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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

LE PLUS BEAU TABLEAU DU MONDE: le début

Publié le 11 Juillet 2020 par proust pour tous

 

LE MYSTÈRE DU PETIT PAN DE MUR JAUNE

 

I

Vue de Delft. Mort de Bergotte.

 

Il mourut dans les circonstances suivantes : une crise d'urémie assez légère était cause qu'on lui avait prescrit le repos. Mais un critique ayant écrit que dans la Vue de Delft de Ver Meer (prêté par le musée de La Haye pour une exposition hollandaise), tableau qu'il adorait et croyait connaître très bien, un petit pan de mur jaune (qu'il ne se rappelait pas) était si bien peint qu'il était, si on le regardait seul, comme une précieuse œuvre d'art chinoise, d'une beauté qui se suffirait à elle-même, Bergotte mangea quelques pommes de terre, sortit et entra à l'exposition. Dès les premières marches qu'il eut à gravir, il fut pris d'étourdissements. Il passa devant plusieurs tableaux et eut l'impression de la sécheresse et de l'inutilité d'un art si factice, et qui ne valait pas les courants d'air et de soleil d'un palazzo de Venise, ou d'une simple maison au bord de la mer. Enfin il fut devant le Ver Meer qu'il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu'il connaissait, mais où, grâce à l'article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu'il veut saisir, au précieux petit pan de mur. « C'est ainsi que j'aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune. » Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l'un des plateaux, sa propre vie, tandis que l'autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu'il avait imprudemment donné la première pour le second. « Je ne voudrais pourtant pas, se dit-il, être pour les journaux du soir le fait divers de cette exposition. » Il se répétait : « Petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune. » Cependant il s'abattit sur un canapé circulaire ; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était en jeu et, revenant à l'optimisme, se dit : « C'est une simple indigestion que m'ont donnée ces pommes de terre pas assez cuites, ce n'est rien. » Un nouveau coup l'abattit, il roula du canapé par terre où accoururent tous les visiteurs et gardiens. Il était mort. Mort à jamais ? Qui peut le dire ?

II

Eclairage du chef-d’œuvre

 

Attention, attention, plus à gauche, relève légèrement à droite, bien, maintenant dis-moi si l’éclairage est bon, un peu plus fort ? Et l’angle du faisceau est-il correct ? tu devrais le maintenir à 30°, on veut un effet naturel. Le reste de la salle sera sombre, et cette lumière éclairera de façon uniforme le tableau, qui n’est pas bien grand. Au fait quelle est sa taille exacte ?

96,5 cm de haut sur 117, 7 de large.

J’avais pensé accentuer l’intensité du faisceau sur le petit pan de mur jaune, mais finalement non seulement je ne saurais pas quelle tache jaune choisir, et de plus, une telle luminosité vient de cette partie droite du tableau.

Est-ce dû au fait que la lumière blanche qui est envoyée sur tous les tableaux est faite de lumière bleue avec phosphore jaune ? bleu jaune blanc : la palette de Vermeer.

Tu n’as pas lu Proust ? ce n’est pas étonnant que ce jaune illumine, Vermeer est bien le peintre de la lumière, dit Erwan, chef éclairagiste du musée, qui connaissait bien A la recherche du temps perdu. D’ailleurs ce tableau va être le clou de l’exposition, grâce au célèbre petit pan de mur jaune, qui scintille au soleil de Hollande. Je suis sûr que les critiques vont en parler, comme ils en parlent à chaque fois que ce tableau, ou Vermeer, sont mentionnés. Quelle chance que l’on expose au Jeu de Paume, au même endroit où s’est tenue une exposition similaire, qui avait inspiré Proust, en 1921. Quoiqu’à l’époque on n’avait pas tous ces spots lumineux et on se contentait de la lumière du jour, pas forcément bon pour la conservation des tableaux !

 

 

III

Journaliste et écrivain

 

La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue,  c'est la littérature. Cette vie qui, en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas, parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir.

 

Il avait raison, les critiques, les officiels, venus en nombre à l’inauguration de cette exposition de tableaux hollandais prêtés par divers musées, se pressaient pour cet évènement qui permettrait aux Parisiens de voir de près quelques-uns des rares (32 ?) tableaux attribués à  Vermeer, Des critiques d’art mais aussi des critiques littéraires, des journalistes, parmi lesquels un grand reporter du Monde, Philippe Ridet, connu pour sa plume, dont le piquant et la légèreté lui avaient assuré une cour d’admirateurs parmi ses lecteurs et quelques inimitiés parmi les modèles de ses portraits.

 

 

Je suis venu pour le petit pan de mur jaune, où est-il ? est-ce ce petit toit ? mais oui car "petit pan de mur jaune avec auvent", au moins l’auvent y est, et le jaune aussi, mais le mur ? N’est-ce pas plutôt cette tache jaune à la droite du tableau ? Quoiqu’il en soit, Proust avec ce détail qui hypnotise Bergotte à l’heure de sa mort me donne envie d’écrire mon roman, un roman, c’est l’opposé d’un article, où l’on se heurte à la recherche de la vérité, disons plutôt à l’exactitude, alors que dans le roman on peut tout dire, oui je vais écrire mon roman.

C’est drôle ce que vous dîtes, car savez-vous que cet épisode de la mort de Bergotte a été inspiré par la visite de Proust à l’exposition dont le musée s’est inspiré aujourd’hui. Il y a fait un malaise alors qu’il était en compagnie de Jean-Louis Vaudoyer, qu’il a remercié en évoquant dans la Recherche (La prisonnière) son article concernant cette exposition. J’ai justement sur moi les notes concernant l’article comparé à sa transformation par l’écrivain :

L’article de Vaudoyer : "Il y a dans le métier de Vermeer une patience chinoise, une faculté de cacher la minutie et le procédé de travail qu’on ne retrouve que dans les peintures, les laques et les pierres taillées d’Extrême Orient."

devient :

« Mais un critique ayant écrit que dans la Vue de Delft de Ver Meer (prêté par le musée de La Haye pour une exposition hollandaise), tableau qu'il adorait et croyait connaître très bien, un petit pan de mur jaune (qu'il ne se rappelait pas) était si bien peint qu'il était, si on le regardait seul, comme une précieuse œuvre d'art chinoise, d'une beauté qui se suffirait à elle-même, Bergotte mangea quelques pommes de terre, sortit et entra à l'exposition. »
 

Et encore, dans l’article du journaliste : 

 "Vous revoyez cette étendue de sable rose doré, laquelle fait le premier plan de la toile et où il y a une femme en tablier bleu qui crée autour d’elle, par le bleu, une harmonie prodigieuse ; vous revoyez les sombres chalands amarrés ; et ces maisons de brique, peintes dans une matière si précieuse, si massive, si pleine, que vous en isolez une petite surface en oubliant le sujet, vous croyez avoir sous les yeux aussi bien de la céramique que de la peinture."   

transformé ainsi :

« il fut devant le Ver Meer qu'il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu'il connaissait, mais où, grâce à l'article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. »

Enfin :

" Au milieu du siècle dernier, Vermeer de Delft était exactement, non point un méconnu, mais un inconnu." 

ressuscité en :

« …. Comme le pan de mur jaune que peignit avec tant de science et de raffinement un artiste à jamais inconnu, à peine identifié sous le nom de Ver Meer. »

 

– Belle leçon d’écriture, n’est-ce pas ? un détail qui m’a amusé dans l’article, c’est la mention d’une "harmonie prodigieuse", ce qui rappelle qu’étant jeune Marcel Proust avait répondu à la question : " la couleur que je préfère ? par : la beauté n’est pas dans les couleurs mais dans leur harmonie".

 

Deux gardiens se trouvaient là, ils avaient chacun leur chaise dans la salle, la plus belle, du Jeu de Paume, où trônait l’illustre tableau de Vermeer. L’un d’eux, une femme d’âge presque mûr, s’approcha de son collègue, plus jeune :

– Ça commence bien, j’avais peur de m’ennuyer à mourir durant les quinze jours que va durer cette manifestation qui m’intéresse particulièrement, eh bien si tous les visiteurs sont si érudits, on va passer deux semaines de formation accélérée en culture. je suis ravie de faire partie des gardiens de cette expo, quoique j’aime moins leur nouvelle dénomination "agents d’accueil de surveillance". Il y a quelque chose de solennel dans Gardiens du Musée, un peu comme Gardiens du temple, Gardiens de la flamme, Gardiens de la mémoire. Tu ne trouves pas ? Il faut toujours que l’administration occupe tous ceux qui ont un "bullshit job", et se casser la tête pour changer nos noms, voilà une tâche utile !

Mais un groupe entouré d’officiels, de journalistes, de photographes s’approchait et les deux gardiens s’en retournèrent prestement, chacun à sa place, de chaque côté du tableau.

 

IV

 

Houellebecq, Le Maire, Riester

 

       Chaque artiste semble ainsi comme le citoyen d’une patrie inconnue, oubliée de lui-même, différente de celle d’où viendra, appareillant pour la terre, un autre grand artiste.

 

A ce moment, une bousculade, un cordon spontané se déroula autour d’eux, et les deux journalistes se retrouvèrent relégués à une bonne distance de la toile. Un silence se fit et ils purent entendre quelqu’un qui chuchotait : « C’est Michel Houellebecq, il s’adresse à Bruno Le Maire, le ministre de l’économie ! J’essaie de tendre l’oreille. »

–  Savez-vous que Durtal, le héros de Huysmans, dans La Cathédrale, s’intéresse entre autres à la signification des couleurs au Moyen-Age, et cet érudit nous apprend que leur symbole changea avec le temps, et en ce qui concerne le jaune il passa du signe de la charité, puis devint symbole de l’amour divin, jusqu’à devenir une allégorie de la Sagesse Eternelle ?

– Le jaune devint le symbole du mensonge de la trahison, puis la couleur des Juifs (la couleur de l’étoile jaune) vous connaissez le tableau de Giotto le baiser de Judas ?

 

 

–  Eh bien moi ce que je cherche dans le jaune du petit pan, ce n’est pas bien entendu des symboles du temps des cathédrales moyen-ageuses, mais celui de la cathédrale proustienne, une abolition du temps, pourquoi pas une adoration perpétuelle ? Je me réjouis de cette magnifique exposition et en voyant cette toile, je regrette d’avoir soutenu autrefois une thèse "la statuaire chez Proust", au lieu de quelque chose comme "couleur et matière chez Proust" ! Et, voyant que le ministre de la culture, Frank Riester, se rapprochait d’eux : Aussitôt que la France sera à l’équilibre budgétaire, je me replonge dans la Recherche.

 Autant dire, "off the record", jamais ! répondit en riant Frank Riester. Moi, l’éternité je la chercherais plutôt dans la musique, et une sonate de Vinteuil, devenue septuor, je dois l’avouer sous cet angle, me transporte plus que des taches jaunes si réussies soient-elles ! Mais jetons un œil sur le petit film muet présenté dans la petite pièce en retrait, là, il parait que c’est très drôle, un film de 1921 récupéré dans les archives du musée, suivi d’un morceau de musique composé par un de nos jeunes talents, lauréat d’un concours intitulé " Vinteuil trouve l’inspiration dans le plus beau tableau du monde" La littérature, la musique et la peinture enchainées, voici un programme qui fait honneur à "la plus belle ville du monde".

 

 

 

V

 

Un petit film muet

 

Le petit film, muet, datant de 1921, comportait des sous-titres et des titres, qui élucidaient les dialogues que l’on n’entendait pas.

 

UN MERCREDI ARTISTIQUE  

(hommage à Bergotte, le grand écrivain qui vient de disparaître)

 

Titre : un téléphonage

–  Ah, Cottard, c’est Madame Verdurin. Je vous téléphone pour une nouvelle extraordinaire : mercredi prochain, pas de mercredi chez moi. Notre petit clan se réunira à l’entrée du Musée du Jeu de Paume. Vous avez lu le journal ? Bergotte est mort, il s’est écroulé sur un canapé en face du tableau de Vermeer Vue de Delft. Je ne veux pas être méchante, mais la fréquentation du salon d’Odette ne lui a pas fait de bien ; il parait qu’il est mort d’une indigestion en sortant de chez elle. Ce n’est pas chez moi qu’il se serait gavé de pommes de terre.

Cottard : – Une indigestion ? ne serait-ce pas plutôt une intoxication alimentaire ? A-t-il eu un lavage d’estomac ? dans mon service c’est une chose courante comme l’eau dont on se sert pour siphonner l’estomac. C’est égal, mais au moins sa mort nous aura donné l’occasion d’aller voir de près le tableau !  

Mme Verdurin : – Très bien, je préviens nos amis : rendez-vous demain à 17 h au musée.

 

Titre : arrivée au musée d’une troupe bruyante

On voit Madame Verdurin, flanquée du Professeur Brichot, grosses lunettes, brandissant son parapluie, un signe de ralliement que les soldats japonais du Moyen Age, porteurs dans le dos de petites bannières colorées n’eussent pas désapprouvé. Suivaient, un air de mépris à la bouche, une grosse Madame de Cambremer avec un homme en noir, son époux, le nez rouge tout de travers, Ski, un petit homme portant béret basque, le Professeur Cottard et sa femme, Monsieur Verdurin, la pipe à la bouche, suivi du baron de Charlus, pantalon jaune, se dandinant, qui prenait le bras du violoniste Morel, qui lui-même se dégageait autant qu’il le pouvait de cette étreinte révélatrice. Fermant la marche Marcel, arrivé presqu’en retard à cause d’un rendez-vous avec sa cousine, la princesse Sherbatoff, et Saniette tout essoufflé. Une fois devant le tableau,

Titre : Assemblée devant le tableau

Mme Verdurin : - J’ai lu dans Le Figaro, qu’en mourant, Bergotte avait bredouillé « petit pan de mur jaune », l’index pointé sur le tableau. Nous allons élucider ce mystère, n’est-ce pas Charlus, car vous en êtes bien ?  

Charlus : - Que voulez-vous dire par « vous en êtes » ?

Mme Verdurin : - d’art naturellement, même si vous avez l’air plus amateur de musique que de peinture (en clignant de l’œil en direction de Morel, le jeune et beau violoniste que le baron de Charlus tenait par le bras, malgré les réticences du jeune éphèbe

Marcel (s’exclamant) : « Magnifique, je pense que c’est le plus beau tableau du monde! Mais je ne vois pas de pan de mur jaune », et il s’approche de la toile, repère les deux petites taches jaunes : « serait-ce ceci, ou cela dont Bergotte voulait parler ? ou n’est-ce pas une énième farce du grand romancier, qui, à sa dernière heure a trouvé la vérité non pas dans les cathédrales si liées au lyrisme de sa jeunesse, mais dans un détail de maçonnerie ? 

Ski (visage poupin), vivement : - tout est dans la couleur ! le jaune, voici ce qui compte, ce jaune brillant et translucide comme celui d’un Sauternes que les Verdurin nous serviront avec un foie gras pour notre prochain mercredi, au lieu de la galantine que la patronne offre à notre ami Saniette pour son casse-croûte, n’est-ce pas Saniette que vous préféreriez le foie gras à la galantine ? 

Saniette semble gêné, tandis que rient (jaune) les Verdurin, il s’approche de l’un des pans de mur possibles sur la toile : ce n’est pas un pan ! - et pourquoi donc ? l’interrompt Mme Verdurin - Parce que je ne vois pas de soldats défiler – et alors ? – eh bien ce sont eux qui feraient pan, patapan, pan, patapan, pan pan. répond Saniette dans un souffle – c’est malin dit M. Verdurin, vous êtes devenu militariste ?

Mme de Cambremer comme illuminée : - Mais ce mur jaune, ce n’est pas de la pierre ni du ciment, on dirait du tissu, un tissu chatoyant comme celui des rideaux de notre château de Féterne, n’est-ce pas mon ami ? (se tournant vers Cancan qui lui répond :. - Jaune ? jaune d’or comme celui des œufs de la Poule aux œufs d’or ? (faisant référence à l’une des trois fables de La Fontaine qu’il connaissait et qui lui servaient de base de données à ses citations littéraires).

Brichot intervient : - Vous n’y êtes pas, si Bergotte pointa du doigt ce petit pan de mur jaune inconnu c’était pour nous livrer un message, un message dont le décodage doit passer par son étymologie : pan vient du latin panus, pane, panum, qui désigne un champignon. - un champig non… de dieu ! s’écrie Cottard, mais vous faites fausse route, le panus est une espèce de tumeur métastasée très contagieuse qui décima la population hollandaise du 17 ème siècle ! - Eureka, nous brûlons ! renchérit Brichot tandis que Cottard ne peut s’empêcher de dire : - comme aurait dit Jeanne d’Arc. – Excusez-moi interrompt Charlus qui met son lorgnon pour s’approcher de la plus grosse tache jaune : ce détail est essentiel, je le sais d’autant mieux qu’un de mes aïeux, un Guermantes intime de Louis XIV, était secrètement allié aux princes d’Orange, à une époque où le jaune soufre était attribué à la minorité catholique aux Pays Bas, en fait à une minorité de mœurs ! Ce petit pan de mur jaune est donc un message secret de Vermeer à ceux de la confrérie ! - Vlaiment ? s’écrie la princesse Sherbatoff, c’est tout à fait extlaoldinaile, étonnant, intellessant. Est-ce poul cela que vous poltez un pantalon jaune ?  

Mme Cottard (sortant de sa réserve) : - Si je comprends bien, Bergotte est mort l’index pointé vers un mystère (« et boule de gomme » marmonne le docteur), et les mystères en peinture ça fait parler (vous souvenez-vous du portrait de Machard ?).

Mme Verdurin  : - Pour nous résumer, ce gredin de Bergotte non seulement a trouvé  le moyen de faire parler de lui, de Vermeer, de notre petit noyau, et à nous faire entrer dans la postérité, mais surtout, à titre posthume, il a pu repousser un de mes mercredis ! et elle enfouit soudainement sa tête dans les mains,  prise d’une gaieté irrépressible.

Fin

 

Les invités, sélectionnés avec soin, applaudirent chaleureusement, devant un tel trésor découvert par hasard au fond d’un grenier du musée. Sauf un, réticent, un chroniqueur mondain spécialiste de la Belle Epoque, Aurélyen Aurélyen (un nom de plume), qui se tournant vers sa voisine, une historienne couronnée pour une biographie de la comtesse Greffulhe, une des égéries de Marcel Proust :

– Chère amie, il va falloir faire mon enquête, je suis moins naïf que vous, et après la couleuvre du jeune Proust filmé sur les marches de l’église de la Madeleine, en 1904, couleuvre avalée par des millions de téléspectateurs, et que vous avez cautionnée, je vais m’assurer que ce film qui a l’air sorti des studios de Méliès, est bien authentique !

 

 

 

 

 

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