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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

2022, l'année du petit pan de mur jaune

Publié le 25 Décembre 2021 par proust pour tous

 

Après l'avalanche de livres, spectacles, conférences, expositions, podcasts, documentaires, interviews télévisées, dédicaces publiques pour Noël 2021, que restera-t-il pour Noël 2022 ? Le dernier très grand anniversaire de Proust (sa disparition le 18 novembre) sera-t-il l'occasion d'un redoublement médiatique proustien? j'espère que la nausée ne nous prendra pas. 

Et comme antiémétique je propose qu'au lieu d'ingurgiter tout cela, on passe de l'autre côté de la déferlante et qu'on devienne acteur plus que spectateur: 

En participant à la pièce dont j'ai brodé le canevas, "le petit pan de mur jaune", que nous, amateurs de Proust qui nous réunissons au Café de la Mairie, place Saint Sulpice à Paris, en vue d'une représentation exceptionnelle (par sa qualité) en novembre 2022.  Ce petit pan rendra hommage à Proust ("la mort de Bergotte"), Vermeer ("le plus beau tableau du monde") deux génies universels qui peuvent nous inspirer une vie multipliée.

J'ajoute que pour trouver des "acteurs/improvisateurs", je tape dans le vivier sympathique, et très vivant que constitue le groupe facebook FANS DE MARCEL PROUST. 

L'année 2022 sera donc, partout dans le monde (je vais faire ma proposition aux Alliances française et contacter des musées pour trouver de quoi monter une scène: cour de Carnavalet, Musée du Jeu de Paume,Parc de Sceaux, ou des lieux proustiens comme Illiers-Combray) l'année du petit pan de mur jaune.

Présentation du divertissement: 

LE MYSTÈRE DU PETIT PAN DE MUR JAUNE

Vue de Delft. Mort de Bergotte.

 

Il mourut dans les circonstances suivantes : une crise d'urémie assez légère était cause qu'on lui avait prescrit le repos. Mais un critique ayant écrit que dans la Vue de Delft de Ver Meer (prêté par le musée de La Haye pour une exposition hollandaise), tableau qu'il adorait et croyait connaître très bien, un petit pan de mur jaune (qu'il ne se rappelait pas) était si bien peint qu'il était, si on le regardait seul, comme une précieuse œuvre d'art chinoise, d'une beauté qui se suffirait à elle-même, Bergotte mangea quelques pommes de terre, sortit et entra à l'exposition. Dès les premières marches qu'il eut à gravir, il fut pris d'étourdissements. Il passa devant plusieurs tableaux et eut l'impression de la sécheresse et de l'inutilité d'un art si factice, et qui ne valait pas les courants d'air et de soleil d'un palazzo de Venise, ou d'une simple maison au bord de la mer. Enfin il fut devant le Ver Meer qu'il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu'il connaissait, mais où, grâce à l'article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu'il veut saisir, au précieux petit pan de mur. « C'est ainsi que j'aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune. » Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l'un des plateaux, sa propre vie, tandis que l'autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu'il avait imprudemment donné la première pour le second. « Je ne voudrais pourtant pas, se dit-il, être pour les journaux du soir le fait divers de cette exposition. » Il se répétait : « Petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune. » Cependant il s'abattit sur un canapé circulaire ; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était en jeu et, revenant à l'optimisme, se dit : « C'est une simple indigestion que m'ont donnée ces pommes de terre pas assez cuites, ce n'est rien. » Un nouveau coup l'abattit, il roula du canapé par terre où accoururent tous les visiteurs et gardiens. Il était mort. Mort à jamais ? Qui peut le dire ?

Puis guides, journalistes, écrivains, philosophes, écoliers, historiens, gardiens de musée, peintres, psychanalystes, catholiques, protestants, américains, personnages de roman… défilent devant le tableau, et nous écoutons leurs conversations, tandis qu'un lecteur chevronné lira ce texte célèbre, et que le choeur (le public) dira après "Mort à jamais ?" "Qui peut le dire ?"

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