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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Allemands traditionnels, Français moqueurs; traditional Germans, mocking Frenchmen

Publié le 6 Septembre 2012 par laurence grenier

Jules revient d'un grand congrès de médecine, à  Vienne, et je lui ai finement demandé s'il avait vu ses collègues et amis "chougroudes"....

 

[ VonFaffenheim, appelé "Von" dans le faugbourg Saint-Germain]                                                                                                                                 C'est ainsi que le prince de Faffenheim avait été amené à venir voir Mme de Villeparisis. Ma profonde désillusion eut lieu quand il parla. Je n'avais pas songé que, si une époque a des traits particuliers et généraux plus forts qu'une nationalité, de sorte que, dans un dictionnaire illustré où l'on donne jusqu'au portrait authentique de Minerve, Leibniz avec sa perruque et sa fraise diffère peu de Marivaux ou de Samuel Bernard, une nationalité a des traits particuliers plus forts qu'une caste. Or ils se traduisirent devant moi, non par un discours où je croyais d'avance que j'entendrais le frôlement des elfes et la danse des Kobolds, mais par une transposition qui ne certifiait pas moins cette poétique origine : le fait qu'en s'inclinant, petit, rouge et ventru, devant Mme de Villeparisis, le Rhingrave lui dit : « Ponchour, Matame la marquise » avec le même accent qu'un concierge alsacien.

C'est ainsi que le prince de Faffenheim avait été amené à venir voir Mme de Villeparisis. Ma profonde désillusion eut lieu quand il parla. Je n'avais pas songé que, si une époque a des traits particuliers et généraux plus forts qu'une nationalité, de sorte que, dans un dictionnaire illustré où l'on donne jusqu'au portrait authentique de Minerve, Leibniz avec sa perruque et sa fraise diffère peu de Marivaux ou de Samuel Bernard, une nationalité a des traits particuliers plus forts qu'une caste. Or ils se traduisirent devant moi, non par un discours où je croyais d'avance que j'entendrais le frôlement des elfes et la danse des Kobolds, mais par une transposition qui ne certifiait pas moins cette poétique origine : le fait qu'en s'inclinant, petit, rouge et ventru, devant Mme de Villeparisis, le Rhingrave lui dit : « Ponchour, Matame la marquise » avec le même accent qu'un concierge alsacien.

Le côté de Guermantes

 

 

Thus it was that Prince von Faffenheim had been led to call upon Mme. de Villeparisis. My profound disillusionment occurred when he spoke. It had never struck me that, if an epoch in history has features both particular and general which are stronger than those of a nationality, so that in a biographical dictionary with illustrations, which go so far as to include an authentic portrait of Minerva, Leibniz with his wig and ruff differs little from Marivaux or Samuel Bernard, a nationality has particular features stronger than those of a caste. In the present instance these were rendered before me not by a discourse in which I had expected, before I saw him, to hear the rustling of the elves and the dance of the kobolds, but by a transposition which certified no less plainly that poetic origin: the fact that, as he bowed, short, red, corpulent, over the hand of Mme. de Villeparisis, the Rheingraf said to her: “Aow to you too, Matame la Marquise,” in the accent of an Alsatian porter.

The Guermantes Way

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