Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

mars 2008

Publié le 2 Mars 2008 par laurence grenier

Dimanche 2 mars 2008:  Je viens de lire dans le journal qu'un certain Laurent de Froberville a été nommé directeur du musée Hergé, en Belgique. Ce nom me rappelle le grand raout chez la princesse de Guermantes:

M. de Froberville avait forcément bénéficié de la situation de faveur qui depuis peu était faite aux militaires dans la société. Malheureusement, si la femme qu'il avait épousée était parente très véritable des Guermantes, c'en était une aussi extrêmement pauvre, et comme lui-même avait perdu sa fortune, ils n'avaient guère de relations et c'étaient de ces gens qu'on laissait de côté hors des grandes occasions, quand ils avaient la chance de perdre ou de marier un parent. Alors, ils faisaient vraiment partie de la communion du grand monde, comme les catholiques de nom qui ne s'approchent de la sainte table qu'une fois l'an. Leur situation matérielle eût même été malheureuse si Mme de Saint-Euverte fidèle à l'affection qu'elle avait eue pour feu le général de Froberville, n'avait pas aidé de toutes façons le ménage, donnant des toilettes et des distractions aux deux petites filles. Mais le colonel, qui passait pour un bon garçon, n'avait pas l'âme reconnaissante. Il était envieux des splendeurs d'une bienfaitrice qui les célébrait elle-même sans trêve et sans mesure. La garden-party annuelle était pour lui, sa femme et ses enfants, un plaisir merveilleux qu'ils n'eussent pas voulu manquer pour tout l'or du monde, mais un plaisir empoisonné par l'idée  des joies d'orgueil qu'en tirait Mme de Saint-Euverte. L'annonce de cette                    garden-party dans les journaux, qui, ensuite, après un récit détaillé, ajoutaient                    machiavelliquement: "Nous reviendrons sur cette belle fête", les détails complémentaires sur les toilettes, donnés pendant plusieurs jours de suite, tout cela faisait tellement mal aux Froberville, qu'eux, assez sevrés de plaisirs et qui savaient pouvoir compter sur celui de cette matinée, en arrivaient chaque année à souhaiter que le mauvais temps en gênât la réussite, à consulter le baromètre et à anticiper  avec délices les prémices d'un orage qui pût faire rater la fête.                                                                                         
                                                                                                                                                            
Sodome et Gomorrhe, II, I                                                                                

Commenter cet article