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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

LES SEPT LEÇONS DE MARCEL PROUST: Quand on tombe amoureux

Publié le 2 Mars 2020 par proust pour tous

1 Savoir observer : Avec l’acuité du regard du clinicien et de l’artiste.

2 Déchiffrer le monde, la société : ce qu’on a devant soi cache souvent quelque chose qu’il faut dévoiler, des codes qui règlent la société, des signes qui voilent l’essence des choses.   

3 Redonner au temps son importance : Pour parfaire l’observation, remarquer l’importance du temps et ses effets. Ajouter ainsi une dimension capitale qui influence toutes les autres.                                                                                  

4 Nous connaître nous-mêmes : Décliner de façon aisément accessible à tous le “Γνθι σεαυτόν“ attribué à Socrate par Platon. Aider à notre auto-analyse et prendre la mesure de nos forces, faiblesses et préjugés, comme celle des autres.    

5 Recourir à l’humour : Prendre avec humour les petits supplices et la farce absurde  de notre vie qui mérite de grands éclats de rire, ou du moins un sourire.    

6 Relier tout à tout, oser des rapprochements inattendus : l’être humain tend à chercher une explication globale de l’univers, et la découverte de ses lois est un des plaisirs les plus purs de son esprit. Par la culture, se lier à toutes les générations qui nous précèdent, et à toute l’humanité.  Trouver une joie profonde en face de résonances, de liens inexplicables.   

7  Révéler notre vraie vie grâce à tous ces éléments : la mémoire involontaire nous emmène dans des terres enfouies et inconnues de nous, vers un passé qui ne nous quitte jamais ; avec l’art, et l’art seul, en particulier la littérature, voir le monde par d’autres yeux, “multiplions notre vie“.

 

 

QUAND ON TOMBE AMOUREUX

 

Quand on tombe amoureux (observer, déchiffrer, relier à la culture)

Je ne pouvais pas quitter le roman que je lisais de lui, mais me croyais seulement intéressé par le sujet, comme dans ces premiers moments de l’amour où on va tous les jours retrouver une femme à quelque réunion, à quelque divertissement par les agréments desquels on se croit attiré. (CS)

 

SWANN TOMBE AMOUREUX D’ODETTE   

(observer, déchiffrer, inclure le temps, recourir à l’humour, relier tout à tout, à l’art et à la culture)

En se rendant chez elle ce jour-là comme chaque fois qu'il devait la voir, d'avance il se la représentait ; et la nécessité où il était pour trouver jolie sa figure de limiter aux seules pommettes roses et fraîches, les joues qu'elle avait si souvent jaunes, languissantes, parfois piquées de petits points rouges, l'affligeait comme une preuve que l'idéal est inaccessible et le bonheur médiocre. Il lui apportait une gravure qu'elle désirait voir. Elle était un peu souffrante ; elle le reçut en peignoir de crêpe de Chine mauve, ramenant sur sa poitrine, comme un manteau, une étoffe richement brodée. Debout à côté de lui, laissant couler le long de ses joues ses cheveux qu'elle avait dénoués, fléchissant une jambe dans une attitude légèrement dansante pour pouvoir se pencher sans fatigue vers la gravure qu'elle regardait, en inclinant la tête, de ses grands yeux, si fatigués et maussades quand elle ne s'animait pas, elle frappa Swann par sa ressemblance avec cette figure de Zéphora, la fille de Jéthro, qu'on voit dans une fresque de la chapelle Sixtine. […] Quoi qu'il en soit, et peut-être parce que la plénitude d'impressions qu'il avait depuis quelque temps, et bien qu'elle lui fût venue plutôt avec l'amour de la musique, avait enrichi même son goût pour la peinture, le plaisir fut plus profond et devait exercer sur Swann une influence durable qu'il trouva à ce moment-là dans la ressemblance d'Odette avec la Zéphora de ce Sandro di Mariano auquel on ne donne plus volontiers son surnom populaire de Botticelli depuis que celui-ci évoque au lieu de l'oeuvre véritable du peintre l'idée banale et fausse qui s'en est vulgarisée. Il n'estima plus le visage d'Odette selon la plus ou moins bonne qualité de ses joues et d'après la douceur purement carnée qu'il supposait devoir leur trouver en les touchant avec ses lèvres si jamais il osait l'embrasser, mais comme un écheveau de lignes subtiles et belles que ses regards dévidèrent, poursuivant la courbe de leur enroulement, rejoignant la cadence de la nuque à l'effusion des cheveux et à la flexion des paupières, comme en un portrait d'elle en lequel son type devenait intelligible et clair. Il la regardait ; un fragment de la fresque apparaissait dans son visage et dans son corps, que dès lors il chercha toujours à y retrouver, soit qu'il fût auprès d'Odette, soit qu'il pensât seulement à elle, et bien qu'il ne tînt sans doute au chef-d'oeuvre florentin que parce qu'il le retrouvait en elle, pourtant cette ressemblance lui conférait à elle aussi une beauté, la rendait plus précieuse. […]  Quand il avait regardé longtemps ce Botticelli, il pensait à son Botticelli à lui qu'il trouvait plus beau encore et, approchant de lui la photographie de Zéphora, il croyait serrer Odette contre son cœur. (CS)

 

Premiers baisers (observer, relier tout à tout)

Il la faisait rejouer dix fois, vingt fois à Odette, exigeant qu’en même temps elle ne cessât pas de l’embrasser. Chaque baiser appelle un autre baiser. Ah ! dans ces premiers temps où l’on aime, les baisers naissent si naturellement ! Ils foisonnent si pressés les uns contre les autres ; et l’on aurait autant de peine à compter les baisers qu’on s’est donnés pendant une heure que les fleurs d’un champ au mois de mai. (CS)

 

       Aimer à un âge mûr   (se connaître, inclure le temps, recourir à l’humour, relier tout à tout, à l’art)                                                        

A cette époque de la vie, on a déjà été atteint plusieurs fois par l’amour; il n’évolue plus seul suivant ses propres lois inconnues et fatales, devant notre cœur étonné et passif. Nous venons à son aide, nous le faussons par la mémoire, par la suggestion. En reconnaissant un de ses symptômes, nous nous rappelons, nous faisons renaître les autres. Comme nous possédons sa chanson, gravée en nous tout entière, nous n’avons pas besoin qu’une femme nous en dise le début—rempli par l’admiration qu’inspire la beauté—, pour en trouver la suite. Et si elle commence au milieu,—là où les cœurs se rapprochent, où l’on parle de n’exister plus que l’un pour l’autre—, nous avons assez l’habitude de cette musique pour rejoindre tout de suite notre partenaire a passage où elle nous attend. (CS)

Comment tirer tout le jus d’un plaisir  (observer, déchiffrer, se connaître)

Pour le plaisir, je ne le connus naturellement qu’un peu plus tard, quand, rentré à l’hôtel, resté seul, je fus redevenu moi-même. Il en est des plaisirs comme des photographies. Ce qu’on prend en présence de l’être aimé, n’est qu’un cliché négatif, on le développe plus tard, une fois chez soi, quand on a retrouvé à sa disposition cette chambre noire intérieure dont l’entrée est “condamnée“ tant qu’on voit du monde. (JF)

Amoureux  (observer, déchiffrer, se connaître, relier tout à tout)

Car dès qu’on est amoureux, tous les petits privilèges inconnus qu’on possède, on voudrait pouvoir les divulguer à la femme qu’on aime, comme font dans la vie les déshérités et les fâcheux. (CG)

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