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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

Répétition avant la nuit (chaude) de Noël

Publié le 4 Décembre 2021 par proust pour tous

Un cadeau pour ou par les proustiens de plus de 18 ans

Cette semaine je me suis promenée dans Paris, sur le chemin des librairies qui avaient été approvisionnées en  PROUST ÉROTIQUE, et chemin faisant je suis montée déjeuner chez Catherine Le Gallen qui m'avait préparé un de mes repas préférés: harengs-pommes à l'huile-vodka, ce qui nous a permis de tester sur son arbre de Noël de fibre de verre qu'elle installe depuis 20 ans LE cadeau proustien de cette fin d'année. Son arbre fut promptement orné de toutes les boules ornées d'illustrations de Bernard Soupre, découpées dans les "bonnes feuilles" que l'imprimeur Corlet nous avait permis de récupérer, pour quel usage? je venais de le découvrir. 

Bernard Soupre et Jean-Jacques Salomon se réjouissent avec moi devant les "bonnes feuilles"

 

Et pour les harengs, un extrait de "Le plus beau tableau du monde", que nous jouerons au café de la mairie au 1er étage, où il est question de Catherine et ses fameux harengs:

des bateaux de pêche aux harengs dans le port de Delft (Vue de Delft de Vermeer)

 

VII

La fête au hareng, et 2 guides

 

– Nous voici devant un autre très célèbre tableau de Vermeer, l’un des 36 qui lui sont actuellement attribués, l’une des seules scènes d’extérieur qui nous soient parvenues : La Vue de Delft, qui doit sa renommée au texte de Proust que vous voyez ici du côté droit du tableau, sur son pupitre, et que je vous recommande de lire, au cas où vous ne le connaitriez pas par cœur. Que dire de cette vue réaliste, peinte par Vermeer, en 1659-1660, alors qu’il avait 29 ans : cette toile a été apportée du Mauristhuis, musée de La Haye, dont vous pourrez voir d’autres œuvres, et en particulier deux autres Vermeer : la jeune fille à la perle et la laitière. Un trio célébrissime. Pour ce qui est de la vue de Delft, elle correspond exactement à ce que l’on peut encore voir dans la ville, depuis l’endroit où Vermeer avait loué une maison, au sud, ce qui lui a permis de faire cette toile à son rythme, en à peu près 6 mois. De l’autre côté du port fluvial on voit 2 portes, celles de Rotterdam et celle de Schiedam (toutes deux disparues) qui encadrent l’embouchure du canal qui rejoint la rivière Kola. Certains amateurs de Proust et de Vermeer viennent du monde entier pour prendre position depuis cet observatoire, afin de constater ce qui a survécu et ce qui n’existe plus. On a comparé le point de vue de cette image avec plusieurs représentations cartographiques de l’époque et l’on a ainsi la certitude que Vermeer sans doute grâce à la fameuse "camera obscura" dont je vous ai déjà parlé, a rendu avec une grande précision ce qu’il voyait. Notez tous les détails, la tenue des personnages, la nature des bateaux en chantier (ce sont des barques à harengs, la pêche aux harengs est d’ailleurs )…

– Pourquoi barques à harengs ?

– Parce qu’à l’époque où Vermeer a peint le tableau, Delft était l’un des ports d’où partaient les pêcheurs de harengs qui abondaient depuis peu près des côtes hollandaises, en raison d’un refroidissement climatique qui avait valu à cette période le nom de "petit âge glaciaire". Ces poissons frileux étaient venus se réchauffer en Hollande ! Les grandes sorties pour la pêche aux harengs se faisaient vers le mois de juin. D’ailleurs encore aujourd’hui on fête le retour des premières pêches au hareng lors de la journée des petits drapeaux, avec des milliers de visiteurs venus goûter des maatjes, (harengs frais), fin mai, début juin. Mais je m’égare, on est bien loin de Bergotte, Proust et la grande peinture.

– Ne croyez pas cela interrompit Catherine, un membre du petit clan proustien du Café de la Mairie, tous les ans j’organise la fête de la madeleine le 18 novembre pour célébrer la mort de Proust, et comme je suis très friande de harengs, arrosés de Vodka, je crois que je vais laisser tomber le trio novembre-madeleines-thé, pour celui plus réjouissant de mai-harengs-vodka, pour célébrer non pas la mort de Proust mais celle de Bergotte, d’autant qu’il avait mangé des pommes de terre (mal cuites il est vrai), qui s’accordent si bien avec les harengs (mieux que le bière-moules-frites de leur voisins) fêtons les Hollandais qui ont produit le plus beau tableau du monde en même temps que le plus beau roman du monde, avec Vodka-harengs-pommes de terre chaudes. Ça c’est de la transversalité !

– Méfiez-vous du hareng, car il est déjà associé à Hubert Bonisseur de La Bath.

– Qui ?

– OSS 117, dans une "réplique culte" « On m’a dit le plus grand bien de vos harengs-pommes à l’huile. »

– Ouf, je suis soulagée : mon hareng se sert avec de la Vodka, et les pommes de terre ne sont pas forcément à l’huile !

– Vous aurez du mal à dégommer la madeleine, je crois que vous êtes sur une fausse piste ; d’autant qu’en anglais "red herring" veut justement dire cela : être détourné sur une fausse piste, en référence à la chasse à courre, ou l’on utilisait le hareng, un kipper, pour dresser les chiens à suivre une piste, ou les détourner pendant la chasse.

– Vermeer et Proust, et nous voici à cheval chassant le renard. C’est beau la culture !

 

 

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