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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

décembre 2007

Publié le 18 Décembre 2007 par laurence grenier

samedi 29 décembre 2007J'ai reçu un appel hier soir tard, d'Amsterdam, provenant d'un auteur qui vient de découvrir mon site et qui veut recevoir mon livre. Quel plaisir d'être trouvé par un nouveau lecteur! Je pense à Marcel qui découvre son article enfin publié dans Le Figaro, et qui essaie de lire cet article non pas en auteur mais en lecteur:

... et au moment même où j'essaie d'être un lecteur quelconque, je lis en auteur, mais pas en auteur seulement. Pour que l'être impossible que j'essaie d'être réunisse tous les contraires qui peuvent m'être le plus favorables, si je lis en auteur, je me juge en lecteur, sans aucune des exigences que peut avoir pour un écrit celui qui y confronte l'idéal qu'il a voulu y exprimer. Ces pages, quand je les écrivis, étaient si faibles auprès de ma pensée, si compliquées et opaques auprès de ma vision harmonieuse et transparente, si pleines de lacunes que je n'étais pas arrivé à remplir, que leur lecture était pour moi une souffrance, elles n'avaient fait qu'accentuer en moi le sentiment de mon impuissance et de mon manque incurable de talent. Mais maintenant, en m'efforçant d'être lecteur, si je me déchargeais sur les autres du devoir douloureux de me juger, je réussissais du moins à faire table rase de ce que j'avais voulu faire en lisant ce que j'avais fait. Je lisais l'article en m'efforçant de me persuader qu'il était d'un autre. Alors toutes mes images, toutes mes réflexions, toutes mes épithètes prises en elles-mêmes et sans le souvenir de l'échec qu'elles représentaient pour mes visées, me charmaient par leur éclat, leur imprévu, leur profondeur. Et quand je sentais une défaillance trop grande, me réfugiant dans l'âme du lecteur quelconque émerveillé, je me disais: "Bah! comment un lecteur peut-il s'apercevoir de cela ? Il manque quelque chose là, c'est possible. Mais sapristi, s'ils ne sont pas contents ! Il y a assez de jolies choses comme cela, plus qu'ils n'en ont l'habitude."

  Albertine disparue, II

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jeudi 27 décembre 2007Je viens de répéter à mes enfants que l'un des plus grands plaisirs que l'on puisse faire à certains êtres peu appréciés par la société, c'est de s'intéresser à leur vie, sincèrement, en leur posant des questions:

Et quand il n'y avait plus de monde là, maman qui savait que Françoise pleurait encore ses parents morts depuis des années, lui parlait d'eux avec douceur, lui demandait mille détails sur ce qu'avait été leur vie.
Elle avait deviné que Françoise n'aimait pas son gendre et qu'il lui gâtait le plaisir qu'elle avait à être avec sa fille, avec qui elle ne causait pas aussi librement quand il était là. Aussi, quand Françoise allait les voir, à quelques lieues de Combray, maman lui disait en souriant: "N'est-ce pas, Françoise, si Julien a été obligé de s'absenter et si vous avez Marguerite à vous toute seule pour toute la journée, vous serez désolée, mais vous vous ferez une raison?" Et Françoise disait en riant: "Madame sait tout; Madame est pire que les rayons X (elle disait x avec une difficulté affectée et un sourire pour se railler elle-même, ignorante, d'employer ce terme savant), qu'on a fait venir pour Mme Octave et qui voient ce que vous avez dans le coeur", et disparaissait, confuse qu'on s'occupât d'elle, peut-être pour qu'on ne la vît pas pleurer; maman était la première personne qui lui donnât cette douce émotion de sentir que sa vie, ses bonheurs, ses chagrins de paysanne pouvaient présenter de l'intérêt, être un motif de joie ou de tristesse pour une autre qu'elle-même. .

  Du côté de chez Swann, I, II

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mardi 25 décembre 2007Ce matin, dans ma voiture j'ai entendu une chanson de Maxime Le Forestier "Fontenay-aux-Roses", qui se termine par quelque chose comme ça:
C'est la première fois que je suis amoureux de tout un pensionnat:

Entre ces jeunes filles, tiges de roses dont le principal charme était de se détacher sur la mer, régnait la même indivision qu'au temps où je ne les connaissais pas et où l'apparition de n'importe laquelle me causait tant d'émotion en m'annonçant que la petite bande n'était pas loin. Maintenant encore la vue de l'une me donnait un plaisir où entrait, dans une proportion que je n'aurais pas su dire de voir les autres la suivre plus tard, et même si elles ne venaient pas ce jour-là de parler d'elles et de savoir qu'il leur serait dit que j'étais allé sur la plage
  Ce n'était plus simplement l'attrait des premiers jours, c'était une véritable velléité d'aimer qui hésitait entre toutes, tant chacune était naturellement le substitut de l'autre.

A l'ombre des jeunes filles en fleurs, II

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lundi 24 décembre 2007Hier au café, j'ai rencontré Emmanuelle qui fêtait, si l'on peut dire, son quarantième anniversaire, alors que la veille elle avait vu sa mère mourir, la main dans la sienne, après ce qui lui avait semblé une horrible bataille contre la mort:

Quand mes lèvres la touchèrent, les mains de ma grand-mère s'agitèrent, elle fut parcourue tout entière d'un long frisson, soit réflexe, soit que certaines tendresses aient leur hyperesthésie qui reconnaît à travers le voile de l'inconscience ce qu'elles n'ont presque pas  besoin des sens pour chérir. Tout d'un coup ma grand-mère se dressa à demi, fit un effort violent, comme quelqu'un qui défend sa vie. Françoise ne put résister à cette vue et  éclata  en sanglots. Me rappelant ce que le médecin avait dit, je voulus la faire sortir de la chambre. A ce moment, ma grand-mère ouvrit les yeux. Je me précipitai sur Françoise  pour cacher ses pleurs, pendant que mes parents parleraient à la malade. Le bruit de l'oxygène s'était tu, le médecin s'éloigna du lit. Ma grand-mère était morte.
   Quelques heures plus tard, Françoise put une dernière fois et sans les faire souffrir peigner ces beaux cheveux qui grisonnaient seulement et jusqu'ici avaient semblé être moins âgés qu'elle. Mais maintenant, au contraire, ils étaient seuls à imposer la couronne de la vieillesse sur le visage redevenu jeune d'où avaient disparu les rides, les contractions, les empâtements, les tensions, les fléchissements que, depuis tant d'années, lui avaient ajoutés la souffrance. Comme au temps lointain où ses parents lui avaient choisi un époux, elle avait les traits délicatement tracés par la pureté et la soumission, les joues brillantes d'une chaste espérance, d'un rêve de bonheur, même d'une innocente gaité, que les années avaient peu à peu détruits. La vie en se retirant venait d'emporter les désillusions de la vie. Un sourire semblait posé sur les lèvres de ma grand-mère. Sur ce lit funèbre , la mort, comme le sculpteur du Moyen Age, l'avait couchée sous l'apparence d'une jeune fille.

Le côté de Guermantes, II, I

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dimanche 23 décembre 2007Durant ma première répétition, au théâtre Pandora, le téléphone a sonné, et Jahida qui réglait les projecteurs a demandé à Laurent: que faire si cela arrivait durant ma représentation? il fallait que je me prépare à cette éventualité, en citant Marcel Proust? qui avait vécu les débuts du téléphone:

J'entendis tout à coup, mécanique et sublime, comme dans "Tristan" l'écharpe agitée ou le chalumeau du pâtre, le bruit de toupie du téléphone..

Sodome et Gomorrhe, II, I

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mercredi 19 décembre 2007J'ai surpris mon père devant la télévision, en plein après-midi (sa voiture était en panne et il n'avait pas pu aller jouer aux courses à son "trou"); et je lui ai trouvé l'air d'un vieux ! il faut dire qu'il a 93 ans:

Et, comme un malade qui, ne s'étant pas regardé depuis longtemps et composant à tout moment le visage qu'il ne voit pas d'après l'image idéale qu'il porte de soi-même dans sa pensée, recule en apercevant dans une glace, au milieu d'une figure aride et déserte, l'exhaussement oblique et rose d'un nez gigantesque comme une pyramide d'Egypte, moi pour qui ma grand-mère c'était encore moi-même, moi qui ne l'avais jamais vue que dans mon âme, toujours à la même place du passé, à travers la transparence des souvenirs contigus et superposés, tout d'un coup, dans notre salon qui faisait partie d'un monde nouveau, celui du Temps, celui où vivent les étrangers dont on dit "il viellit bien", pour la première fois et seulement pour un instant car elle disparut bien vite, j'aperçus sur le canapé, sous la lampe, rouge, lourde et vulgaire, malade, rêvassant, promenant au-dessus d'un livre des yeux un peu fous, une vieille femme accablée que je ne connaissais pas.

Le côté de Guermantes I

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mardi 18 décembre :J'essaie de mémoriser pour mon spectacle "Proust pour Tous", qui débutera le 4 janvier au théâtre Pandora, 30 rue Keller, Paris 11ème, un des textes que je préfère:


Et comme dans ce jeu où les Japonais s'amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d'eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s'étirent,  se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis, et l'église et Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité est sorti, ville et jardin, de ma tasse de thé..

Du côté de chez Swann, I

dimanche 16 décembre 2007Mon amie Nicole a invité 35 amis dans un restaurant derrière Saint-Sulpice. C'était très vivant, j'ai retrouvé des gens que je n'avais pas vus depuis 25-30 ans. On a parlé de Proust, et j'ai cité le passage qui me fait toujours pleurer (j'ai même pleuré au restaurant, mais j'avais bu pas mal de bon vin):
Si c'était cette notion du temps incorporé, des années passées non séparées de nous, que j'avais maintenant l'intention de mettre si fort en relief, c'est qu'à ce moment même, dans l'hôtel du prince de Guermantes, ce bruit des pas de mes parents reconduisant M. Swann, ce tintement rebondissant, ferrugineux, intarissable, criard et frais de la petite sonnette qui m'annonçait qu'enfin M. Swann était parti et que maman allait monter, je les entendis encore, je les entendis eux-mêmes, eux situés pourtant si loin dans le passé. Alors, en pensant à tous les évènements qui se plaçaient forcément entre l'instant où je les avais entendus et la matinée Guermantes, je fus effrayé de penser que c'était bien cette sonnette qui tintait encore en moi, sans que je pusse rien changer aux criaillements de son grelot, puisque ne me rappelant plus bien comment ils s'éteignaient, pour le réapprendre, pour bien l'écouter, je dus m'efforcer de ne plus entendre le son des conversations que les masques tenaient autour de moi. Pour tâcher de l'entendre de plus près, c'est en moi-même que j'étais obligé de redescendre. C'est donc que ce tintement y était toujours, et entre lui et l'instant présent tout ce passé indéfiniment déroulé que je ne savais pas que je portais.

Le Temps retrouvé
vendredi 14 décembre 2007j'ai entendu Charles Aznavour à la radio, qui chantait "Hier encore j'avais vingt ans", et toute la vie qui va si vite, et toutes les désillusions qui l'accompagnent :

 Les lieux que nous avons connus n'appartiennent pas qu'au monde de l'espace où nous les situons pour plus de facilité. Ils n'étaient qu'une mince tranche au milieu d'impressions contiguës qui formaient notre vie d'alors; le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant; et les maisons, les routes, les avenues, sont fugitives, hélas, comme les années.

Du côté de chez Swann, III

mercredi 12 décembre 2007dans le New York Times d'hier, il y avait un bon article sur le Dr Yamanaka qui, à partir de cellules de peau humaine, a produit des cellules-souches (au lieu de se servir de cellules d'embryons). Ces cellules étaient reprogrammées grâce à l'introduction de 4 gènes, introduits par un virus. Comment avait-il eu cette idée ? en utilisant son instinct, et son imagination:
 l'impression est pour l'écrivain ce qu'est l'expérimentation pour le savant, avec cette différence que chez le savant le travail de l'intelligence précède et chez l'écrivain il vient après.
Le temps retrouvé
mardi 11 décembre 2007Je viens de lire un blog inintéressant (et américain), sur le désir de changer ses habitudes; nous ne sommes pas pourtant au 1er janvier:  Si j'avais été moins décidé à me mettre définitivement au travail j'aurais peut-être fait un effort pour commencer tout de suite. Mais puisque ma résolution était formelle, et qu'avant vingt-quatre heures, dans les cadres vides de la journée du lendemain où tout se plaçait si bien parce que je n'y étais pas encore, mes bonnes dispositions se réaliseraient aisément, il valait mieux ne pas choisir un soir où j'étais mal disposé pour un début auquel les jours suivants, hélas! ne devaient pas se montrer plus propices. Mais j'étais raisonnable. De la part de qui avait attendu des années il eût été puéril de ne pas supporter un retard de trois jours.

A l'ombre des jeunes filles en fleurs, I

lundi 10 décembre 2007Dimanche après-midi, Jahida, Fabrice, Laurent et moi sommes allés chez Frédérique, pour l'aider à vider son garage avant ses travaux de rénovation. Il pleuvait et pour passer du garage au salon, elle avait posé par terre une serpillière en guise de paillasson: 
Mais la ligne de démarcation qui me séparait du faubourg Saint-Germain, pour être seulement idéale, ne m'en semblait que plus réelle; je sentais bien que c'était déjà le Faubourg, le paillasson des Guermantes étendu au-delà de cet Equateur et dont ma mère avait osé dire, l'ayant aperçu comme moi, un jour que leur porte était ouverte, qu'il était en bien mauvais état.


Le côté de Guermantes, I

dimanche 9 décembre 2007J'ai assisté avec Anne, l'an dernier, à une représentation moderniste, à l'école Steiner de Verrières, et nous en discutions hier après-midi avec Mamili; ça m'a rappelé les débuts dans le monde de Rachel, dont Saint-Loup était très amoureux: 
Mais quand elle était apparue, un grand lys à la main, dans un costume copié de l’ « Ancilla Domini » et qu’elle avait persuadé Robert être une véritable « vision d’art », son entrée avait été accueillie dans cette assemblée d’hommes de cercle et de duchesses par des sourires que le ton monotone de la psalmodie, la bizarrerie de certains mots, leur fréquente répétition avaient changés en fous rires, d’abord étouffés, puis si irrésistibles que la pauvre récitante n’avait pu continuer. Le lendemain, la tante de Saint-Loup avait été unanimement blâmée d’avoir laissé paraître chez elle une artiste si grotesque. Un duc bien connu ne lui cacha pas qu’elle n’avait à s’en prendre qu’à elle-même si elle se faisait critiquer :
« Que diable aussi, on ne nous sort pas des numéros de cette force-là ! Si encore cette femme avait du talent, mais elle n’en a et n’en aura jamais aucun. Sapristi ! Paris n’est pas si bête qu’on veut bien le dire. La société n’est pas composée que d’imbéciles. Cette petite demoiselle a évidemment cru étonner Paris. Mais Paris est plus difficile à étonner que cela et il y a tout de même des affaires qu’on ne nous fera pas avaler. »
Quant à l’artiste, elle sortit en disant à Saint-Loup :
« Chez quelles dindes, chez quelles garces sans éducation, chez quels goujats m’as-tu fourvoyée
 ?

A l’ombre des jeunes filles en fleurs, II

samedi 8 décembre 2007J'essaie de faire accepter à mes enfants que les gens changent avec l'âge:  Sans doute Bloch était jadis indiscret autant qu'incapable de bienveillance et de conseil. Mais certains défauts, certaines qualités sont moins attachés à tel individu, à tel autre, qu'à tel ou tel moment de l'existence considéré au point de vue social. Ils sont presque extérieurs aux individus, lesquels passent dans leur lumière comme sous des solstices variés, préexistants, généraux, inévitables..

Le Temps retrouvé

jeudi 6 décembre 2007:  Je me suis réveillée au milieu de la nuit, et passe ces moments d'insomnie à me demander quel est le lien profond entre l'auteur et le lecteur. Voici ce qui fait que l'on devient "proustien": 
En  réalité, chaque lecteur est quand il lit le propre lecteur de soi-même. L'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que sans ce livre il n'eût peut-être pas vu en soi-même.


Le Temps retrouvé

mardi 4 décembre 2007Gigi me rappelle que le héros du roman de Iris Murdoch The good apprentice, souffre d'un insoutenable sentiment de culpabilité: à l'université, un soir, pour s'amuser, il donne de la drogue à son meilleur ami qui partage sa chambre. Comme il s'absente deux minutes, il retrouve à son retour sa chambre vide et la fenêtre ouverte, et l'ami écrasé en bas de l'immeuble.
Le sentiment de culpabilité qui s'ensuit n'est soulagé que parfois au réveil, à peine sorti du sommeil, quand il n'a pas encore retrouvé son esprit et sa conscience: 

Ce qu'on aurait fait le jour, il arrive en effet, le sommeil venant, qu'on ne l'accomplisse qu'en rêve, c'est-à-dire après l'inflexion de l'ensommeillement, en suivant une autre voie qu'on eût fait éveillé. La même histoire tourne à une autre fin. Malgré tout, le monde dans lequel on vit pendant le sommeil est tellement différent que ceux qui ont de la peine à s'endormir cherchent avant tout à sortir du nôtre. Après avoir désespérément, pendant des heures, les yeux clos, roulé des pensées pareilles à celles qu'ils auraient eues les yeux ouverts, ils reprennent courage s'ils s'aperçoivent que la minute précédente a été alourdie d'un raisonnement en contradiction formelle avec les lois de la logique et l'évidence du présent, cette courte "absence" signifiant que la porte est ouverte par laquelle ils pourront peut-être s'échapper tout à l'heure de la perception du réel, aller faire une halte plus ou moins loin de lui, ce qui lui donnera un plus ou moins "bon" sommeil.

Le côté de Guermantes, I

lundi 3 décembre 2007Autour d'une montagne d'exceptionnelles huîtres spéciales de Marenne qu'Emilio et Pascale avaient été chercher à Rungis, Joyce a lancé des invitations pour le réveillon du Jour de l'An.. 

Dès le commencement de décembre elle était malade à la pensée que les fidèles "lâcheraient" pour le jour de Noël et le 1er janvier. La tante du pianiste exigeait qu'il vînt dîner ce jour-là en famille chez sa mère à elle:
"Vous croyez qu'elle en mourrait, votre mère, s'écria durement Mme Verdurin, si vous ne dinîez pas avec elle le jour de l'An, comme en
province !"
Ses inquiétudes renaissaient à la semaine sainte:
"Vous, Docteur, un savant, un esprit fort, vous venez naturellement le Vendredi saint comme un autre jour ?" dit-elle à Cottard, la première année, d'un ton assuré comme si elle ne pouvait douter de la réponse. Mais elle tremblait en attendant qu'il l'eût prononcée, car s'il n'était pas venu, elle risquait de se trouver seule.
"Je viendrai le Vendredi saint... vous faire mes adieux, car nous allons passer les fêtes de Pâques en Auvergne.
- En Auvergne? pour vous faire manger par les puces et la vermine, grand bien vous fasse!"
Et après un silence:
"Si vous nous l'aviez dit au moins, nous aurions tâché  d'organiser cela et de faire le voyage ensemble dans des conditions confortables."

Du côté de chez Swann, II (Un amour de Swann)





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