Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

LES SEPT LEÇONS DE MARCEL PROUST : Vieillir

Publié le 13 Mars 2020 par proust pour tous

VIEILLIR

Entrer dans la vieillesse  (observer, inclure le temps)

Ce qui avait commencé pour elle — plus tôt seulement que cela n’arrive d’habitude,—c’est ce grand renoncement de la vieillesse qui se prépare à la mort, s’enveloppe dans sa chrysalide, et qu’on peut observer, à la fin des vies qui se prolongent tard, même entre les anciens amants qui se sont le plus aimés, entre les amis unis par les liens les plus spirituels et qui à partir d’une certaine année cessent de faire le voyage ou la sortie nécessaire pour se voir, cessent de s’écrire et savent qu’ils ne communiqueront plus en ce monde. (CS)

 

 L’âge nous fait-il changer ? (inclure le temps, se connaître)

Remarquons que la nature que nous faisons paraître dans la seconde partie de notre vie, n’est pas toujours, si elle l’est souvent, notre nature première développée ou flétrie, grossie ou atténuée; elle est quelquefois une nature inverse, un véritable vêtement retourné. (JF)

Que fait un grand savant ? (observer, inclure le temps)

De même, il arrive souvent qu’à partir d’un certain âge, l’œil d’un grand chercheur trouve partout les éléments nécessaires à établir les rapports qui seuls l’intéressent. (JF)

 

Comment être admirable quand on est vieux  (observer, inclure le temps, recourir à l’humour)

Je demandai à M. de Cambremer comment allait sa mère. "Elle est toujours admirable", me dit-il, usant d'un adjectif qui, par opposition aux tribus où on traite sans pitié les parents âgés, s'applique dans certaines familles aux vieillards chez qui l'usage des facultés les plus matérielles comme d'entendre, d'aller à pied à la messe, et de supporter avec insensibilité les deuils, s'empreint aux yeux de leurs enfants d'une extraordinaire beauté morale. (TR)

 

Le Temps fait son office   

(observer, inclure le temps, recourir à l’humour, relier à l’art et à la culture)

Car beaucoup de ces gens, on les identifiait immédiatement, mais pas comme d’assez mauvais portraits d’eux-mêmes réunis dans l’exposition où un artiste inexact et malveillant durcit les traits à celle-ci, assombrit le regard. Comparant ces images avec celles que j’avais sous les yeux de ma mémoire, j’aimais moins celles qui m’étaient montrées en dernier lieu. Comme souvent on trouve moins bonne et on refuse une des photographies entre lesquelles un ami vous a prié de choisir, à chaque personne et devant l’image qu’elle me montrait d’elle-même j’aurais voulu dire : « Non, pas celle-ci, vous êtes moins  bien, ce n’est pas vous. » Je n’aurais pas osé ajouter : « Au lieu de votre beau nez droit on vous a fait le nez crochu de votre père que je ne vous ai jamais connu. » Et en effet c’était un nez nouveau et familial. Bref l’artiste, le Temps, avait « rendu » tous ces modèles de telle façon qu’ils étaient reconnaissables, mais ils n’étaient pas ressemblants, non parce qu’il les avait flattés mais parce qu’il les avait vieillis. Cet artiste-là, du reste, travaille fort lentement.  (TR)

 

La vieillesse (observer, inclure le temps)

On se demandait quelle cause l'empêchait d'être vif, éloquent, charmant, comme on se le demande devant "le double" insignifiant d'un homme brillant de son vivant et auquel un spirite pose pourtant des questions qui prêteraient aux développements charmeurs. Et on se disait que cette cause qui avait substitué au Legrandin coloré et rapide, un pâle et triste fantôme de Legrandin, c'était la vieillesse.  (TR)

 

Un conseil aux femmes sur le retour 

(déchiffrer, inclure le temps, recourir à l’humour, relier tout à tout)                       

Les traits où s’était gravée sinon la jeunesse, du moins la beauté ayant disparu chez les femmes, elles avaient cherché si, avec le visage qui leur restait, on ne pouvait pas s’en faire un autre. Déplaçant le centre, sinon de gravité, du moins de perspective, de leur visage, en composant les traits autour de lui suivant un autre caractère, elles commençaient à cinquante ans une nouvelle sorte de beauté, comme on prend sur le tard un nouveau métier, ou comme  à une terre qui ne vaut plus rein pour la vigne on fait produire des betteraves. Autour de ces traits nouveaux on faisait fleurir une nouvelle jeunesse. Seules ne pouvaient s’accommoder de ces transformations les femmes trop belles, ou les trop laides. Les premières, sculptées comme un marbre aux lignes définitives duquel on ne peut plus rien changer, s’effritaient comme une statue. Les secondes, celles qui avaient quelque difformité sur la face, avaient même sur les belles certains avantages. D’abord, c’étaient les seules qu’on reconnaissait tout de suite. On savait qu’il n’y avait pas à Paris deux bouches pareilles et la leur me les faisait reconnaître dans cette matinée où je ne reconnaissais plus personne. Et puis elles n’avaient même pas l’air d’avoir vieilli.  (TR)

 

L’air plus vieux ou plus jeune ? (observer)

"Vous me prenez pour ma mère"- m'avait dit Gilberte. C'était vrai. C'eût été d'ailleurs presque aimable : on part de l’idée que les gens sont restés les mêmes et on les trouve vieux. Mais une fois que l’idée dont on part est qu’ils sont vieux, on les retrouve, on ne les trouve pas si mal.

 

                                                     On se bonifie avec l’âge et le succès                                                (observer, inclure le temps)

La bonté, simple maturation qui a fini par sucrer des natures plus primitivement acides que celle de Bloch, est aussi répandue que ce sentiment de la justice qui fait que si notre cause est bonne, nous ne devons pas plus redouter un juge prévenu qu'un juge ami. Et les petits enfants de Bloch seraient bons et discrets presque de naissance. Bloch n'en était peut-être pas encore là. Mais je remarquai que lui qui jadis feignait de se croire obligé à faire deux heures de chemin de fer pour aller voir quelqu'un qui ne le lui avait guère demandé, maintenant qu'il recevait beaucoup d'invitations, non seulement à déjeuner et à dîner, mais à venir passer quinze jours ici, quinze jours là, en refusait beaucoup et sans le dire, sans se vanter de les avoir reçues, de les avoir refusées. La discrétion, discrétion dans les actions, dans les paroles, lui était venue avec la situation sociale et l'âge, avec une sorte d'âge social, si l'on peut dire. (TR)

 

                                                        Le vieillissement prend diverses formes                                                           (observer, inclure le temps, recourir à l’humour, relier tout à tout)

On se montrait cette personne énigmatique et pâle, qui avait vieilli sans blanchir, et plutôt en rougissant comme certains fruits durables et ratatinés des haies. (TR)

 

                                         Un nom pour les vieillards : échassiers                                                         (observer, déchiffrer, inclure le temps, déchiffrer, recourir à l’humour, relier tout à tout)

Je venais de comprendre pourquoi le duc de Guermantes, dont j'avais admiré, en le regardant assis sur une chaise, combien il avait peu vieilli bien qu'il eût tellement plus d'années que moi au-dessous de lui, dès qu'il s'était levé et avait voulu se tenir debout avait vacillé sur des jambes flageolantes comme celles de ces vieux archevêques sur lesquels il n'y a de solide que leur croix métallique et vers lesquels s'empressent les jeunes séminaristes, et ne s'était avancé qu'en tremblant comme une feuille, sur le sommet peu praticable de quatre-vingt-trois années, comme si les hommes étaient juchés sur de vivantes échasses grandissant sans cesse, parfois plus hautes que des clochers, finissant par leur rendre la marche difficile et périlleuse, et d'où tout d'un coup ils tombent. Je m'effrayais que les miennes fussent déjà si hautes sous mes pas, il ne me semblait pas que j'aurais encore la force de maintenir longtemps attaché à moi ce passé qui descendait déjà si loin, et que je portais si douloureusement en moi !  (TR)

 

                                                                             la suite demain :

  ART  ET ARTISTES

 

 

Commenter cet article