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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

au sujet d'une robe ; about a dress

Publié le 20 Juillet 2012 par laurence grenier

Toute une petite polémique autour de la robe à fleurs que Cécile Duflot, ministre au logement, avait portée à l'Assemblée Nationale, où elle s'est fait chambrer par des députés de l'opposition. Elle aurait dû demander conseil à la Duchesse de Guermantes.

 

« Vous rappelez-vous, madame, dis-je, la première fois que vous avez été aimable avec moi ? – La première fois que j'ai été aimable avec lui », reprit-elle en regardant en riant M. de Bréauté, dont le bout du nez s'amenuisait, dont le sourire s'attendrissait, par politesse pour Mme de Guermantes, et dont la voix de couteau qu'on est en train de repasser fit entendre quelques sons vagues et rouillés. « Vous aviez une robe jaune avec de grandes fleurs noires. – Mais, mon petit, c'est la même chose, ce sont des robes de soirée. – Et votre chapeau de bleuets, que j'ai tant aimé ! Mais enfin tout cela c'est du rétrospectif. Je voudrais faire faire à la jeune fille en question un manteau de fourrure comme celui que vous aviez hier matin. Est-ce que ce serait impossible que je le visse ? – Non, Hannibal est obligé de s'en aller dans un instant. Vous viendrez chez moi et ma femme de chambre vous montrera tout ça. Seulement, mon petit, je veux bien vous prêter tout ce que vous voudrez, mais si vous faites faire des choses de Callot, de Doucet, de Paquin par de petites couturières, cela ne sera jamais la même chose. – Mais je ne veux pas du tout aller chez une petite couturière, je sais très bien que ce sera autre chose ; mais cela m'intéresserait de comprendre pourquoi ce sera autre chose. – Mais vous savez bien que je ne sais rien expliquer, moi, je suis une bête, je parle comme une paysanne. C'est une question de tour de main, de façon ; pour les fourrures je peux, au moins, vous donner un mot pour mon fourreur qui, de cette façon, ne vous volera pas. Mais vous savez que cela vous coûtera encore huit ou neuf mille francs.

La prisonnière

 

A lot of noise around a dress worn by Cécile Duflot, the Housing Secretaty, who was heckled by opposition's male representatives. She should have asked the duchesse de Guermantes for a piece of advice.

 

“Do you remember, Madame,” I said, “the first time that you were friendly with me?” “The first time that I was friendly with him,” she repeated, turning with a smile to M. de Bréauté, the tip of whose nose grew more pointed, his smile more tender out of politeness to Mme. de Guermantes, while his voice, like a knife on the grindstone, emitted various vague and rusty sounds. “You were wearing a yellow gown with big black flowers.” “But, my dear boy, that’s the same thing, those are evening dresses.” “And your hat with the cornflowers that I liked so much! Still, those are all things of the past. I should like to order for the girl I mentioned to you a fur cloak like the one you had on yesterday morning. Would it be possible for me to see it?” “Of course; Hannibal has to be going in a moment. You shall come to my room and my maid will shew you anything you want to look at. Only, my dear boy, though I shall be delighted to lend you anything, I must warn you that if you have things from Callot’s or Doucet’s or Paquin’s copied by some small dressmaker, the result is never the same.” “But I never dreamed of going to a small dressmaker, I know quite well it wouldn’t be the same thing, but I should be interested to hear you explain why.” “You know quite well I can never explain anything, I am a perfect fool, I talk like a peasant. It is a question of handiwork, of style; as far as furs go, I can at least give you a line to my furrier, so that he shan’t rob you. But you realise that even then it will cost you eight or nine thousand francs.”

The Captive

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