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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

29-30-31 janvier- 2008

Publié le 28 Janvier 2008 par laurence grenier

jeudi 31 janvier:  Je m'étonne de ne plus aimer mon mari, que je n'ai pas vu depuis presqu'un an, mais cet amour est entré dans la loi générale de l'oubli:

Mais alors je songeais: je tenais à Albertine plus qu'à moi-même; je ne tiens plus à elle     maintenant parce que pendant un certain temps j'ai cessé de la voir. Mon désir de ne pas   être séparé de moi-même par la mort, de ressusciter après la mort, ce désir-là n'était pas      comme le désir de ne jamais être séparé d'Albertine, il durait toujours. Mais cela tenait-il à ce que je me croyais plus précieux qu'elle, à ce que, quand je l'aimais, je m'aimais               davantage? Non, cela tenait à ce que cessant de la voir, j'avais cessé de l'aimer, et que je     n'avais pas cessé de m'aimer parce que mes liens quotidiens avec moi-même n'avaient pas   été rompus comme l'avaient été ceux avec Albertine. Mais si ceux avec mon corps, avec       moi-même l'étaient aussi...? Certes il en serait de même. Notre amour de la vie n'est           qu'une vieille liaison dont nous ne savons pas nous débarasser. Sa force est dans sa             permanence. Mais la mort qui la rompt nous guérira du désir de l'immortalité.                                                                                                                                                                                                                                                                                                             Albertine  disparue,III                                                                                      

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mercredi 30 janvier:  Je viens d'avoir une discussion avec ma mère sur la peinture et comment elle vous aide à regarder les choses différemment, mieux::
Je restais maintenant volontiers à table pendant qu'on desservait, et si ce n'était pas un   moment où les jeunes filles de la petite bande pouvaient passer, ce n'était pas plus            uniquement du côté de la mer que je regardais. Depuis que j'en avais vu dans les               aquarelles d'Elstir, je cherchais à retrouver dans la réalité, j'aimais comme quelque chose de poétique, le geste interrompu des couteaux encore de travers, la rondeur bombée d'une serviette défaite où le soleil intercale un monceau de velours jaune, le verre à demi vidé     qui montre mieux ainsi le noble évasement de ses formes et au fond de son vitrage               translucide et pareil à une condensation du jour, un reste de vin sombre mais scintillant de lumières, le déplacement des volumes, la transmutation des liquides par l'éclairage,           l'altération des prunes qui passent du vert au bleu et du bleu à l'or dans le compotier déjà à demi dépouillé, la promenade des chaises vieillottes qui deux fois par jour viennent         s'installer autour de la nappe, dressée sur la table ainsi que sur un autel où sont célébrées les fêtes de la gourmandise et sur laquelle au fond d'huîtres quelques gouttes d'eau             lustrale restent comme dans de petits bénitiers de pierre; j'essaie de trouver la beauté  là où je ne m'étais jamais figuré qu'elle fût, dans les choses les plus usuelles, dans la vie              profonde des natures mortes.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              A l'ombre des jeunes filles en fleurs, Deuxième partie: Nom de pays: le pays     
mardi 29 janvier:  le restaurant où nous dînons après le théâtre d'un très bon couscous, le café moderne, porte mal son nom, car il a l'air vieux et sans apprêt:
...aussi vite qu'il l'avait annoncé, Saint-Loup réapparut dans l'entrée tenant à la main le grand manteau de vigogne du prince à qui je compris qu'il l'avait demandé pour me tenir chaud. Il me fit signe de loin de ne pas me déranger, il avança, il aurait fallu qu'on       bougeât encore ma table ou que je changeasse de place pour qu'il pût s'asseoir. Dès qu'il entra dans la grande salle, il monta légèrement sur les banquettes de velours rouge qui en faisaient le tour en longeant le mur et où en dehors de moi n'étaient assis que trois ou     quatre jeunes gens du Jockey, connaissances à lui qui n'avaient pu trouver place dans la petite salle. Entre les tables, des fils électriques étaient tendus à une certaine hauteur;    sans s'y embarrasser Saint-Loup les sauta adroitement comme un cheval de course          d'obstacle; confus qu'elle s'exerçât uniquement pour moi et dans le but de m'éviter un     mouvement bien simple, j'étais en même temps émerveillé de cette sûreté avec laquelle mon ami accomplissait cet exercice de voltige; et je n'étais pas le seul; car encore qu'ils           l'eussent sans doute médiocrement goûté de la part d'un moins aristocratique et moins     généreux client, le patron et les garçons restaient fascinés, comme des connaisseurs au    péage; un commis, comme paralysé, restait immobile avec un plat que les dîneurs             attendaient à côté.; et quand Saint-Loup, ayant à passer derrière ses amis, grimpa sur le rebord du dossier et s'y avança en équilibre, des applaudissements discrets éclatèrent dans le fond de la salle. Enfin arrivé à ma hauteur, il arrêta net son élan avec la précision d'un chef devant la tribune d'un souverain, et s'inclinant, me tendit avec un air de courtoisie et de soumission, le manteau de vigogne, qu'aussitôt après, sans que j'eusse eu un                  mouvement à faire, il arrangea, en châle léger et chaud, sur mes épaules.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      Le côté de Guermantes, II, II

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hello laurencedimanche michelle et moi avons chosis de venir te voira dimanche donc le 27 janvierbon courage
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