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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

D'Illiers à Combray, en attendant les fêtes en l'honneur du Pr Adrien Proust

Publié le 17 Juillet 2020 par proust pour tous

Lettres à Georges de Lauris

Ce livre m'a été offert par un ami qui a été touché par mes efforts continus fréquents, occasionnels (règle des 3 adjectifs de la marquise de Cambremer), et il m'a fait grand plaisir. Et comme je suis en train de préparer avec le soutien de la mairie d'Illiers Combray une fête en mémoire du Pr Adrien Proust, grand hygiéniste promoteur du confinement (appelé par lui à l'époque la séquestration) et père de Marcel, je cite un passage de ce livre fait de lettres de Marcel adressées à Georges de Lauris, suivi d'un extrait de Combray. Ce qui m'a permis d'admirer la transformation d'un style épistolaire, en un style littéraire...

Mais je vous dirai qu'à Illiers petite commune où mon père présidait avant-hier la distribution des prix, depuis les lois de Ferry on n'invite plus le curé à la distribution des prix. On habitue les élèves à considérer ceux qui le fréquentent comme des gens à ne pas voir et de ce côté-là tout autant que de l'autre on travaille à faire deux Frances et moi qui me rappelle ce petit village tout penché vers la terre avare et mère d'avarice où le seul élan vers le ciel souvent pommelé de nuages mais souvent aussi d'un bleu divin et chaque soir transfiguré au couchant de la Beauce où le seul élan vers le ciel est encore celui du joli clocher de l'église, moi qui me rappelle le curé qui m'a appris le latin et le nom des fleurs de son jardin, moi surtout qui connais la mentalité du beau-frère de mon père, adjoint anticlérical de là-bas qui ne salue plus le curé depuis les décrets et lit l'Intransigeant mais qui depuis l'Affaire y a ajouté La Libre Parole, il me semble que ce n'est pas bien que le vieux curé ne soit plus invité à la distribution des prix comme représentant dans le village quelque chose de plus difficile à définir que l'Office social symbolisé par le pharmacien, l'ingénieur des tabacs retiré et l'opticien mais qui est tout de même assez respectable, ne fusse que pour l'intelligence du joli clocher spiritualisé qui pointe vers le couchant et se fond dans ses nuées roses avec tant d'amour et qui tout de même à la première vue d'un étranger débarquant dans le village a meilleur air, plus de noblesse, plus de désintéressement plus d'intelligence et, ce que nous voulons, plus d'amour que les autres constructions si votées soient-elles par les lois les plus récentes. lettre de 1904 

Sans trop savoir pourquoi, ma grand-mère trouvait au clocher de Saint-Hilaire cette absence de vulgarité, de prétention, de mesquinerie, qui lui faisait aimer et croire riches d’une influence bienfaisante, la nature, quand la main de l’homme ne l’avait pas, comme faisait le jardinier de ma grand-tante, rapetissée, et les oeuvres de génie. Et sans doute, toute partie de l’église qu’on apercevait la distinguait de tout autre édifice par une sorte de pensée qui lui était infuse, mais c’était dans son clocher qu’elle semblait prendre conscience d’elle-même, affirmer une existence individuelle et responsable. C’était lui qui parlait pour elle. Je crois surtout que, confusément, ma grand-mère trouvait au clocher de Combray ce qui pour elle avait le plus de prix au monde, l’air naturel et l’air distingué. Ignorante en architecture, elle disait : « Mes enfants, moquez-vous de moi si vous voulez, il n’est peut-être pas beau dans les règles, mais sa vieille figure bizarre me plaît. Je suis sûre que s’il jouait du piano, il ne jouerait pas sec. » Et en le regardant, en suivant des yeux la douce tension, l’inclinaison fervente de ses pentes de pierre qui se rapprochaient en s’élevant comme des mains jointes qui prient, elle s’unissait si bien à l’effusion de la flèche, que son regard semblait s’élancer avec elle ; et en même temps elle souriait amicalement aux vieilles pierres usées dont le couchant n’éclairait plus que le faîte et qui, à partir du moment où elles entraient dans cette zone ensoleillée, adoucies par la lumière, paraissaient tout d’un coup montées bien plus haut, lointaines, comme un chant repris « en voix de tête » une octave au-dessus. Du côté de chez Swann

une dédicace de Georges de Lauris contenue dans le livre

une dédicace de Georges de Lauris contenue dans le livre

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