Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

IL FAUT RELIRE PROUST

Publié le 26 Novembre 2020 par proust pour tous

Vuillard: la liseuse

 

La ferveur proustienne, je l'ai rencontrée pour la première fois à New-York: je me cite (extrait du Duetto sur Proust, une série de témoignages de fous d'écrivains aux éditions numériques "Nouvelles lectures" )

Un jour, on me présente Claire, une pharmacienne de formation, comme moi, mais belge, qui a attrapé le virus plusieurs années auparavant. « Je vais t’emmener à la Mercantile Library, 42nd Street à Manhattan, il y a un groupe de lecture de Proust cent pages par cent pages, que je te recommande. Ce groupe a été fondé par Harold, bibliothécaire, alors qu’il était au bord du divorce, la faute à des conversations excessivement imprégnées de références proustiennes, et a trouvé grâce à ces rencontres le moyen d’assouvir son désir incontrôlable de parler de qui-tu-sais, et ainsi sauver sa vie de famille. »

Dans une grande belle salle aux boiseries foncées arrivent petit à petit toute une faune d’Américains de tous sexes, tous gabarits, des mal fagotés bedonnants, des vieilles femmes qui semblent sorties du salon de Mme de Villeparisis, en chapeau, d’autres plus jeunes en basket, je commence à sourire intérieurement, du sourire typiquement français, le sourire persiffleur qui a fait tant de mal aux individus qu’il a brisés, et tant de bien au sens esthétique de la nation dont je viens. Nous voici prenant un siège ; nous sommes près de quatre-vingts. Une Suissesse, m’entendant parler français avec Claire, s’assied à côté de moi, et me demande combien de fois j’ai lu la Recherche, elle, elle en est à huit. Le bibliothécaire prend la parole, et finit son introduction par «  et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine… » zut, zut, zut, le passage que j’évite, jaillissement de larmes garanti. Je me retourne, les yeux se mettent à briller, quelques mouchoirs sortent des poches. La communion.

 

J'entends souvent qu'on se moque de ceux qui disent "je relis Proust", comme si en fait ils ne pouvaient avouer qu'il ne le lisaient pas, et même ne l'avaient jamais lu. 

Et pourtant, pourquoi les proustiens relisent-ils vraiment Proust ? parce que la recherche s'adresse à eux en particulier, en fait à chacun d'entre nous, et nous fait découvrir l'humaine condition qui nous habite tous (d'où le succès mondial de l'oeuvre): une humaine condition personnalisée, "appliquée". Et à chaque époque de la vie correspond une lecture de Proust, on ne s'en lasse jamais. 

C'est ce que l'on peut dire de tous les grands écrivains, mais c'est Marcel Proust qui, en couvrant dans son roman tous les âges de la vie, des souvenirs d'enfance à la tragique farce de la vieillesse, (ce qui fait que l'on peut lire la recherche à tout âge, et s'y retrouver à chaque fois), est le Génie de la Littérature, et que Combray en est la capitale mondiale.

Et c'est pour cela que dès la fin du confinement je vais animer une initiation à Proust avec "Les sept leçons de Marcel Proust", à Combray, suivie par, je l'espère très vite le "Proust à l'école", le fameux cours de Laurent Angard, qui se déplacera de Strasbourg pour Combray.

 

 

 

 

Commenter cet article