in some material object (in the sensation which that material object will give us) of which we have no inkling. And it depends on chance whether or not we come upon this object before we ourselves must die.

Swann's Way, Overture

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