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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

LES GAGNANTS DU CONCOURS DE PASTICHES DE PROUST

Publié le 18 Mai 2020 par proust pour tous

Espérant l'honneur d'être primée (n'étant pas distinguée) dans le concours de pastiches 2020, sans cependant recevoir une cocarde comme les plus belles vaches du concours agricole, ce qu'aurait préconisé un délicieux pasticheur, Philippe Morel dans son PAYS DE VACHES: LES VACHES, n'ayant pas attrapé LA GRIPPE DE SHANGAI, bien que j'aie dû vivre EN CONFINEMENT, un vrai DEPLAISIR DE NOS JOURS, après m'être enfuie de Paris pour LE PAYS DE CONCHE, où j'avais rejoint MADEMOISELLE, alias ERNESTINE DE GUERMANTES (en fait GUERE MANTES, ETERNELLEMENT PROUST) en une ECHAPPEE MUSICALE sur l'AIR DE LA CALOMNIE, j'avais laissé mon manuscrit AU FOND D'UN TIROIR, en attendant de choisir entre deux titres, UN ARCHITECTE AVENTURE CHEZ LES VERDURIN, ou, et c'est finalement ce que je choisis, UN MERCREDI ARTISTIQUE, dans le but avoué d'égaler en exactitude journalistique L'AFFAIRE LEMOINE VUE PAR PROUST. Bien m'en avait pris, j'avais choisi le bon sujet !

 

Les voici, 2 par jour :

Pays de vaches: les vaches

Philippe Morel

Texte distingué, catégorie Amateurs

  Athènes, de loin, vue de dix lieues à la ronde quand on arrive après deux jours et deux nuits de voyage en autocar depuis Paris, aussi épuisés que pouvait l’être Philippidès arrivé au même point de son trajet, est absolument décevante : nul combat héroïque, aucun personnage de la mythologie n’occupaient ces tristes avenues mal pavées bordées de bâtiments industriels, lesquelles selon l’orientation de la route laissaient parfois apercevoir, cependant, l’antique Acropole en quoi se condensaient la puissance et l’esprit qui exprimaient la ville depuis des temps d’avant même les Mérovingiens, et auquel le jour finissant donnait un air de nougat rose. « Nous allons arriver » lâcha Bloch, car c’est lui qui m’avait entraîné dans ce périple sur la foi d’un renseignement, venu de Saint-Loup ou de la Verdurin, et donnant la baronne Putbus, renonçant à passer l’été chez les Guermantes à Vénarey-les-Laumes mais qui, intime de la grande-duchesse Eudoxie, serait présente en Grèce pour la saison avec sa femme de chambre que nous ne désespérions pas de rencontrer, chose que nous désirions d’autant plus que les efforts pour y parvenir nous coûtaient, car bien souvent l’ardeur du désir tient autant à l’objet de ce désir lui-même qu’au prix payé pour l’obtenir. L’hôtel modeste que Bloch avait réservé n’offrait aucune restauration ; mon compagnon se fit fort, grâce à sa connaissance de la langue hellénique qu’il avait toujours prétendu maîtriser, de négocier de quoi nous sustenter dans la petite boutique située plus loin dans la rue, ce que j’acceptai avec gratitude car j’avais un grand désir de me reposer quelques instants dans la chambre spartiate qui serait pour quelques jours le point de départ de nos expéditions. Bloch revint, arborant un air triomphant et mystérieux qui me sembla peu compatible avec la modestie des provisions qu’il avait trouvées mais je ne m’en souciais d’abord pas tant j’étais affamé, car les sensations s’imposent à notre esprit bien plus fort que l’intelligence qui, incertaine et irrésolue, leur laisse timidement une place qu’elle ne revendique que plus tard, ou peut-être jamais. Il entreprit de confectionner des tartines avec les ingrédients rapportés et m’en tendit une que j’acceptai, ma fringale l’emportant sur le peu d’appétence que provoquait chez moi une nourriture si frugale d’apparence. Mais alors que je mordais dedans pour la première fois, je ressentis une exaltation de tous les sens et un ébranlement de la pensée qui me surprit au point que je cessais de mâcher pour les éprouver dans leur plénitude. Une deuxième bouchée me procura les mêmes sensations, que je tentais alors d’analyser sans y parvenir encore. La troisième s’accompagna d’échos de cris joyeux dans une bonne chaleur rafraîchie par l’eau courante. Puis, comme une lave projetée des entrailles de la terre vers l’air libre via une faille provoquée par un mouvement tellurique, s’imposa à ma conscience le souvenir intact de mes vacances d’été, enfant, au bord de la Vignonne à Villiers-sur-Trille, quand  j’allais avec ma mère, mes frères et les petits voisins passer la journée au bord de la rivière ; ce goût était celui de la Vache qui rit que nous apportions pour le goûter, plus du reste pour le côté pratique de l’emballage que pour ses qualités gustatives. Toute une géographie oubliée s’invitait dans ma tête, l’étroite plage de graviers où nous posions nos affaires, à l’endroit où la Vignonne se séparait en deux bras qui formaient l’île enserrant le centre de la petite ville, l’un d’eux jaillissant en une cascade dont la vitesse et la puissance me paraissaient prodigieuses, tandis que l’autre poursuivait plus calmement son chemin mais à une profondeur telle qu’il ne me semblait pas douteux que la paquebot France pût y manœuvrer à l’aise avant que des « grands » ne vinssent me détromper en riant. Cependant Bloch me considérait avec curiosité, car ce qui était bien une plaisanterie de sa part provoquait des réactions allant très au-delà de l’amusement passager auquel il s’attendait : « C’est la Vache qui rit qui te met dans cet état de catalepsie proche de la thanatose ? Il est vrai que moi aussi j’ai été surpris, dans la boutique, de tomber sur des boîtes avec ce bovin hilare et le nom transcrit phonétiquement en Βαχκυρη. Je savais que le patron des fromageries Borel, un germaniste mélomane et amateur de calembours wagnériens, avait donné ce nom à son produit, d’ailleurs pour rendre hommage à une idée due aux poilus de la Grande Guerre. Mais je ne m’attendais point à retrouver ce fromage fondu dans l’Hellade aux rivages bénis par les dieux ! Ni qu’il te ferait un tel effet ! » Et il est vrai que la sensation, comme un étrange instrument qui tiendrait à la fois de l’excavateur et de l’aéroplane, ayant creusé dans un passé enfoui et s’étant projetée à des milliers de kilomètres, m’avait laissé abasourdi sur le bord de mon lit, l’esprit tout plein de mon monde ancien dans une ville très antique.

 

 

La grippe de Shangai

de Michael Scrive

1er prix catégorie Amateurs

 

Au premier soir de mon nouveau retour à Paris, ayant envie d’entendre parler de la seule chose qui m’intéressait alors, l’épidémie d’influenza, je sortis après le dîner pour aller voir Mme Verdurin : tant de gens brillants, de femmes du monde, de ministres, d’hommes relationnés fréquentaient désormais chez elle que cette affluence était cause, alors qu’on pouvait aussi bien rencontrer les mêmes personnes chez la duchesse de Guermantes, que le salon de la première se parait d’un attrait de nouveauté qui semblait soudainement manquer à celui de la seconde. Mme Verdurin tenait d’un téléphonage avec Norpois que le président du Conseil venait de décider de rendre un décret, applicable le surlendemain, destiné à traiter l’expansion de la maladie par l’isolement complet de la population. « Venez, venez absolument ce soir, m’avait-elle dit, car dès demain nous partons pour La Raspelière avec tous les fidèles. Cottard fera exprès un crochet en sortant du ministère, Du Boulbon sera là aussi. Vous savez qu’ils s’affrontent au sujet des moyens de soigner cette terrible fièvre. Du Boulbon préconise la quinine et l’on raconte que c’est grâce à elle qu’il a arraché à la mort notre chère Odette. Mais Cottard n’y croit pas du tout, c’est pour lui une blague. Et sur ce point je lui donne raison. » Comme la bêtise faisait alors que chacun tirait gloire d’étaler une science médicale apprise de la veille, je n’avais pas été surpris d’entendre une opinion aussi tranché sur ce que Brichot avait baptisé, dans l’un des articles qu’il rédigeait pour L’Écho de Paris, la grippe de Shangaï, notre consul général dans cette ville ayant câblé, avant d’ailleurs de s’aliter et de mourir subitement, que l’état de morbidité y était tel que les Chinois non seulement tombaient comme des mouches, mais aussi le personnel des légations étrangères, après s’être plaint de vives douleurs dans la poitrine. Il faisait une nuit sombre et sans un souffle, et l’on se disait que la lune, prenant de l’avance sur l’arrêt gouvernemental, s’était déjà recluse. Françoise avait jugé très déraisonnable ma sortie de même que mon refus de la voiture que Mme Verdurin se proposait de me faire envoyer. « Mais quelle imprudence ! Monsieur sera joliment avancé quand il aura été infesté par cette saleté de choléra ! Et tous ces gens qui vont l’empoisonner de leur haleine ! Ah ! Marie Mère des Anges ! » Du reste, si elle craignait sincèrement que je pusse être contaminé à mon tour comme l’avait été Mme de Forcheville, et qu’elle constatait avec inquiétude sur les atlas que le Tonkin, où avait été envoyé le régiment de son neveu, était dangereusement voisin de la Chine, tous les jours elle se faisait lire les journaux par le maître d’hôtel, et s’impatientait quand ils s’appliquaient, selon elle, à dissimuler la gravité du fléau, non qu’elle eût été habitée plus que d’autres par le désir de connaître la vérité, mais parce qu’elle était alors dépitée de ne pouvoir ressentir la fascinante horreur que lui inspirait la montée d’un péril dont son instinct très sûr avait saisi dès le début qu’il serait incoercible et fatal à un grand nombre. C’est que les catastrophes et les malheurs publics, parce qu’ils ne nous concernent d’abord que de manière indirecte et se présentent comme un incendie aussi ravageur que lointain, CATEGORIE AMATEUR PASTICHE N°35 39 suscitent autant de curiosité que de peur, et quand leur menace s’accroît et se renforce mais ne prend encore que la forme d’une rumeur obsédante, une partie de nous-mêmes, quoique nous soyons toujours prêts à la désavouer, n’attend pas autre chose que le hurlement des sirènes d’alerte devant le redoublement du sinistre. J’avais marché, mais prenant un chemin pour un autre je m’étais égaré, et quand j’arrivai près du quai Conti, le ciel était devenu pareil à une mer opaque qui aurait menacé d’emporter la ville tout entière dans ses flots obscurs. J’aperçus malgré tout un promeneur, un homme à la silhouette élégante que je crus d’abord ne pas reconnaître, mais qui fit exprès de s’arrêter et de venir à moi : c’était mon camarade Bloch. « Tu n’as pas peur ? » me demanda-t-il. Bloch se faisait maintenant appeler Albert du Lorier, et il n’avait pas cessé de publier sous ce nom, dans Le Figaro et Le Gaulois, des chroniques où il avait d’abord annoncé de source sûre que la grippe de Shangaï n’était pas grave, qu’elle n’était dangereuse que pour les individus de race jaune, avant d’hésiter, de reculer, d’atermoyer, de tergiverser, puis de déclarer enfin qu’il s’en remettait au gouvernement, lequel, Dieu merci, n’était aux ordres de personne et ne tremblait pas, ainsi qu’aux médecins les plus réputés, mais sans pour autant s’excuser des fausses nouvelles qu’il avait colportées, sans doute parce qu’il oubliait chaque jour ce qu’il avait écrit la veille, de sorte qu’on le devinait prêt à en propager sincèrement d’autres, plus éhontées encore, qu’il oublierait aussi vite. Il se rendait également chez Mme Verdurin. Il répéta : « Tu n’as pas peur ? »

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