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  le blog proustpourtous

Les réflexions d'une proustienne sur sa vie, et en quoi elle lui rappelle dans des épisodes du quotidien des passages de "A la recherche du temps perdu"

PROUST À L'ÉCOLE, EN ALSACE: le professeur Luc Fraisse donne ses impressions, et c'est émouvant !

Publié le 18 Novembre 2019 par proust pour tous in Proust à l'école

 

En entrant pour la première fois au collège Lamartine, j'ai été frappé par l'agrément des installations, et aussi par la culture du respect mutuel dont les exigences sont rappelées partout, dans les couloirs comme en classe. J'ai aussi été frappé par l'engagement que M. Baillet et son équipe accordaient au projet d'enseignement consistant à faire découvrir Proust et son oeuvre à des élèves à l'occasion du centième anniversaire du prix Goncourt décerné à Marcel Proust pour A l'ombre des jeunes filles en fleurs.
Ayant cessé depuis très longtemps de suivre des classes dans l'enseignement secondaire, et notamment au collège, j'avais le grand souci de savoir me mettre à la portée des trois classes de Troisième qui avaient été réunies. J'ai donc tâché de parler le plus clairement possible, sans sacrifier ce qu'il y avait à dire sur Proust. J'ai ensuite été soulagé d'entendre M. Baillet, qui a eu la gentillesse d'assister à tout, me dire que mes propos étaient tout à fait compréhensibles pour les élèves. De fait, j'ai bénéficié d'une écoute attentive, même quand la sonnerie a retenti!
Les questions des élèves étaient très intéressantes. Profondes aussi: Proust a-t-il eu conscience qu'il avait écrit un chef-d'oeuvre? Comme j'ai été à un moment donné amené à souligner que j'avais largement dépassé l'âge auquel Proust était mort (j'ai la santé, il avait le génie...), un élève devant lui-même lutter contre le handicap m'a posé cette question profonde comme une lame de fond: Auriez-vous accepté de vivre moins longtemps si cela vous avait permis d'écrire une oeuvre de génie? C'est une question bouleversante de profondeur.
Je suis donc revenu au collège pour assister à une séquence, très touché de l'effort coordonné des professeurs de français, qui ont accueilli dans leurs classes Laurence Grenier, l'auteur de l'excellent livre destiné cette année aux collégiens, Du côté de chez Proust. Je suis bien sûr allé dans la classe de mon ancien étudiant, M. Laurent Angard, et j'ai découvert combien il a le métier d'enseigner dans le sang. Tout dans la séance semble naturel et facile, mais quelle aisance il faut avoir acquise pour ne jamais laisser l'attention des élèves se relâcher, pour varier plusieurs fois d'activité sans disperser les efforts, pour entretenir une conversation perpétuelle et naturelle avec les élèves sans provoquer du bavardage (un vrai mystère d'arriver à cela!), reprendre des erreurs sans blesser, faire parler et mettre en valeur ceux qui resteraient en retrait. Et tout cela en même temps.
J'ai été touché de voir comment au collège, on peut, non pas disséquer Proust comme on le fera à l'université (je le dis sans valeur péjorative, car c'est passionnant, et c'est alors le moment de le faire), mais revivre une page de Proust au collège, tâcher de la comprendre par empathie.
Sans doute suis-je préparé à remarquer tout cela parce que je vis en permanence dans l'idée que tous les niveaux d'enseignement sont en synergie, comme un organisme vivant qu'ils forment de fait. C'est pourquoi ce qui se fait au collège, au lycée, en classes préparatoires, m'importe beaucoup. C'est pourquoi je reste, chaque fois que c'est possible, en rapport avec mes étudiants, comme c'est le cas pour Laurent Angard, afin de les écouter parler de leurs classes, des programmes, de leur expérience, de ce qui leur porte souci, de ce qui réussit bien.
J'étais donc curieux de comprendre l'enseignement au collège aujourd'hui. Et que cela se fasse à propos de Proust, je ne pouvais pas demander mieux!
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